VOUS AVEZ AIMÉ LE COVID ? VOUS ADOREREZ L’ESB !

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Le merveilleux dans l’histoire des épidémies est que les décideurs n’apprennent jamais rien, et qu’ils refont toujours les mêmes bêtises – soyons délicats ! En un sens, c’est rassurant, s’ils ne font pas pire. Imaginez qu’en même temps, ils se mettent à avoir de l’imagination !

Si vous avez lu l’article précédent, vous avez appris la petite histoire du général Amherst. Mais, lui n’était qu’un apprenti. Nous faisons mieux.

Le sida, avec ses transfusions plus que douteuses, sa négation d’une certaine forme de transmission, ses guéguerres franco-américaines et ses règlements de compte douteux à l’Institut Pasteur, ce n’était déjà pas mal.

Avec le Covid, son bal masqué, sa valse à l’envers et à l’endroit en même temps, ses pirouettes verbales, ses “confineries” à répétition, son grand orchestre avec Macron au “vaxophone”, Buzin touchant au violon, ses ateliers de cousettes pour les piqûres, et son équipe de piqués, le spectacle ne manque pas de charme.

Et entre les deux, que s’est-il passé ?

Rien ?

Allons, ne me dites pas que vous avez oublié !  Vite, une piqûre de rappel !

UNE SÉANCE À LA CHAMBRE DES COMMUNES

Le 20 mars 1996, M. Stephen Dorrel, secrétaire d’État (ministre) pour la santé britannique lisait devant la chambre des communes un avis au gouvernement émanant du Comité consultatif sur l’encéphalite spongiforme [1].

Si vous aviez été présent lors de cette mémorable réunion, vous auriez appris l’apparition des premiers cas humains en Grande-Bretagne d’ESB (encéphalite spongiforme bovine).

Et toujours dans la même mémorable réunion, vous auriez entendu, entre autres, les honorables Paul Marland, Simon Hugues rappeler le ministre à la prudence, à ne pas réagir sans réfléchir (overreact), à se souvenir des craintes injustifiées précédentes, etc. et surtout à « garder à l’esprit qu’il y a non loin d’ici une grande industrie – l’industrie bovine britannique  – qui écoutera de très près ce qu’il dit.  [2]»

En langage moins british : « Gare à tes os, si tu touches à notre viande ! »… ou à peu près.

La crise de la vache folle prenait son envol après quelques années de décollages avortés.

MAIS AVANT

Depuis des lustres on connaissait la tremblante du mouton, de la chèvre, sans oublier – assez loin de chez nous – le wapiti et le cerf mulet des montagnes rocheuses.  Mais, bon an mal an, cela se passait bien.

Cependant, on travaillait dans les laboratoires, on étudiait les cerveaux des animaux malades, on découvrait une forme particulière d’encéphalopathie « spongiforme ». En 1920 les Drs Creutzfeldt et Jacob identifiaient une forme humaine d’encéphalopathie subaigüe, mais sporadique n’atteignant qu’une à deux personnes par an et par million d’habitants.

Bref, les moutons d’un côté, et les hommes de l’autre, le système tournait rond.

On aurait pu se méfier davantage si l’on avait lu les premières descriptions datant des années 1920 du kuru, encéphalopathie semblable atteignant le peuple des Fore en Papouasie Nouvelle-Guinée. Vers 1960 l’ethnologue, Shirley Lindenbaum y étudiait des pratiques bien codifiées de cannibalisme mortuaire. Passons sur les détails – anatomiquement passionnants – car les femmes et enfants se nourrissaient surtout d’éléments du système nerveux, tant que les hommes consommaient les muscles. Les premiers devenaient malades, les hommes semblaient épargnés. La maladie n’a disparu que longtemps après l’arrêt de cette pratique.

Mais revenons chez nos voisins d’outre-Manche qui depuis le XIXe siècle fabriquaient des farines à base de viande et d’os pour nourrir leurs bovins. Dans les années 1970 on modifie la pratique : on diminue le chauffage et on supprime un étape d’extraction par solvants. Bref, on fait des économies.

Mais en baissant la température on passe sous le seuil d’inactivation des agents pathogènes, dont une protéine dont le nom deviendra célèbre : le prion. Or c’est lui, sous une forme modifiée, qui est responsable de ces encéphalopathies si spéciales.

LE PRION COUPABLE

C’est lui ! Le prion a été découvert en 1983. Prion est un acronyme ficelé à l’anglaise pour « particule protéique infectieuse ». Ce n’est ni une bactérie, ni un virus, ne comprend ni ADN, ni ARN. Une « simple » protéine, habituellement présente silencieusement en nos cellules. Mais quand elle se transforme, quels dégâts ! De soluble et dégradable elle devient insoluble et non dégradable, capable de s’auto-répliquer, et s’accumule en des masses amyloïdes à l’origine d’encéphalopathies. Les neurones cérébraux meurent et sont remplacés par une sorte de pâte comme de l’amidon.

DES SAUTS D’ESPÈCES : DE L’UNE À L’AUTRE

En 1936 deux vétérinaires français démontraient la transmission de la tremblante du mouton d’un animal malade à un animal sain par inoculation intraoculaire d’un broyat de moelle épinière.

En avril 1985 une encéphalopathie ressemblant à la tremblante du mouton fut observée pour la première fois chez des bovins.

En 1987, on mettait en cause l’alimentation des bovins par les farines de viande et d’os évoquées plus haut.

En 1990, on démontra un saut d’espèce chez le chat, toujours en Grande-Bretagne.

Cela n’empêcha pas une autre espèce d’être atteinte par un accès de « fièvre acheteuse ». Un sujet de sa gracieuse majesté, le ministre de l’Agriculture britannique John Gummer imposait à sa fille Cordelia de manger un hamburger devant les caméras. Un drôle de saut d’espèce vers une espèce de … sot « piqué », pourrions-nous dire, en référence à quelques vidéos récentes où un grand gamin dit « même pas mal ».

En 1991, sans grand bruit, un premier cas bovin fut découvert dans les Côtes-d’Armor.

Cinq ans plus tard, la maladie de la vache folle faisait la une des médias.

On ne sait pas si le hamburger de John et Cordelia Gummer leur est resté sur l’estomac.

LES MESURES PRISES ET LEUR TRADUCTION POLITICO-MÉDIATIQUE

On peut lire que [3] : « La communication […] fut dominée par la confusion et la cacophonie. » On passa de l’indifférence à la panique, puis à la confusion et à la cacophonie. Des intérêts différents et divergents souhaitaient prendre le devant de la scène.

En 1998, création de l’AFSSA (l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments). Les farines de viande et d’os potentiellement dangereuses avaient été interdites en Grande-Bretagne avaient été importées chez nous pendant huit ans, jusqu’en 1991 !

            La perception du risque fut brouillée par des explications embrouillées, mal présentées, mal comprises. Ce fut « l’installation médiatique d’une dramaturgie mettant en scène les héros (scientifiques lanceurs d’alerte), les vilains (acteurs économiques) et les victimes (consommateurs). »

L’auteur de ces lignes devait lire dans le marc de café, et en même temps dans une boule de cristal, au moins.

ET APRÈS

Des milliers de personnes ont été atteintes par l’irruption de cette épizootie politiquement et médiatiquement mal menée.

Une surveillance accrue et des mesures fortes ont permis d’endiguer la propagation.

Cependant quelques cas isolés sont périodiquement recensés, ouvrant la voie vers d’autres hypothèses.

« 40 ans après l’émergence du concept de prion et l’idée qu’une protéine à elle seule puisse se transmettre, muter, et perdurer, cet agent pathogène reste toujours une énigme pour la Science. [4] »

Une très longue durée d’incubation est possible chez des personnes. « On ne sait pas ce qui peut arriver [5]. »

Il existe un avis numéro 79 sur La Gestion de crise et communication : enseignements tirés de la crise de l’encéphalopathie spongiforme bovine. Avis adopté en octobre 2017 par le Conseil national de l’alimentation.

L’article de La Revue du praticien a été publié en 2018, soit deux ans avant l’émergence du Covid. Manifestement, les avis sur la gestion de crise n’ont servi à rien.

Un article de la revue Que choisir de mai 2021 nous apprend que « L’Union européenne (UE) devrait réautoriser les “protéines animales transformées” pour l’alimentation des porcs et des volailles d’ici la fin de l’année [6]. »

Mais ne réveillez pas le prion qui dort et le client qui ronfle. Oubliez les farines animales de mauvaise mémoire, et parlez de PAT, protéines animales transformées.  

Il n’y aura aucun risque, bien sûr… Puisque c’est la commission européenne qui vous le dit ! La France s’est abstenue de voter. Elle attend un avis de l’Agence français de sécurité des aliments (ANSES). Où en est-on ?

En cas d’insomnie, lisez le Journal officiel de l’Union européenne L 295 du 18 août 2021 [7].

Vous avez aimé le Covid, vous adorerez… Ursula von der Leyen

[1] : https://api.parliament.uk/historic-hansard/commons/1996/mar/20/bse-health

[2] : Will he bear it in mind that there is a big industry out there—the British beef industry—which will be listening extremely carefully to what he says?

[3] Pr Didier Houssin, La vache folle : 20 ans après, La Revue du praticien, Vol 68 Mai 2018

[4] : https://planet-vie.ens.fr/thematiques/sante/pathologies/le-prion-l-histoire-d-une-proteine-infectieuse

[5] Dumas A. Vingt ans après, tome 2. Paris, Nelson / Calmann-Lévy éd.

[6] https://www.quechoisir.org/actualite-farines-animales-un-retour-discret-et-encadre-n91706/

[7] https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=OJ:L:2021:295:FULL&from=FR

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