Et voilà que notre ami Claude sous-entend qu’il souhaite m’accompagner dans mon expédition en territoire francophone, intitulée Ma Grammaire Sauvage. Je l’y accueille bien volontiers. Diable sait qu’il y en a, des raisons de hurler de rire dans le tohu-bohu du français gaucho-débile. Pardon pour le pléonasme. Mais Dieu sait aussi qu’un petit coup de férule est parfois bien utile pour ceux qui, sans mauvaise intention, sont devenus les ignorants voulus par les deux seuls extrêmes que sont l’extrême-centre, et la Gauche, extrêmement déséquilibrée par nature. 

Et pour vous récompenser, voici pour les oublieux une petite astuce concernant les accents circonflexes du  passé simple et du subjonctif imparfait :

Au passé simple, vous et nous portons le chapeau. Au subjonctif imparfait, c’est lui.

Antoine Solmer

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Le passé simple, si compliqué…

Avec toutes les horreurs qui nous écorchent les oreilles au faux prétexte de Jeux Olympiques, on est ramené à la perte de sens de tout ce qui se dit, de nos jours : les mots n’ont, pour la plupart, plus aucune signification, et s’ils en ont gardé une, par hasard, c’est une dérive sémantique, souvent vulgaire, et destinée à égarer à la fois le locuteur et le récepteur. On sait que cette perte du sens des mots est le résultat d’une volonté de mettre nos contemporains dans un état où ils perdront peu à peu tout sens critique et, donc, toute possibilité de se révolter conte toute idéologie mal intentionnée…

Et s’il n’y avait que ça… Mais le désir de quelques “clubs de malfaisants” – car comment appeler autrement ces groupuscules de vrais complotistes (ce qu’ils sont “pour de vrai”, eux, contrairement à ceux qu’ils parent de ce titre qu’eux seuls méritent) profitent de l’ascendant financier ou politique qu’ils ont pris sur les organes de presse et sur la caste des journalistes, toujours prêts à relayer toute idée qui ne tient pas la route, à condition qu’elle soit de Gauche, perverse et totalement mortifère à terme pour l’humanité, pour accélérer la mise au pas ou en danger de l’espèce humaine, mise en état de dépendance par ses soins pervers…

La disparition progressive des temps et des modes verbaux (passé simple, imparfait, futur composé, subjonctif…) a donné naissance à une pensée qui se retrouve limitée au moment présent, cantonnée dans l’instant, incapable de projections dans le temps, et qui devient donc de plus en plus inapte à comprendre le passé. Et comme on l’a rendue peu curieuse de l’avenir (au delà de la litanie des différentes apocalypses que nous annoncent ceux qui se sont toujours trompés sur tout), les prévisions qui forment la trame de nos terreurs iso-infantiles actuelles ne sont que des prolongations de quelques constatations instantanées que l’on étire pour le futur, comme si la ligne droite était le seul chemin que peuvent suivre ou emprunter les événements…

La généralisation du tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation, ou la mode américaine qui consiste ramener une personne à son seul prénom… sont autant de coups mortels portés à la subtilité et à la richesse de l’expression. J’avais été très frappé, il y a quelques années, par la suppression jospinienne (NDLR : Ah ! Celui-là… quel mal ses idées perverses ont-elles fait à la civilisation !) du mot “mademoiselle’‘ : c’était non seulement un renoncement à l’esthétique d’un mot et à une marque de respect, mais c’était une contribution à la promotion de cette idée folle qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien, ce qui n’est évidemment pas vrai, tout le monde le sait… au point que, dans des temps où les hommes pensaient encore – au lieu de se conformer aux ’’diktats… dictatoriaux” de modes stupides et infondées – ils avaient encore recours au joli vocable de “damoiseau’’ pour expliquer que, entre l’enfance et l’âge adulte, il n’y a pas un simple “saut quantique” mais une lente et fructueuse évolution.

En cherchant un peu, on trouve que toutes ces pertes progressives de notre identité, notre alignement systémique sur un “ppcm” sémantique ou civilisationnel, l’obligation d’utiliser moins de mots pour pouvoir exprimer moins d’idées, et moins de verbes, conjugués à moins de “temps” pour rendre toute pensée émise plus floue, plus vague, plus confuse et moins précise, se traduisent “en moins de capacités à exprimer les émotions et en moins de possibilité d’élaborer une pensée”… ce qui revient à dire : moins “d’homme”, en nous. La presse scientifique est remplie d’articles, d’études et de statistiques qui démontrent “jusqu’à plus soif” qu’une partie majeure de la violence qui “pourrit” les sphères publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions, ce qui se comprend : plus le langage est pauvre, moins la pensée existe… Et de même qu’il n’y a pas de pensée critique sans pensée, il ne saurait exister de pensée sans phrases, sans verbes, sans mots.

Ces symptômes décrivent et expliquent les masses incultes et ignares qui peuplent nos banlieues. Il faut compéter cette phrase par “mais pas que…” : le nombre de problèmes devenant insolubles se multiplie avec l’arrivée de populations de plus en plus nombreuses et de moins en moins inhibées… qui refusent tout ce qui vient de nous (cf “Boko Haram”, souvent cité dans ce Blog, qui ne peut vouloir dire que : “Tout ce qui vient des livres est maudit” !), et surtout l’idée-même d’intégration. Directement ou indirectement, cette courte analyse aide à comprendre la plupart des contre-vérités que répètent, en boucles insensées, nos responsables irresponsables – j’ai envie d’écrire, par amour de la vérité : au contraire.

Comment construire une pensée hypothético-déductive sans la maîtrise du conditionnel ? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés, présents ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui faisait si bien la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir… soit advenu ?

J’ai la chance d’avoir une famille plutôt nombreuse, et de côtoyer, chaque jour ou presque, une quinzaine de petits enfants et bientôt autant de “petits-enfants-pièces-rapportées”, tous si chers à mon cœur. Le niveau scolaire et universitaire de cette petite armée est un reflet de ce qui se faisait de mieux en France (malgré l’effondrement du niveau de notre enseignement, totalement ravagé par un groupuscule de théoriciens malfaisants – donc (?) de Gauche ? – qui se sont emparés des postes de décision de ce qui fut, jusqu’à eux, un ministère de l’Instruction Publique – ce qu’il aurait dû rester– et qui n’est plus ni “de l’éducation”, ni “nationale” qu’il a prétendu devenir). Eh Bien ! Il m’arrive très (trop) souvent d’être surpris par leur ignorance de mots qui me paraissaient usuels à leur âge, et dont la maîtrise me semble nécessaire pour pouvoir m’exprimer aujourd’hui, pour penser, pour dire, pour exister… pour être. Comme il est loin, le “Cogito, ergo sum” cartésien du Discours de la méthode !

Si un cri d’alarme devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants : faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants… enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, ce qu’elle n’est pas : elle est précise, pour mieux expliquer le réel, qui est compliqué, lui… et l’air compliqué qu’elle peut parfois revêtir n’est que la conséquence de son aptitude à décrire et raconter ce réel.

Dans ce véritable cri de détresse se trouvent les ultimes éléments de ce qui survit, péniblement, de ce qui fut notre Liberté, que notre hymne national qualifiait de “chérie”, avant de la livrer, par système et par idéologie, à des forces obscures, perverses et malveillantes. Il faut ne jamais perdre de vue que tous ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses “défauts”, raser tout ce qui est réputé – par eux – créer de la complexité apparente, et abolir les temps, les nuances, les genres (les “anciens” genres, les vrais, bien sûr : les “nouveaux”… ne sont que les résidus de pensées mortelles), sont les fossoyeurs de l’esprit.

L’apparente fuite en avant de nos contemporains devant le temps-qui-passe ne fait pas que ruiner, détruire et ravager la planète, infiniment plus – et plus sournoisement – que le CO² ou les gaz à effet de serre. Car ce qu’on ne voit pas, c’est que ce refus de toute difficulté, ne fut-elle qu’apparente, “chosifie” de plus en plus les personnes : avec la fin de la politesse, de la galanterie, du “respect humain”, de “la bonne éducation”, de l’affabilité ou de la gentillesse, et même du souci de la langue employée… – qui étaient autant de marqueurs de ces temps oubliés où “l’autre” – que l’on appelait souvent : “mon prochain”– jouait un rôle primordial, c’est la joie de vivre qui disparaît. Et avec elle, toute possibilité de bonheur. On peut, on doit, le regretter ! Décidément, il n’y a vraiment rien de bon à garder dans le modernisme, dans le progressisme, et dans tous les errements pervers et mortifères qui en découlent…

H-Cl.