TERRY FOX OU LA VOLONTÉ DE SURVIVRE

TERRY FOX À THUNDER BAY
TERRY FOX À THUNDER BAY

Il y a une quinzaine d’années, j’avais découvert Terry Fox à Ottawa, ou plutôt la statue en son hommage. Impression étrange devant ce corps avancé presque à chuter, visage crispé, cherchant sa respiration dans sa course acharnée à tirer l’ancre de la prothèse de la jambe droite : un cadeau empoisonné dont l’avait frappé un ostéosarcome à 19 ans, en 1977. Des adultes y amenaient leurs enfants.

Cinq ans plus tard, j’ai revu Terry Fox, son ultime statue, à Thunder Bay, dans la province d’Ontario (Canada), à son terme d’une course de 5373 km en 143 jours, soit un marathon par jour. Là, ce fut l’effondrement. Parti de Saint-Jean de Terre-Neuve, où il avait trempé sa prothèse dans les eaux de l’Atlantique, il rêvait d’atteindre celles du Pacifique à Vancouver. Mais il courait contre un tricheur : le cancer l’avait rattrapé. Le cancer avait arrêté la course. Neuf mois plus tard Terry Fox succombait à la dernière offensive de son ennemi. Il allait avoir 23 ans.

Alors, le cancer avait gagné. Non, l’esprit de l’homme, incarné en Terry Fox et sa volonté de survivre, était né, nous était donné.

Que s’était-il passé pendant ces cinq années qui séparent le diagnostic initial de l’ultime passage ? À 18 ans, Terry est un sportif enthousiaste qui pratique le plongeon, la natation, la course de fond, le basket-ball. S’il est doué dans cette dernière discipline, il n’a pas la taille nécessaire. Alors il perfectionne son entraînement, sa vitesse, sa finesse de jeu, jusqu’à être admis dans les clubs locaux. Il se destine au professorat d’éducation physique, alors qu’un avenir professionnel dans les sports nautiques lui était proposé.

Et le tricheur se démasque : l’ostéosarcome du genou, un des pires crabes de son espèce. C’est l’amputation au niveau de la cuisse. Mais Terry bande ses muscles, sa volonté, s’entraîne un an est demi en accumulant 5000 km de courses. Son but est « simple » : organiser le Marathon de l’Espoir d’un océan à l’autre et récolter un dollar par Canadien, soit 24 millions de dollars pour la recherche sur le cancer.

Au début, c’est l’indifférence, voire l’hostilité. Quel est ce fou qui clopine sur la route, en ville ? Les automobiles le frôlent, les passants l’ignorent. Il court, chaque jour, par tous les temps. La récolte est maigre. La voiture conduite par son frère est leur hôtel ambulant. Une défaite ? Terry court toujours. Et puis, quelques soutiens, puis d’autres, on applaudit, on donne, le Marathon de l’Espoir commence à attirer, des aides arrivent, de simples braves gens, des professionnels. On se rapproche du Pacifique… Mais ce sera Thunder Bay, la baie du Tonnerre. Pire que la foudre, l’envahissement du cancer, et la fin.

Alors, une défaite ? Non, car dans un ultime sursaut de générosité et de professionnalisme, les aides sont arrivées : les 24 millions de dollars. Terry Fox a gagné. Il le saura avant de mourir.

Aujourd’hui, Terry est devenu compagnon de l’ordre du Canada (la plus haute distinction civile), honoré, chanté. Il survit en mémoire et en action, car « ses » millions de dollars ont nourri la recherche contre l’ennemi, les cellules folles qui nous guettent.

Alors, plutôt que la statue d’Ottawa, je préfère celle de Thunder Bay dont j’ai illustré cet article. Tête haute, tel qu’il doit rester en notre souvenir. Dommage qu’il soit presque un inconnu en France. Qui organisera une Course Terry Fox ?

Je vous livre un lien émouvant. La vidéo est en anglais. Même si vous ne comprenez pas cette langue, immergez-vous dans ces images. Vivez avec Terry les dernières secondes de sa course. Survivons dans le même esprit.

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