QUELQUES COURTES RÉFLEXIONS SUR L’ISLAM

ISLAM DANS LE MONDE D'AUJOURD'HUI
ISLAM DANS LE MONDE D’AUJOURD’HUI

Quelques courtes réflexions sur l’Islam

  Un lecteur fait appel à ma maîtrise (très relative !) de la langue arabe et du Coran pour expliquer des mots qu’il a lus, récemment : “Takfir wal Hijra” et “Maḏhâhib al ijtihad”. Au lendemain d’un “billet” sur Samuel Paty, ces mots sont au centre du problème que pose l’Islam au monde entier et à lui-même… Au fond, la grande question, jamais posée, est : l’islam est-il compatible avec autre chose qu’avec lui-même ? Les candidats à la Présidentielle vont vouloir en parler, et leurs erreurs + leurs approximations vont tout rendre ‘’indém….able’’ ! Tentons de traduire ces expressions en ‘’version 2021′’. Accrochez-vous, ‘’c’est pas simple’’ !

(A)-“Takfir wal Hijra’’, littéralement ’‘Anathème et exil”, est une mouvance perse qui remonte à 685 –donc un peu après la mort du Prophète, et ce nom oublié a été repris en 1971 par un groupe d’extrémistes ultra-violents. Le takfīr, qui est à la fois malédiction, condamnation à mort et bannissement, (dans cet ordre ou dans un autre !) est prononcé contre tout kâfir (= “cafre” : mécréant, incroyant), et en être accusé justifie la mort. Or les “takfiris” (càd. ceux qui lancent cette malédiction) considèrent que tous les musulmans qui ne partagent pas leur point de vue sont des apostats, ce qui les autorise à les tuer... Quant à la Hijra, qui peut faire penser à l’Alya des juifs, c’est un départ volontaire de terres réputées “impies”, dites “Dar el-Harb” = “les pays pour la guerre” : non encore islamisés, ils doivent être conquis, par opposition au “Dar el-Islam”, les terres déjà soumisesEn résumé : On les maudit… puis on s’en va !” (Hélas, la France a  basculé à un stade ultérieur : “Certains détestent… mais ils restent” ! Et parfois, ils cassent… ou pire !’’).

(B)- “Maḏhâhib al ijtihad” ou “courants de réflexion critique”. Pour un très petit nombre de “croyants”, l’Ijtihâd (= la  réflexion critique) est encore permise à tout “savant” de l’usul al-fiqh (un mélange de foi et de droit qui caractérise l’Islam). Mais on considère que les courants critiques ont disparu depuis le IXe siècle de l’Hégire (notre XIVe siècle), au motif que “plusieurs siècles d’analyse des sources et des règles auraient permis de faire le tour de toutes les questions juridiques possibles, de sorte (…) qu’il n’y aurait plus rien à inventer” (sic !). Du Xe au XIIe siècles AD, turcs et mongols rendirent le djihad plus guerrier, jusqu’à la défaite de Lépante, après laquelle le monde arabo-musulman conserva une puissance militaire de nuisance mais perdit l’avance scientifique acquise grâce aux savoirs ‘’fauchés’’ au monde byzantin et aux esclaves occidentaux razziés ou pris en mer – on pense à Cervantès. Vue par un occidental, la perte de toute possibilité de critique du Livre Saint, a été une immense ‘’régression civilisationnelle’’ pour l’Islam.

(C )- Dans l’islam classique, le vocable ijtihâd désignait “ce que l’homme peut comprendre de la charîa’a” (= la Loi révélée). Actuellement, pour l’immense majorité des musulmans, la charîa‘a est l’essence de la révélation coranique, et son bras armé est le jihâd, effort guerrier incontournable et violent qui vise à donner à l’islam des territoires où imposer sa Loi – n’en déplaise aux apologistes occidentaux qui “relisent” l’islam à travers leur culture imprégnée de christianisme, même renié. À la question : “Comment la charîa’a, cœur du Coran, qui est dit ’’incréé” (càd “préexistant à tout”, donc éternel et invariant), pourrait-elle être l’objet de critique et d’adaptations ?“, on entend parfois la réponse : comprendre la Loi n’est pas la transformer, mais on juge alors à travers une vision occidentalisée voire chrétienne du monde, ce qui est une fausse piste. On peut dire : Mauvaise pioche !

(D)- La fermeture de la porte à l’ijtihâd (c’est-à-dire l’interdiction de toute lecture critique du Coran) a eu pour résultat de paralyser les musulmans dans leur rapport avec leur Loi révélée. C’est un faux argument, d’essence politique, qui les trompe en sous-entendant une interdiction de toute compréhension de leur propre histoire… et en empêchant jusqu’à la formulation de toute question relative à l’avenir des sociétés musulmanes. Incompréhension du passé et inaccessibilité du futur sont un, on le sait : pas de passé = pas de futur. Alors, à qui profite le crime ?

(E)- Pour un occidental, il est difficile de comprendre au nom de quoi Allah interdirait au ’’croyant” de remettre en question non pas le Coran ou la Charia’a, mais ce que l’homme en a compris, autrement dit, le fiqh : c’est, justement, le sens premier de l’ijtihâd, que tous les musulmans devaient entreprendre, comme partie intégrante du “djihad” – qui fut un combat contre soi-même, avant de devenir un devoir de diffuser la Parole par tout moyen. (NDLR : dont le sabre, ce “sif” d’où vient l’expression “bessif” – par la force du sabre –  devenue courante dans le français tel qu’il est parlé, hélas, c’est-à-dire : sans savoir le sens des mots que l’on emploie).

En revanche, on peut facilement deviner dans quelles intentions politiques des dirigeants avides de pouvoir absolu (Erdogan en est un triste exemple. Mais les soi-disant “Talibans” ou les “frères musulmans” ne sont pas mal du tout, non plus !) invoquent une intangibilité sacrée pour maintenir les peuples dans l’ignorance, cette “interdiction de penser” donnant… les résultats dont nous subissons le pire des conséquences. Malheureusement, rien ne permet d’espérer une inflexion prochaine : les “penseurs” (je pense à Bouallem Sansal, à Abdelouahab Meddef, à Tahar Benjelloun ou à un André Chouraki, souvent cités dans ce blog, et quelques autres) sont une poignée… et ils ne sont pas remplacés, à leur disparition.

Même si j’ai une opinion tranchée, il ne m’appartient pas de dire quels sont les enjeux de la confrontation de deux mondes entre lesquels aucune cohabitation longue n’est possible, l’expérience et l’Histoire l’ont démontré. Mais une chose paraît volontairement oubliée : cette ‘’impossibilité’’ a sa source dans la Loi d’Allah, la charia’a, et son bras armé le jihad, fondements de l’ordre légal musulman. Or, quels que soient les détours inventés, le jihâd (qui est un devoir de propagation de la foi) est partie intégrante de l’islam : dans tous les traités du fiqh, à toutes les époques, elle est là, cette obligation de lutte armée : de nos jours, le jihâd, parfois dit petit”, peut se résumer à la stricte obligation communautaire (fard kifâya) d’un effort guerrier. L’état du monde en est une preuve, hélas !

Ce qui pourrait “rester” de ces quelques remarques (arides !), émises par le vrai “non-spécialiste absolu” que je suis, c’est de remarquer à quel point les univers judéo-chrétien et musulman sont difficilement compatibles (une telle précaution oratoire s’appelle “une litote” ou bien “un doux euphémisme”), et combien il est dangereux pour toutes les parties qui sont concernées de faire semblant de ne pas s’en rendre compte. Entre dénis systémiques du réel, de l’expérience et du passé et refus d’étudier les textes, les dirigeants actuels ont choisi la voie le plus inefficace, celle qui “ouvre” le moins de portes, pour le futur, et les ferme toutes, pour le présent. Un mot, encore : “le monde étant ce que nous savons”, il est prudent, ces temps-ci, de préciser que pas plus la personnalité que les discours d’Eric Zemmour ne sont pour quelque chose dans cette constatation, fruit (blet) d’un long parcours aux côtés de l’Islam…

H-Cl.

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