LE YOGI ET LE COMMISSAIRE

Le titre de l’article du jour est emprunté à une œuvre d’Arthur Koestler parue en juin 1942 dans la revue Horizon. Le sous-titre de la publication précisait : « A review of Literature and Art ». Entre 1939 et 1950, Aragon, Bartok, Aldous Huxley et tant d’autres, dont Ian Fleming (oui le « papa » de James Bond) assurèrent une belle notoriété à ce mensuel londonien. Je présente ci-dessous le tout début de cette œuvre.

LE YOGI ET LE COMMISSAIRE D’ARTHUR KOESTLER

          LE SPECTRE STATIQUE

Il me plaît d’imaginer un instrument capable de décomposer la nature du comportement social comme les physiciens décomposent les rayons. En regardant à travers ce spectroscope sociologique on verrait sur l’écran s’inscrire l’arc-en-ciel coloré formé du spectre de toutes les attitudes que l’homme peut prendre devant la vie. La pagaille humaine deviendrait nette, claire et compréhensible.

À l’une des extrémités du spectre, évidemment du côté de l’infra-rouge, on verrait le Commissaire. Le Commissaire croit à la Transformation par l’Extérieur. Il croit que tous les fléaux de !”humanité, y compris la constipation et le complexe d’Œdipe, peuvent et doivent être guéris par la Révolution, c’est-à-dire par une réorganisation radicale du système de production et de distribution des marchandises; il croit que cette fin justifie l’emploi de tous les moyens, y compris la violence, la ruse, la trahison et le poison ; il croit que le raisonnement logique est une boussole infaillible, et l’univers une sorte de vaste mouvement d’horlogerie dans lequel un très grand nombre d’électrons, une fois mis en branle, tourneront pour toujours dans leurs orbites calculées à l’avance; et que quiconque pense différemment est un fuyard. Cette extrémité du spectre a la plus basse fréquence de vibrations et contient en un sens les éléments les plus grossiers du rayon lumineux, mais elle transmet la plus grande quantité de chaleur.

À l’autre extrémité du spectre, les ondes sont si courtes et de si haute fréquence que l’œil ne les voit plus; elles sont incolores et sans chaleur, mais pénètrent tout; le Yogi accroupi s’y dissout dans l’ultra-violet. Il ne voit aucune objection à appeler l’univers un mouvement d’horlogerie, mais il pense qu’on pourrait l’appeler tout aussi véridiquement boîte à musique, étang ou boxon. Il croit que la Fin est imprévisible et que seuls comptent les Moyens. Il refuse en toutes circonstances la violence. Il croit que le raisonnement logique perd graduellement de sa validité à mesure que l’esprit approche le pôle magnétique de la Vérité ou de !’Absolu, qui seuls ont de l’importance. Il croit que l’organisation extérieure ne peut rien améliorer, mais que l’effort spirituel de l’individu peut améliorer tout, et que quiconque pense différemment est un fuyard. Il croit qu’il ne faudrait pas abolir par une législation financière le servage dont les usuriers accablent les paysans de l’Inde, mais en venir à bout par une éducation mystique. Il croit que chaque individu est isolé, mais reste quand même relié à l’Univers par un cordon ombilical invisible et que seule la sève qui lui arrive de ce cordon peut nourrir sa bonté, sa vérité, son utilité et ses forces créatrices ; il croit que son unique devoir pendant sa vie terrestre est d’éviter les actions, les émotions ou les pensées qui pourraient l’amener à rompre ce lien. Il ne peut accomplir ce devoir que par une technique difficile et compliquée, la seule technique qu’il accepte.

Entre ces deux extrémités se déroulent en une suite continue les lignes spectrales des attitudes humaines plus rassises. Plus nous approchons du centre, plus le spectre devient brouillé et brumeux. D’une part, cet accroissement de brume sur la nudité des corps spectraux les fait paraître plus décents et rend les rapports avec eux plus civilisés. On ne peut pas discuter avec un commissaire nu – il commence d’abord (sic) par se frapper la poitrine comme font les gorilles avant le combat, puis il vous étrangle, ami ou ennemi, dans une étreinte mortelle. On ne peut pas non plus discuter avec le squelette ultra-violet, parce qu’il ne croit pas aux mots. On peut discuter avec les théoriciens d’après-guerre, avec les fabianistes, les quakers, les libéraux et les philanthropes. Mais la discussion ne mène nulle part, car l’essence du conflit est entre le Yogi et le Commissaire, entre les conceptions fondamentales de la Transformation par l’Extérieur et de la Transformation par l’lntérieur.

Il est facile de dire qu’il faut faire la synthèse entre le Saint et le Révolutionnaire; mais on ne l’a encore jamais réalisée. Ce qu’on a réalisé, ce sont des compromis nébuleux, – ce sont les bandes de couleur intermédiaires et confuses du spectre : compromis, mais non synthèse. Apparemment, les deux éléments ne se mêlent pas et c’est peut-être une des raisons qui font de de l’Histoire un tel gâchis Le Commissaire fixe son énergie émotive sur les rapports entre l’individu et la société, le Yogi sur les rapports entre l’individu et l’univers. Il est encore facile de dire qu’il ne faut qu’un petit effort mutuel. Autant demander à un fleuve de remonter à sa source.

          LE DILEMME DU COMMISSAIRE

Toutes les tentatives faites jusqu’ici pour changer la nature de l’homme par les méthodes du Commissaire ont échoué, de l’État solaire de Spartacus à la Russie soviétique en passant par l’Inquisition et la Réforme. Cette faillite semble avoir pour origine deux phénomènes perturbateurs que Kant aurait appelés les Antinomies du Raisonnement appliqué. La première est l’Antinomie des Méandres et l’autre l’Antinomie des Pentes.

L’Utopie est un pic escarpé; la route en lacet qui y mène fait de nombreux détours. Tant qu’on marche sur la route montante on ne voit pas la cime, la direction demeure tangente et ne conduit nulle part. Si une foule avance le long de ces méandres, elle pousse son guide hors de la route, puis elle le suit, et la masse tout entière dégringole à la tangente dans le néant. C’est ce qui est arrivé à la plupart des mouvements révolutionnaires, où l’impulsion de la masse est puissante et où son énergie se transforme en une violente force centrifuge. D’autre part, dans les mouvements réformistes plus circonspects, la vitesse acquise s’éteint bientôt et la spirale ascendante devient un circuit monotone qui se ralentit au fur et à mesure autour de la cime sans gagner en hauteur ; finalement, il dégénère en spirale descendante Ex : le mouvement des Trade-Unions.

La seconde origine de l’échec des utopies révolutionnaires est l’Antinomie des Pentes, ou de la Fin et des Moyens. Quand un homme est dans une situation de responsabilité, il est toujours forcé de choisir entre deux possibilités : ou bien il subordonne les Moyens à la Fin, ou l’inverse. En théorie, on peut adopter une attitude de compromis – compromis du libéralisme, de la religion, de la bonne volonté – mais sous le fardeau des responsabilités pratiques et immédiates, le dilemme s’actualise dans toute sa rigueur : il faut choisir. Une fois qu’on a choisi, on est sur la pente. Si l’on a choisi de subordonner les Moyens à la Fin, la pente vous fait glisser toujours plus bas sur le tapis roulant de la logique utilitaire. Par exemple. on commence par invoquer la légitime défense ; le tapis se déroule : on arrive à la formule que la meilleure défensive est l’offensive, et finalement on aboutit à la bombe atomique, et aux deux cent mille morts de Nagasaki. Un autre exemple bien connu de la pente fatale commence avec le Fer dans la Plaie et finit par les Épurations de Moscou. Le mécanisme était déjà connu de Pascal : « L’homme n’est ni ange, ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. »

         LE DILEMME DU YOGI

Les essais pour provoquer la transformation par l’intérieur à l’échelle de masses ont également échoué. Chaque fois qu’une tentative a été laite pour organiser la sainteté par des moyens extérieurs, les organisateurs sont tombés dans les mêmes dilemmes. L’Inquisition a lâché la tangente; les Églises réformées tournent autour de la cime sans gagner en hauteur. Que la Fin soit subordonnée aux Moyens et la pente est aussi fatale que lorsqu’il s’agit du contraire. La pente de Gandhi a commencé par la non-violence et l’a graduellement fait glisser à sa position actuelle de non-résistance à la conquête japonaise : qu’on laisse les Japonais tuer quelques millions d’lndous, ils finiront par s’en lasser et l’intégrité morale de l’Inde sera sauvée. Il est évident que les perspectives du peuple ne sont pas plus brillantes sous ce machiavélisme à rebours que sous la conduite des Commissaires. Une des· pentes mène à l’lnquisition et aux épurations de Moscou; 1’autre conduit à tout accepter passivement, le viol et les fusillades, et l’existence de villages où les femmes accouchent dans la crasse et où tout un peuple voué au trachome croupit dans l’ordure. Le Yogi et le Commissaire sont quittes.

PROPOSITIONS DE RÉFLEXION

          ARTHUR (KOESTLER) ET ALAIN (LE PHILOSOPHE)

En juin 1942, la situation internationale montre un tournant de la Deuxième Guerre Mondiale. Arthur Koestler a 37 ans. Il a déjà une longue vie de journaliste aventurier et découvreur des convulsions du monde. Je pense qu’on ne peut pas comprendre le XXe siècle si l’on ne lit pas Arthur Koestler. La partie la plus attirante de son œuvre reste, peut-être, ses parts de biographie (jusqu’à ses 26 ans) rassemblées dans La Corde raide (Arrow in the blue) et Hiéroglyphes (The Invisible Writing), qui nous mène à ses 50 ans. Mais n’oublions pas les biographies circonstancielles (La Lie de la Terre, Un testament espagnol, etc.).

En tout cas, il a rompu avec le Parti communiste en 1938, après l’exécution « rapide » de Boukharine. Il faut dire qu’il avait, de plus, osé citer Thomas Mann : « Une vérité nuisible est préférable à un mensonge utile ». Évidemment, le Parti et ses « vocalisateurs » n’avaient pas apprécié.

Nous remarquons que cette pensée est présente dans le texte présenté ici, essentiellement dans les réflexions sur Le Commissaire.

Ce Commissaire ressemble comme deux gouttes d’eau au camarade Staline, mais aussi, par voie d’imitation, de suivisme, et même de rajout, à l’ensemble de ses suivants, dont la liste n’est close, ni par la mort du moustachu, ni par la chute de l’URSS, car la Gauche est structurellement une machine à nier la réalité (au mieux) ou à la détruire (systématiquement).

En somme, ce Commissaire, bien typé, acharné à construire la grande utopie, me paraît le déviant majeur du préfet de police qu’Alain imagine heureux, dans ses Propos sur le bonheur :

 « Un préfet de police est, pour mon goût, l’homme le plus heureux. Pour­quoi ? Parce qu’il agit toujours, et toujours dans des conditions nouvelles et imprévisibles ; tantôt contre le feu, tantôt contre l’eau ; tantôt contre l’éboulement, tantôt contre l’écrasement ; aussi contre la boue, la poussière, les maladies, la pauvreté ; enfin souvent aussi contre la colère, et quelquefois contre l’enthousiasme. Ainsi, à chaque minute de sa vie, cet homme heureux se trouve en présence d’un problème bien déterminé, qui exige une action bien déterminée. Donc, point de règles générales ; point de paperasses ; point de récriminations ni de consolations en forme de rapport administratif ; il laisse cela à quelques bureaucrates. Lui, il est perception et action. Or, quand ces deux vannes, perception et action, sont ouvertes, un fleuve de vie porte le cœur de l’homme comme une plume légère. »

Cela dit, le titre de l’ouvrage du philosophe Alain (Propos sur le bonheur) est-il susceptible de biaiser son regard sur la vie préfet de police ? Ce n’est pas impossible, mais je ne le crois pas. La grande différence avec le Commissaire de Koestler est que ce dernier est commis (à tous les sens du terme), non seulement pour accomplir une action, mais aussi pour agir en compliance avec les directives du Parti. Ce Commissaire est un Commissaire « du peuple », tel que ce n’est pas dit, mais tellement compréhensible. Et l’on sait que dans toutes les révolutions, et au-delà, dans toutes les guerres révolutionnaires, si le soldat tue, c’est le commissaire politique qui torture, ou pousse (de toutes les menaces possibles à la torture. Nous n’insisterons jamais assez sur le cas du tortionnaire Boudarel, traître à son pays, à ses concitoyens, et si aisément réintégré par l’Université française qui, une fois de plus, ressemblait à un nœud de vipères. Si ces personnages doivent être heureux, sommes-nous capables d’imaginer le degré de sadisme pour et par lequel ils vivent ?

C’est que le Commissaire est non seulement soumis à une obligation de moyens, mais aussi à une obligation de résultats. Il a les directives, et au-dessus des directives, le plan du Parti, et au-dessus du plan du Parti, les humeurs du secrétaire général, le demi-dieu qui doit reconstruire le monde et transformer l’Homme, qui ne sait comment s’y prendre, mais qui cherche de pire en pire dans les délires de l’image représentative de la « lutte finale ». Bref, obligation de résultats, quelle que soit la casse humaine. Après tout, les porcelaines mal cuites doivent être brisées par les éléphants obéissants.

          ARTHUR ET LES COULEURS

En première approche, nous pourrions croire, bernés par les couleurs du spectre et par une dichotomie obligatoire, que le Commissaire (dans les rouges) est à Gauche, et que le Yogi (dans les bleus) est à droite. D’autant que le centre n’est qu’une zone de compromis nébuleux, ce que je pense profondément. Et de compromis en compromissions, la nuance est faible. Ce qui ne veut pas dire que les compromissions n’existent pas dans les autres bandes (à tous les sens) du rouge au bleu (avec ou sans majuscules). Mais elles ne sont pas de même nature.

Dans les couleurs fortes, les compromissions résident dans le domaine de l’adéquation intime avec la doctrine. Dans les couleurs bâtardes, il s’agit plutôt d’accommodements raisonnables avec l’ennemi, tel que Koestler le voit.

Mais en piochant dans les chapitres consacrés aux dilemmes de l’un et l’autre de ces « rédempteurs forcenés » que sont le Commissaire et le Yogi, nous nous apercevons qu’ils deviennent étrangement associés. Leurs fins et leurs moyens, quel que soit l’ordre dans lequel ils les placent, se heurtent toujours à la géométrie des pentes utopiques. La chute dans la précipice montre que la fin était illusoire, mais que le résultat atteint n’en est pas moins sale.

Mais quand la stagnation s’impose, cette demi-mesure qui concerne les « trade-unions », c’est-à-dire les syndicats ouvriers, rappelle que les doctrines révolutionnaires marxistes et post-marxistes de toute obédience, ne supportent pas l’action syndicale qui dévie jusqu’à vouloir de meilleures conditions pour ses affiliés. En effet, le bouillonnement au feu de la révolution ne supporte pas le tiédissement du meilleur confort. Les « troupes » s’embourgeoisent, péché mortel de ceux pour qui « la religion est l’opium du peuple ».

Cela explique le mépris de Marx et Engels pour les « socialistes utopiques », les rapports ambigus entre la grand Parti frère et les syndicats de gauche français ou autres, mais aussi les « liquidations » des « pompiers trop zélés et mal venus ». L’exemple en est l’assassinat à Saint-Pétersbourg du tsar Alexandre II (onzième tentative réussie) en 1881. Celui qui avait aboli le servage, modulé la censure et était « trop accommodant » envers le peuple, ne devait pas échapper à la bande de conjurés révolutionnaires (le groupe nommé La Volonté du peuple) mené par Sofia Petrovskaya.

Au passage, ce n’est pas le seul exemple qui montre l’inanité profonde, pour ne pas dire la c…ie majuscule, des paroles de la chanson de Renaud, Miss Maggie, où il invente une femme illusoire, pacifiste, douce, paradoxalement corseté dans sa petite psychanalyse « renaldienne » qui en dit long sur la valeur de ses autres déphasages. Dommage qu’il n’ait pas écrit sur les « tricoteuses » de la Révolution, ou sur les tueuses en série comme Hélène Jégado, Jeanne Weber, Céline Lesage, pour n’en citer qu’une minorité française. Mais avec la Gauche, rien n’étonne…

          ARTHUR ET TORQUEMADA

Dans ce texte, Koestler établit un compagnonnage, une sorte de « camaraderie » entre le camarade Staline et Torquemada, donc, entre les procès de Moscou, et ceux de l’Inquisition.

C’est ici que nous devons nuancer, pour ne pas dire, disjoindre les affaires. Car les différences sont fondamentales entre deux situations séparées par quelques siècles, mais surtout par une opposition totale entre les moyens et le fins.

En effet les procès de Moscou sont caractérisés, non seulement par leur localisation, mais surtout par la compromission de tout le système judiciaro-politique, dont le seul but était de condamner systématiquement les accusés. Autre caractéristique de ce système tortionnaire est d’avoir instauré au préalable un tel viol des consciences que les accusés, bien qu’innocents, en venaient à reconnaître leur culpabilité tout en sachant qu’ils seraient néanmoins exécutés.

A contrario, l’Inquisition avait établi les règles d’une enquête à charge et à décharge. Par ailleurs, les conditions permettaient à des accusés « astucieux » d’échapper à la dite justice. Si bien que les dégâts humains causés par ces institution malgré tout déplorable ne représentent qu’un iota par rapport au système d’assassinat systématique généralisé mis en place par la Gauche, et tellement passé sous silence par ses suiveurs.

        QUANT AU YOGI QUI RIME AVEC GANDHI

Koestler l’accuse de complicité passive avec le massacre de son peuple par des troupes ennemies, ou par des conditions déplorables. Gandhi posait comme définition que : « Le bonheur c’est lorsque nos pensées, nos paroles et nos actes sont en harmonie. » A minima cette pensée devrait être précisée par deux questions que je me contente de poser ici. À quel variété d’homme cette formule s’adresse-t-elle, car nous avons vu que des bonheurs sadiques ne sont pas à exclure systématiquement ? Et pouvons-nous placer notre bonheur au-dessus des potentiels malheurs que le notre a pu créer en pleine harmonie interne de nos pensées, paroles et actes ?

Mais je reprends ici l’accusation de Koestler envers Gandhi. Elle nous ramène au préfet de police du philosophe.

Soyons des hommes d’actions (au pluriel) et adaptons-les aux hommes et aux situations pour le meilleur résultat possible. Cela s’appelle la vraie solidarité dans la réalité, ou mieux, le « conservatisme progressant ». Et si les actions ainsi considérées mènent au bonheur de ceux qui les dirigent, tout en participant au confort – ou mieux – de ceux vers qui elles sont dirigées, nous voici plongés dans une belle couleur à choisir dans le spectre koestlérien.

Pour moi, c’est une couleur mentale que je rapporte à la Droite profonde, même si elle est déclinée par des écrivains embarqués à Gauche. Être un grand philosophe n’est pas un critère suffisant d’acuité visuelle sur le monde.

Mais être un grand reporter n’est pas non plus une garantie. Dans Le Yogi et le Commissaire, Koestler soutient une évolution nécessaire et obligatoire vers le « socialisme à visage humain opposé au socialisme des commissaires politiques et du Goulag. [1] »

Je préfère la réponse d’Yves Montant à Kanapa lors d’un débat des Dossiers de l’écran :

« Il m’est difficile d’entendre parler de socialisme lorsqu’on se réfère aux pays de l’Est ; tant qu’on emploiera ce qualificatif, je serai contre et j’estimerai qu’il n’y a rien de changé. Le socialisme n’existe nulle part. Être obligé d’ajouter au socialisme les mots “à visage humain”, “socialisme démocratique”, “socialisme aux couleurs de la France”, c’est reconnaître que ce n’est pas le socialisme. J’ai toujours pensé que le socialisme se suffisait à lui-même.

Être obligé d’ajouter ces adjectifs, c’est reconnaître que quelque chose ne tourne pas rond » [2]

Oui, encore et toujours oui, quelque chose ne tourne par rond dans le socialisme, et dans tout ce qui appartient à la Gauche quelle qu’en soit la nuance, car Hitler aussi, en faisait partie. Reprenons, non seulement ses crimes, mais la façon dont il les a présentés :

« Nous devons prévoir des cadres dans lesquels s’insèrera la vie entière de chaque individu. Tous ses gestes et tous ses besoins doivent être réglés et satisfaits par la communauté dont le Parti est l’expression. Il n’y a plus de libre arbitre… L’individu ne s’appartient plus. Nous pétrissons… transformons… socialisons les hommes  [3]».

Je ne peux qu’insister sur la dernière phrase : « Nous socialisons les hommes. »

À garder en mémoire pour tous les ânes menés par des traîtres qui associent encore Hitler à la droite. Hitler et Staline (entre autres, même combat !)

Antoine Solmer

 

 

 

 

 

 

[1] Sophia Majeri. Le Parti Pris humain dans les œuvres de Camus et de Kostler

[2] Cité par Hanania Alain Amar, Arthur Koestler, La rage totalitaire, éditions de L’Harmattan, 2011.

[3] Thierry Feral, Le national-socialisme. Vocabulaire et chronologie, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 62.

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