LA MALÉDICTION DES MOTS-VALISES : L’UNION

Le mot « union » encombre le paysage politique. Combien de megawatts nécessaires perdus dans les réseaux d’énergie – et on sait, ou plutôt on ne sait même plus combien ça coûte – pour que des « unionistes » de tout bord nous déversent leurs « unions » qui devraient faire « la Force ». On se croirait dans la version politico-franchouillarde de Luke Skywalker contre Dark Vador.

Lorsqu’on parle de « mots-valises » c’est l’image d’une expression qui vient à l’esprit. En réalité, tout mot peut être transformé en « valise » de qualité, d’usage et de contenu variables. Ce processus a stimulé depuis très longtemps les grammairiens de l’absolu (les linguistes) d’après le concept de « transfert ». Ils en ont construit les termes techniques métonymie et métaphore. Je n’irai pas plus loin ici.

LA VALEUR DE L’UNION

Intéressons-nous plutôt à la valeur du terme « union », c’est-à-dire au prix à payer pour le posséder, donc pour en user, en jouir et en disposer. Un peu comme la maison ou la voiture ou tout autre objet que vous venez d’acheter. Il y a toujours un prix à payer, donc un transfert contre un autre bien. Mais ce prix dépend des circonstances, donc du « marché ».

C’est ce qui se passe en ce moment. Deux groupes opposés hurlent à « l’union ».

Imaginons que le vendeur soit aussi satisfait que l’acheteur. Tout ira bien, en théorie. Mais reste l’épreuve des faits : la résistance aux tempêtes, la sécurité, les vices cachés, etc. Sans compter les hypothèses du vendeur escroc et de l’acheteur insolvable. Bien entendu, la maison ou la voiture qui nous servent de prétextes dans cette discussion sont semblables aux négociations politiques en cours, et toute ressemblance avec des personnages ou événements existants ne serait que pur non-effet du hasard, donc de pure coïncidence au sens profond et non de simultanéité fortuite.

CES RESTRICTIONS POSÉES, QUE SIGNIFIE LE MOT UNION ?

Je n’insisterai pas sur ses explications toutes plus positives les unes que les autres lorsqu’on s’y trouve inclus. Grâce à cette union… bla-bla-bla…avec nos forces unies… bla-bla-bla… une fois l’union réalisée… bla-bla-bla. Je n’insiste pas. Ouvrez n’importe quel site d’actualités.

Comme autre exemple, revenez en 1914. Ah ! Comme nous étions contents d’avoir la « Triple entente » (France, Royaume-Uni et Empire russe) ! Tiens… Empire russe… ça a dû m’échapper… Tant pis. Tout aurait dû bien se passer avec cette union. Sauf que… en face, il y avait la Triplice (Allemagne, Austriche-Hongrie et Italie). On allait voir ce qu’on allait voir ! Et on a vu…

Il est temps maintenant de revenir au mot « union » et à l’idée de « mot-valise » en dépassant les limites linguistique de la métonymie et de la métaphore. En réalité tout mot porté à son incandescence par une valeur ajoutée irréfléchie renferme en lui le contraire de ce que l’on croit devoir le charger.

Alors une union des droites sera efficace ? Personne n’en sait rien, parce que personne ne peut prévoir ce qui en arrivera, et que le mot « union » est chargé d’un a-priori positif, donc « châtré » de sa réalité.

Je suis sûr que vos ne me croyez pas. Alors, allez voir un match de foot (bof!), de tennis, de ping-pong, et mieux encore, de boxe, car ce sont les plus représentatifs. Qu’ont en commun ces différents sportifs ? Quelle idée leur sert-elle d’union ? C’’est tout simplement… de vouloir « déglinguer » l’autre par tous les moyens à leur disposition. Car leur union, c’est la règle du jeu qui veut la victoire de l’un et la défaite de l’autre. Jamais deux hommes n’ont été plus unis l’un à l’autre que dans un corps à corps vital, même sous le contrôle d’une règle du jeu où chacun est censé n’être qu’un « adversaire ». Mais sur le terrain…

Dans la réalité du jeu politique l’adversaire n’est qu’une appellation convenue. Et la devise de ce jeu est plus parlante : « Dieu me garde de mes amis. Mes ennemis, je m’en charge ! »

Et c’est ce qui se passe. C’est ce qui va se passer. Et pour le comprendre, il faut revenir à cette différence d’unions que sont celle de droite et celle de gauche.

UNION DES DROITES CONTRE UNION DES GAUCHES : QUELLE DIFFÉRENCE ?

Disons-le simplement. On a accusé la droite française d’être « la plus bête du monde ». C’est aussi vrai que faux. La réalité profonde est que les droites politiques n’ont pas de colonne vertébrale, ou pour dépasser cette image, n’ont aucun corpus de pensée profonde. C’est ce qui les différencie de la gauche politique.

Disons-le autrement ! La droite propose des solutions fondées sur des arguments logiques soumis aux contingences de la vie. Or cette avancée d’apparence logique est illogique si l’on considère les processus d’adoption ou de rejet des dites solutions par les électeurs.

L’expérience montre que la conviction par la logique pure est rarement possible. D’abord, ce qu’on nomme « logique » est une construction intellectuelle qui dépend de celui qui en parle et d’une base constituante spécialisée, un peu comme la Constitution doit être le texte fondateur ou correcteur des lois. D’où la fameuse objection typée à gauche : « d’où parlez-vous ? ». Cet argument renvoie le « logicien » à lui-même qui est déjà catégorisé comme ennemi par son adversaire (soyons gentil) de gauche. Ensuite, même un potentiel électeur de droite reste un homme, donc soumis à l’intense pression de ses sentiments. Lorsque « son » candidat favori lui assène sa solution logique et chiffrée, il ressent immédiatement une double angoisse que l’on peut résumer ainsi : combien cela coûtera-t-il, et quelles seront les réponses de la gauche dans la rue ? Votre électeur indécis, de droite faible ou du centre (le marais) pas forcément bon en maths, échappe au discours, commence à peser le pour et le contre, et risque de fuir dans le confort douillet de l’abstention ou du fameux et catastrophique « vote utile » que l’on devrait mieux qualifier de « reddition sans combat ». Certains ont perdu leurs étoiles pour cela. L’électeur cocu d’avance s’en glorifie.

Ainsi les solutions de la droite s’épuisent. D’abord parce que la vie réelle les met à rude épreuve, obligeant parfois à renverser la vapeur. Ensuite parce que l’opposition de gauche poursuit sa guerre d’usure, appuyée par ses troupes de toujours (certains syndicats musclés, des « incontrôlables » de la rue, des magistrats syndicalisés de gauche, et 80 % des journalistes français.

Je rajoute qu’il n’y a pas eu de gouvernements « de droite » en France sous la Ve République, mais des gouvernements accusés d’être « de droite » par la gauche. Il y a pu avoir des mesures de droite, ce qui n’est pas la même chose. Elles ont toujours été laminées par la gauche.

Ainsi, ce qui a pu pousser à droite en France a toujours cahoté, chahuté par la gauche, poussé à la soumission, désemparé, manquant de repères de force, et, pour finir, devenant le punching ball de la gauche. Pour suivre la pensée de Julien Freund la droite est désignée comme ennemie par la gauche. Non seulement comme ennemie de la gauche, ce qui serait moindre mal, mais surtout comme ennemie du genre humain. Là est toute la différence. La seule appellation Front populaire fait rêver les nostalgiques de congés payés et des vacances en vélo. Mais “front” c’est aussi le vocabulaire de l’armée opposée à l’ennemi. La gauche ne l’oublie jamais : avant les vélos, les chars.

Au contraire de la droite, la gauche possède un corpus de pensées, une doctrine et des armes. Son corpus de pensée, c’est le délire de la course au bonheur social par la force. Sa doctrine, c’est le chaos systématique camouflé en besoin vital. Et ses armes sont organisées autour du char d’assaut qu’est le marxisme. Non pas le marxisme économique et théorique, mais le marxisme de combat pur et dur qu’est la lutte des classes. En conclusion : c’est la négation de l’homme.

Une fois cela compris, tout devient clair. Si la droite veut avoir une chance de durer, elle doit se construire un corpus de pensée, une doctrine et des armes. Hormis cette approche, point de salut. Dans ces seules conditions, une union des droites contre la gauche sera possible.

Avis à Zemmour : prôner une « union des droites » depuis 25 ans ne conduit à rien sans une construction théorique préalable.

Antoine Solmer

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