MARION MARECHAL ARBITRE ENTRE RUSSIE ET UKRAINE ? (3)

Suite de commentaires sur l’entretien de Marion Maréchal avec Causeur. Aujourd’hui, discutons de la séquence suivante :

« Néanmoins, souhaiter la victoire de l’Ukraine ne doit pas pour autant induire de faire la guerre à sa place. Bien que je comprenne l’inquiétude de nos amis polonais ou des pays baltes, ce n’est pas la France qui est en guerre avec la Russie. »

« …souhaiter la victoire de l’Ukraine… »

Quand M. Dupont souhaite la victoire de son club de football favori, il le pense et très souvent l’affirme haut et fort, avec ou sans musique, avec ou sans manifestations dans les gradins ou devant sa télé. Il en a toujours été ainsi. Ensuite, le match terminé, avec ou sans troisième mi-temps, vient le sommeil nécessaire avant le retour au travail le lendemain matin. Entre-temps et même après, il s’éloigne du champ des négociations internes entre clubs. À peine en lit-il un résumé sur son journal favori.

Mais souhaiter la victoire d’un des belligérants, surtout dans un conflit télécommandé outre-Atlantique, qui, de plus, nous intéresse au premier chef, nous Européens (je ne parle pas de Bruxelles mais de notre civilisation), voilà qui appartient à un tout autre registre. Il s’agit ici de politique, et même de géopolitique, autrement dit d’un regard ou d’une action sur l’ensemble (si possible) des conflits en cours ou potentiels, en tenant compte des interférences étrangères, du passé des belligérants et de leurs soutiens ou adversaires, et, autant que possible de ce qu’il est logique de prévoir dans l’avenir, en prenant comme pivot fondamental l’intérêt du pays que représente ou que l’on souhaite représenter.

Or, la principale bourde à commettre dans le cas présent est d’entrer dans le jeu tel un éléphant dans le magasin de porcelaine, ou pire comme un souris avec sa cigarette allumée dans un baril de poudre. Les résultats sont quasi-garantis, et je ne parle pas de votre compagnie d’assurance.

Il a suffi d’un coup de pistolet bien ajusté en août 1914 à Sarajevo pour déclencher la Première Guerre Mondiale. Combien de fois faut-il le rappeler ? Si l’histoire ne se répète pas comme un copié-collé, elle n’en suit pas moins de lignes de pentes discernables. Nous pouvons remonter à 1870 et la tannée que la France a reçue de l’Allemagne, parce que Napoléon III s’était enflammé comme un taureau devant le toréador, à cause de la célèbre dépêche d’Ems, laquelle n’était qu’un faux fabriqué par Bismarck, qui n’attendait que cela pour lancer ses troupes, aguerries et formidablement armées. Cela aussi, combien de fois faut-il le répéter ?

De plus, souhaiter la victoire ukrainienne comme incantation, c’est d’abord ignorer jusqu’à quel point pour nous, avec quels dommages présents ou futur, et à quel prix pour l’Ukraine, cette simple phrase peut mener. Mme Maréchal qui se dit si soucieuse de l’avenir de ses filles ­– et comme elle a raison – n’a-t-elle jamais eu une pensée pour celles qui, en Ukraine, continuent à perdre leurs pères, leurs frères, leurs oncles, en attendant pire ? Lorsque je regarde des reportages longs sur le peuple ukrainien, lors de la chute du président Ianoukovitch, je suis frappé par les similitudes avec leurs voisins russes (chants patriotiques, chants folkloriques, langue, visages, etc.) Les guerres fratricides – ou presque – sont les pires. Qu’elles nécessitent des médiateurs, c’est sûr. Mais qu’on avance avec de gros souliers ferrés au lieu de chausson de ballerine, voilà qui augure mal de l’avenir. À moins qu’elle n’ait en poche la baguette magique des bonnes fées de nos contes. Médiateur signifie être au milieu.

D’ailleurs, les avertissements internationaux de tous les spécialistes « hors plateau » nous avertissent : c’est « plié » pour l’Ukraine. À l’inverse, ceux dits « de plateau » n’arrêtent pas de nous fourrer les doigts dans les yeux et de se démonétiser (à moins qu’ils ne se « remonétisent » auprès de bailleurs discrets).

Vu d’un autre angle que celui des élections européennes, le souhait de Marion Maréchal m’apparaît comme une bourde majeure. Qu’en est-il parmi les autres responsables de Reconquête ? C’est un autre problème, qu’il convient ici de dissocier du premier.

« … ne doit pas pour autant induire de faire la guerre à sa place. »

Voilà encore une incantation qui néglige la réalité. Qui fait la guerre, comment, et depuis quand ? Certes la France n’a pas signé de déclaration de guerre. Mais la croupionnerie du parlement en tient lieu. Cela s’appelle la démocratie réelle. Je ne parle pas de l’imaginaire.

J’apprécie le vocabulaire de cette phrase, particulièrement le verbe induire précédé de l’intimidant « on ne doit pas ». Est-ce un souhait ? Un interdiction de penser ? Une fuite devant ce qu’on peut déduire de la situation ? Si l’on se passe de l’un de ces deux verbes devant une situation pareille, autant courir le marathon à cloche-pied pendant que les autres jouent le jeu.

En tout cas, ce que l’on peut conclure, au vu de certains secrets qui émergent, c’est que un parmi les Anglo-Saxons – M. Boris Johnson – est allé en Ukraine et a poussé délibérément Zelensky à se croire assuré d’un appui « de dingue ». De qui était-il le « petit télégraphiste » ? De l’ouest, toujours plus à l’ouest. On connaît la suite : la position jusqu’au-boutiste de Zelensky avec tous les risques nationaux et internationaux. Et nous suivrions comme des bœufs vers l’abattoir ? Non, merci !

Et comment ne pas comprendre que M. Poutine nous fera payer cher la moindre cartouche de fusil envoyée par l’Élisée ? Qui y pense ?

Antoine Solmer

(à suivre)

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