HISTOIRE IMPOSSIBLE MAIS VRAIE DU FRAY JUNIPERO SERRA

STATUE DE FRAY JUNIPERO SERRA A SANTA BARBARA
STATUE DE FRAY JUNIPERO SERRA A SANTA BARBARA

Extraite du blog Comprendre Demain de Claude Henrion, voici une “petite histoire ” extraordinaire qui ne déchoit en rien face à la “grande”.  Suivez donc la double trace de Claude Henrion et de Fray Junipero Serra. Les deux le méritent. Quant à ce que méritent les abrutis iconoclastes dont la trace dit assez leur haine…

 Maintenant, place au texte de H-Cl.

Je vous l’avais promis hier, et sitôt dit, sitôt fait : voici l’histoire extraordinaire d’un homme dont pratiquement personne n’a jamais entendu parler et dont, pourtant, la trace dans l’histoire est au delà du descriptible. Pour lui, je vais m’essayer dans un rôle, celui de conteur, pour lequel je suis encore moins prêt que pour les autres, ceux dans lesquels je m’escrime avec des bonheurs erratiques. La première victime de cette tentative est –pas de chance pour lui– le fray Junipero Serra (Frère, Fray en espagnol, Fra en italien, Friar en anglais, désigne un religieux d’un des ordres mendiants : Dominicains, Augustiniens, Carmélites ou Franciscains, dans ce cas).

  Junípero Serra, nous disent les historiens, les biographes et les rédacteurs vétilleux du “Synaxaire Hagiographique” –c’est ‘’le livre des Saints’’, en bon français vernaculaire– est né le 24 novembre 1713 à Petra, pas dans ce qui est la Jordanie actuelle mais sur l’île de Majorque, aux Baléares, et il est mort le 28 août 1794  à Monterey, en Californie. Ce prêtre espagnol, missionnaire  franciscain, fonda de nombreuses “missions” dans le Nouveau monde. Appelé parfois l’Apôtre de la Californie, il est reconnu Saint par l’Eglise catholique… Un grand titre (“Apôtre”), un beau champ d’application (“la Californie”) et une jolie fin (“Saint”), mais en ces temps de religiosité de plus en plus frileuse, c’est soit trop, soit –plutôt– pas assez et, s’agissant de Californie, le destin d’un Bill Gates ou d’un Jeff Bezos parle sans doute davantage aux jeunes générations. Et pourtant, quel destin hors normes !

  Continuons à suivre sa vie officielle et la chronologie des événements : le jeune Junipero, brillant sujet puis professeur de philosophie au Séminaire de Palma, devenu prêtre, se sent une âme d’aventurier (on dit, en langage du temps : “de Missionnaire”), et il part,  en 1749, pour l’Amérique, plus précisément dans ce qui est la “Nouvelle Espagne”, pour enseigner la philosophie au Collège de Mexico. Plus le temps passe et moins ce petit homme plutôt malingre et qui marche avec une canne à la suite d’un accident se sent à l’étroit dans ce rôle. Et à l’âge de 55 ans (ce qui est un âge très avancé, dans la seconde moitié du XVIII ème siècle), il est chargé de “la coordination des activités missionnaires” dans la région. Nous sommes en 1768, et tout va basculer pour lui… mais pour le monde, également.

  Il faut dire que, sans aucun lien apparent avec notre héros, la Grande Tsarine de toutes les Russies,  Elizabeth Ière, digne fille de Pierre le Grand et de la Grande Catherine, a vu ses troupes traverser le Détroit de Behring (qui ne s’appelle pas encore comme ça, puisque l’Amiral Vitus Behring est, justement, en train de le “découvrir” à cet instant, au sens géographique du terme !), où des trappeurs russes vont très vite réduire à néant la richesse locale, la fourrure des loutres de mer, repoussant ainsi la colonisation et les armées russes de plus en plus vers le sud, le long de ce qui est aujourd’hui la côte Ouest du Canada et des Etats-Unis (où se trouveront, plus tard, Vancouver, Seattle et Portland). Face à la poussée de troupes importantes plus près de leurs bases que lui des siennes, le Vice-Roi de la “Nouvelle Espagne”, qui répondait au nom improbable de Pedro de Castro y Figueroa, duque de la Conquista y marquès de Gracia Real, ne peut compter sur aucune aide de son Rey de España, Felipe V, un Bourbon né à Versailles mais pas moins englué pour autant dans les guerres dites “de la succession d’Espagne”.

  Son armée n’est pas de taille, et il n’y a pas encore le gros Sergent Garcia, qui viendra plus tard, avec Zorro – de son vrai nom Don Diego de la Vega, qui ne naîtra qu’en 1794. Il a alors l’idée de génie de demander à ce brave Franciscain qui veut voir du pays d’aller évangéliser les tribus indiennes qui transhumaient dans la région, alors déserte, hostile et longeant un océan glacé qui n’a de pacifique que le nom : s’ils sont catholiques et sédentarisés, les indiens refuseront de se soumettre à un Prince orthodoxe, c’est sûr ! Et le vieux franciscain part seul, avec deux mules, vers le nord. Le premier endroit où il croise le chemin de ses futures ouailles, après 750 miles seul à dos de mule, est de toute beauté, et il décide de faire ériger à “ses” indiens une église, qu’il va dédier au Saint Patron de l’Espagne, le grand Saint Jacques Matamoros. “San Diego”, donc, qui deviendra le plus grand port militaire du monde. Il enseignera ‘’à des populations vivant pratiquement à l’âge de pierre’’ (cf. Agnès Hérique in Culture religieuse) l’agriculture qui protège de la famine…

  Puis il va continuer son errance, bâtissant et éduquant, mais s’arrêtant toujours dans des endroits extraordinaires qui deviendront tous fameux autour d’églises merveilleuses dont le nom restera célèbre à jamais. Citons Santa Barbara “la perle des Missions”, et sa voisine “Monterey”, Carmel (dédiée à Saint Charles Borromée et célèbre grâce à son maire, Clint Eastwood), Notre Dame des Anges, “Nuestra Señora de Los Angeles” (on a gardé que “Los Angeles”) ou Saint François d’Assise, “San Francisco”… Vingt-et-une œuvres d’art à partir de rien (dont il aura, à sa mort en 1784, personnellement construit 10 et jeté les bases des suivantes) ont sculpté jusque dans le moindre détail ce qui allait être la 5 ème puissance économique du Monde, à égalité ou peu s’en faut avec la France jusque dans les années 2000.

  Entre temps, les Russes, ayant compris qu’ils avaient devant eux une force invincible, la foi et l’énergie de ce petit religieux claudiquant, avaient abandonné leur rêve de conquête et Charles III  était monté sur le trône d’Espagne. C’est donc en son honneur que le petit chemin muletier devenu route fut nommé “el Camino Real”, la route royale… nom qui est toujours utilisé de nos jours, comme je l’ai découvert lors de mon premier séjour à l’Université de Stanford… C’est alors que j’ai découvert aussi l’œuvre d’abord et le nom, ensuite, de ce géant de l’Histoire, et que j’ai passé de longues heures, dans de nombreux voyages en Californie, à mieux le connaître… travail énorme (il y avait, alors, très peu de choses sur le sujet) que je suis très heureux de partager avec vous, dans ce ‘’billet’’ hors norme.

H-Cl.

PS : Hors des limites habituelles de ce Blog, je me permets de faire figurer ci-dessous les noms des Missions du Père Junipero, du nord au sud, en vous suggérant de vous reporter à leurs photos sur votre ordinateur. Ce voyage dans la beauté vous fera oublier un peu la tristesse de nos jours plus ou moins confinés, couvrefeu-isés, vaccinés (certains), masqués (beaucoup), et malheureux (tous)…

Misiones de San Francisco Solano, à Sonoma… de San Rafael Arcàngel, à San Rafael… de San Francisco de Asís (Mission Dolores), à San Francisco… de San José, à Fremont…. de Santa Clara de Asís, à Santa Clara… Santa Cruz, à Santa Cruz… San Juan Bautista, à San Juan Bautista… San Carlos Borromeo de Carmelo, à Carmel… Nuestra Señora de la Soledad, au sud de Soledad… de San Miguel Arcángel, au nord de Paso Robles… de San Luis Obispo de Tolosa, à San Luis Obispo… de La Purísima Concepción, au nord-est de lompoc… de de  Santa Inés, à Solvang… de Santa Bárbara, à Santa Barbara… de San Buenaventura, à Ventura… de San Fernando Rey de España, à San Fernando… de Nuestra Señora Reina de los Angeles, à Los Angeles… de San Gabriel Arcángel, à San Gabriel… de San Juan Capistrano, à San Juan Capistrano… de San Luís Rey de Francia, à Oceanside… de San Diego de Alcalá, à San Diego

Une autre fois, si vous voulez, je vous raconterai mes découvertes sur le Camino Real et nous visiterons ensemble les 21 merveilles de cet art baroque espagnol qui veut parler aux émotions plus qu’à l’intellect. Il est, ici, revu dans un mode “naïf et émouvant” par des indiens qui ont laissé une trace, à tout jamais. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai visité chacun de ces 21 joyaux… en étant bouleversé à chaque fois par tant de beauté et de “richesse pauvre”. Merci de m’y avoir suivi.

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