DE GAUCHE À DROITE, LA BÊTISE DU MONDE

BON VOYAGE, MONSIEUR GUY MOLLET…

En 1957 le gouvernement de M. Guy Mollet tombe. Fin 1957, il explique cette chute par la non-réalisation d’un projet d’alliance avec la droite du moment, qui aurait pu, selon lui, faire obstacle à une poussée bolchevique. Il lance son apostrophe sur « la droite la plus bête du monde. » Il la réitère, l’explique. Reprenons-en quelques points. « L’attitude de la droite française, actuellement, dans tous les domaines, sur le plan de la politique intérieure comme sur le plan de la politique extérieure, en prenant cette attitude nationaliste idiote […] lui est néfaste[1] ». Il en rajoute : « cette droite commet des fautes telles qu’elle peut être la responsable de la chute d’un régime parlementaire, qu’elle peut être responsable d’un succès bolchévique certain. Alors quand je dis qu’elle est la plus bête du monde, au fond je suis bien bon à son égard ». Il y associe le patronat français, le qualifiant de « fourrier du communisme » par son refus d’un meilleur rapport avec les travailleurs.

Des réactions multiples, dont celle de Marcel Boussac pour le patronat français, ajoutèrent au succès de la formule, qui a survécu au temps, par reprises autant que par contrefaçons : « la gauche la plus bête du monde ».

UN CRI DE DOULEUR

Concernant cette dernière version, il faut citer le livre de Georges Guille de 1970 dont le titre est De l’unité socialiste, et dont le sous-titre, bien que tronqué, reste parlant : La Gauche la plus bête… ?

Son avant-propos est clair : Georges Guille y « hurle » son désespoir :

« Mais à qui parler ? Comment et où se faire entendre ? Or, j’en ai assez ! Comme beaucoup d’autres, et après eux, j’ai passé ma vie à combattre pour le Socialisme. Par delà mes enthousiasmes de jeunesse, il m’apparaît aujourd’hui plus vrai, plus nécessaire, plus imminent que jamais. Même s’il m’arrive parfois de douter que les hommes en soient bien dignes. […] Pourquoi tairais-je mon écœurement ? Et pendant ce temps les forces socialistes, authentiquement socialistes, dont le premier devoir est de s’unir, troublées, découragées, tiraillées à hue et à dia, dispersées, morcelées, pulvérisées, passent leur temps à s’entre-déchirer, se perdent en palabres interminables et vaines dont se gargarisent de modernes intellectuels distingués, de suffisants technocrates et des révolutionnaires de salon. »

BÊTISE EN EUROPE ?

Il arrive que la formule évolue, que le monde se restreigne à l’Europe.

Sous le titre La droite française la plus bête d’Europe, apparaît une tribune collective publiée sous l’égide d’Éric Zemmour[2].

Il y est d’abord question des différents partis en Europe qui inaugurent des politiques avec ou sans des coalitions de droite. Elles « fondent leurs victoires sur la défense de l’identité, loin des populismes caricaturaux. Elles s’inscrivent dans une opposition farouche aux forces de la gauche progressiste qui déconstruit les fondements de notre civilisation. »

Éric Zemmour et ses co-éditorialistes remarquent une complémentarité entre les partis de droite : « le RN s’est spécialisé sur les questions sociales. Les LR sur les sujets économiques et Reconquête fonde sa vocation sur les enjeux identitaires et civilisationnels. » 

D’où la question : « Combien de temps encore la division des électeurs de droite va permettre à la gauche pourtant minoritaire, d’imposer ses vues et ses thèmes dans le débat public Français ? Les signataires estiment que « La droite française n’est pas condamnée à la bêtise… »

LE MAL FRANÇAIS

Nous pouvons trouver çà et là d’autres exemples, dans des livres, articles, ou déclarations, dont certains plus acerbes. Le point fondamental est que, sous l’appellation estampillée bêtise, se dévoile une appel à une certaine concertation, si ce n’est à une unité dont on sait depuis quelques siècles qu’elle n’est pas la caractéristique du coq gaulois.

Cette concertation souhaitée, à défaut d’union, a le mérite de pointer vers une des caractéristiques du mal français, avec l’espoir qu’un jour…

Si la formule choc de Guy Mollet n’a pas disparu des mémoires, que faut-il en penser ? La réponse varie selon le degré de pessimisme des uns et des autres, les circonstances du moment, et la qualité de ceux à qui elle s’adresse. Car Droite et Gauche occupent des positions adversaires, sinon ennemies.

Faut-il imaginer – espérer ou craindre – qu’une union soit plus facile du même côté de la barricade ? Rien n’est moins sûr.

S’il est réel que bien des adhérents du RN et des LR ne verraient pas d’un mauvais œil une progression couplée avec Reconquête, bien des questions se posent concernant leurs dirigeants. C’est déjà bien gentil d’accorder le qualificatif « de droite » à Marine le Pen, et  assez optimiste d’attendre un mouvement de logique de rapprochement dans les hautes sphères de LR.

Et puis, rappelons une statistique édifiante : en France, entre 2016 et 2020, 30% des coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort de personnes de plus de 15 ans, sont des homicides intra-familiaux[3].

Aucune raison de penser que les partis politiques ne soient pas rejoints par cette statistique. Brassens le chantait déjà :

” C’est pas seulement à ParisQue le crime fleuritNous, au village, aussi, l’on aDe beaux assassinats.”

Antoine Solmer

 

[1] https://www.lours.org/histoire-la-gauche-la-plus-bete-du-monde-retour-sur-lorigine-de-la-formule-et-ses-usages-1957-2020-par-arnaud-dupin/

[2] Le Figaro, 1er mai 2023.

[3] https://www.insee.fr/fr/statistiques/5763555?sommaire=5763633

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