DANS QUELLE COUR JOUE DONC ROBERT MÉNARD ?

PAS DE RÉPIT DANS LE GRAND PRIX
PAS DE RÉPIT DANS LE GRAND PRIX

RIEN NE SERT DE TROTTER QUAND IL FAUT GALOPER

Robert Ménard s’attelle à la lourde tâche d’atteler les deux chevaux de droite – qu’Éric Zemmour et que Marine le Pen me pardonnent – à un char commun dans le Prix du président de la République. Pas facile, car il ne s’agit pas de trotter, mais de l’emporter dans le galop final, ne serait-ce que d’une courte tête.

La métaphore montre bien les difficultés – insurmontables ? – du problème. Donc, la question revient : Dans quelle cour joue donc Robert Ménard ?

Assurément, dans celle de Béziers, où il avance sur du velours, car comme il le dit, « les deux seront bien accueillis ». Certes, il proclame son amitié pour l’un et l’autre concurrent, mais il n’oublie certainement pas la « sensibilité » de sa ville.

En tout cas, il pose Béziers au centre du jeu politique français, au moins pour la droite politique, alors que la capitale se trouve rabaissée au rang de lieu-dit pour les équivalents de gauche. Encore un échec de Notre-Drame de Paris !

UNIR À DROITE ?

Reste le fond du problème : le fameux rêve de l’union de la droite que certains déclinent en « union des droites », ou en « union à droite ». Or, plus on le clame, plus on s’en éloigne. Il y a plusieurs raisons à cela.

La première est simple : c’est l’ego des candidats… partagé avec quelques millions de Français. Car que vaudrait vraiment un personnage sans ego ? Qui préférerait une nouille protéiforme ? Un invertébré ? Un mollusque ? Quel pays attend ce genre de personnage pour lui laisser les rênes ? Je n’ose y croire. On sait déjà le malheur qui attend la ville dont le prince est un enfant. Alors un ectoplasme !

Alors, quand Robert Ménard demande « de faire passer la France avant l’ego des uns et des autres », il ne faut pas se laisser piéger par la bonne allure de la formule. Il faut la remuer pour en exprimer le jus.

Si par ego on entend égoïsme forcené, volonté pathologique de pouvoir, quoi qu’il en coûte ou autre en même temps, alors, nous ne pouvons qu’applaudir à son rejet. Mais s’il est question de nécessaire confrontation sur les forces à gérer et les obstacles à vaincre pour la grandeur du pays, alors, nous demandons de l’ego, et encore plus !

La seconde raison est plus utilitaire.

Fantasmer sur une union des droites ne fera que faire perdre de l’énergie à la pensée de droite. Par contre, ce sera rallumer le brasier de l’union de la gauche, car celle-ci sait bien mieux se rassembler pour hurler à tous les « fâchismes ». La gauche gouverne mal mais se défend bien. Reconnaissons-lui cette botte même pas secrète. Ne lui ouvrons pas un boulevard pour la remettre au goût du jour. De toute façon, elle le fera bien assez tôt.

Car la faille est irréconciliable entre les pensées de droite et de gauche. Je parle des pensées archétypiques, autrement dit des visions du monde, et non des arrangements de la POLPOL, la « politique politicienne », laquelle dérive avec une égale satisfaction de la prétendue droite, à la prétendue gauche, quand elle ne s’envase pas au centre.

LES CHEVAUX DE COURSE ONT LE GALOP DANS LE SANG

Qui irait demander à leurs jockeys, eux-mêmes « bêtes de concours », de ralentir l’allure, de faire front et naseaux communs pour la beauté de la course ?  

On imagine la bronca chez les turfistes, les tomates à l’arrivée, et les déceptions des connaisseurs. Surtout si c’était la dernière course avant le déluge.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit.

Il n’y a aucune raison pour que ni Éric Zemmour ni Marine Le Pen trouve un quelconque accord. Ce sont deux comètes différentes dans deux mondes différents, deux trajectoires opposées, deux regards irréconciliables sur le passé, le présent et le futur.

LA CHUTE DE LA MAISON LE PEN

On a reproché bien des choses au patriarche Jean-Marie, qui, lui non plus, n’avait rien d’un hongre. On l’a bombardé de toutes les insultes, on lui a réservé tous les coups bas, on l’a vilipendé à défaut de le pendre comme un vilain au premier chêne venu. Cet homme avait fait preuve de bravoure physique (une tache, sans accent circonflexe, dans ce monde qui prend plaisir à s’émasculer). Il avait et a toujours un regard aiguisé et des paroles acérées sur la politique intérieure et extérieure, alors que la langue de coton et de porte-coton sert de véhicule de communication.

Mais il a commis les deux erreurs non pardonnables. D’abord se laisser aller à des propos inadmissibles et stupides. Ne les reprenons même pas. Ensuite, installer Marine comme capitaine du « paquebot », alors que les vieux loups de mer qui l’accompagnaient fidèlement était priés de « mettre sac à terre ».

C’est un de ces jours où la France a manqué son rendez-vous avec l’Histoire.

À ma connaissance, personne n’a encore profondément traité cette malédiction de roi Lear qui s’est jouée devant nos yeux. Par contre, nous avons bien vu le soulèvement des forces de la vieille gauche tueuse lors du deuxième tour des élections de 2002. C’est un fait quasi révolutionnaire que  Robert Ménard devrait garder en mémoire avant de demander à l’un ou à l’autre de baisser sa garde.  

Alors, le drame que Shakespeare n’a pas écrit s’est construit. La dérive du bateau oubliant son cap pour suivre les courants, la normalisation, l’évacuation des lanceurs d’alerte internes, l’absence physique là où les suiveurs les attendaient. Qui a vu Marine Le Pen dans une des grandes manifestations où le vrai peuple de droite l’attendait ? Depuis les grandes manifestations de 2013 elle brille par son absence. Elle a même jeté l’interdit sur ceux de son bateau qui auraient eu la volonté d’y participer.

Et puis, il y a eu cette catastrophique prestation contre Macron où elle a presque touché le fond. Dommage, car la Marine Le Pen des débuts aurait pu le faire basculer. Plus maintenant. Son heure est passée. Pour moi comme pour tant d’autres, elle n’est plus crédible. Elle a tout manqué.

Les trajectoires sont lancées. L’un monte, l’autre tombe. Si l’un des deux doit laisser la place à l’autre, toute la place, c’est elle. Sans accord possible. Quant à un “dédommagement”, pourquoi pas ?

Oui, il y a une malédiction sur la maison Le Pen. Au moins sur cette branche. Car, un jour, peut-être, une autre M. Le Pen…

UNE SEULE SOLUTION S’IMPOSE QUI TIENT EN QUATRE PHRASES

Ne pas se laisser porter sur le terrain de l’adversaire.

Tenir la garde haute et pratiquer la défense de rupture.

Aller jusqu’à l’échec possible (mais non certain) pour forcer l’ennemi à se découvrir.

De toute façon, créer le parti de combat pour 2027… ou avant !

Sinon, ce sera le déluge, qui durera bien plus de 40 jours.

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