L’ÉCHEC DU SUCCÈS (III) : LE GRAND DÉGOÛT…

L’échec du succès – ( III ) : le grand dégoût…

À GRAND ENTÊTEMENT GRAND DÉGOÛT
À GRAND ENTÊTEMENT GRAND DÉGOÛT

Une des évolutions les plus regrettables de notre époque est, à n’en pas douter, le phagocytage de la fonction “Politique” par une sous fonction, dite “Administrative” qui, les politiques eux-mêmes étant devenus des administrateurs, nous a fait perdre ce qui est important au profit (?) de ce qui ne compte pas. Nous payons au prix fort cette négligence, particulièrement en France, l’un des pays les plus sur-administrés du monde… ce qui suffit à expliquer la presque totalité des maux, des révoltes, du décalage avec d’autres pays et notre ras-le-bol : nous avons troqué une culture de la vie contre une anti-culture de mort… dont le Progrès est mort. Quant à nous… 

Un exemple tout simple, pour illustrer ce propos : par un heureux hasard (qui est par ailleurs tout, sauf “heureux”), c’est au moment où j’écrivais ce billet qu’a été rendu public le rapport de 13 experts indépendants qui ont été missionnés par l’OMS  (Indépendant Panel for Pandemic Preparedness and Response) sur la gestion mondiale du Covid. On y découvre (ou on vérifie !) que la pandémie « aurait pu être évitée », tant les « hésitations et dénis » des gouvernements ont favorisé la propagation mondiale du virus (ce qui ne surprendra pas les lecteurs de ce Blog !). Sans désigner de coupables pour autant, les experts rapportent “une myriade d’échecs, de lacunes et de retards » qui – pour cette raison – font de la crise du Covid  ’’le Tchernobyl du XXIe siècle” (NB : 3 millions de morts côté covid, disent-ils, contre 4000 pour la catastrophe ukrainienne. Mais il faut être contre l’atome, pour garder son job !). Moralité : le poids des structures sociales devient intolérable.

La première question qui se pose peut paraître simple : pourquoi avons-nous besoin d’une chose aussi inutile, aussi coûteuse et aussi liberticide qu’une administration ? La réponse se trouve dans la trop oubliée “théorie des systèmes” qui a été formalisée en 1968 par Ludwig von Bertalanffy, et dont les principaux théorèmes s’inspirent des lois de la thermodynamique. Cette “théorie” part du principe que la fonction première d’un système est sa propre conservation. Or nos sociétés sont des entassements de systèmes complexes, de la Constitution des États jusqu’aux ministères et aux grandes administrations : peut-on concevoir des systèmes plus complexes que notre Sécurité sociale, que notre assurance chômage, que la fiscalité “à la française”, tous ces monstres budgétivores, sans tête mais… qui n’ont plus la moindre bonne réponse face aux défis du monde ?

Chacun des sous-ensembles flous que sont nos “Services publics” est un système complexe. En conséquence de quoi, par définition, sa fonction principale, avant tout “service rendu”, est d’abord et avant tout d’assurer son propre (mais l’est-il ?) fonctionnement et sa propre conservation.… ce qui donne une explication aux raisons de notre soumission permanente à des forces aveugles qui nous dépassent. Et chacun regorge d’exemples de “structures’’ (?) inutiles et indéfendables dont la seule utilité est de survivre, mais qui refusent de mourir !   

Reprenons l’exemple (déjà cité plus haut) du rapport del’OMS qui vient de confirmer dans l’indifférence générale que la contamination par le virus du Sars-Cov-2 (covid) ne se fait pas selon les critères définis par les politiques sanitaires qui ont été les seules retenues depuis le début de la pandémie. Eh ! bien, malgré l’accumulation de preuves, les différentes autorités et comités scientifiques et politiques refusent catégoriquement de se rendre à la réalité et de modifier leurs discours. Le Léviathan court sur son erre, imperturbable, contre vents et marées… mais contre toute intelligence et contre tout espoir.

Mais là où ça se corse, c’est que la seconde loi de la théorie des systèmes dit que “pour contrôler un système complexe, il faut un système plus complexe que lui”. Ça pouvait marcher, et même avec une certaine harmonie, tant que les “artefacts” complexes qui existaient pouvaient être dirigés par ce formidable système hyper-complexe qu’est un cerveau humain (qui est sans doute la plus belle machinerie individuelle qui puisse exister, avec ses 100 milliards de neurones, trois fois plus de cellules gliales et 20 000 fois plus de synapses ! Il faut absolument féliciter le bon Dieu d’avoir réussi à contrôler tout ça tout seul… et en tirer les conséquences qui s’imposent !). Mais si on se met à relier les ordinateurs en séries, en cascades, en réseaux ou en hiérarchies… l’homme ne peut que devenir lui-même un sous-système de ces ensembles devenus plus complexes que celui qui les a fabriqués. Et nos “systèmes hyper-hyper-complexes” deviennent des machins autonomes, débridés et fous, en route pour écrabouiller leur créateur. (NDLR – Dans le fond, n’est-ce pas ce que nous avons voulu faire avec notre “Créateur” à nous, ce Dieu que nous traitons si mal ?). Ils éclatent… “explose-nentiellement”, si on me permet, et là, tout s’éclaire : 

l’Homme ne peut plus du tout contrôler les outils, soi-disant à son service, qu’il avait mis en œuvre… pour son bien-être (sic !). Allez vous étonner qu’il ne se sente pas plus épanoui qu’il ne l’est !

Pour se défendre, les systèmes les plus complexes n’ont qu’une seule stratégie : fabriquer des systèmes encore plus complexes que les systèmes complexes précédents, exactement comme l’Homme a “dû” construire des systèmes plus complexes que lui-même. Cette course folle est sans limites théoriques connues : pour simplement se maintenir en vie, et avant-même le premier service rendu, répétons-le, toute administration doit impérativement consommer une partie de plus en plus importante des ressources totales dont elle dispose pour sa simple (?) survie à elle. N’allez pas chercher ailleurs la terreur de nos gouvernants devant la moindre évocation d’une diminution des dépenses –pourtant insupportables – de tout ce qui touche à la “Ponction publique ” (mon jeu de mots favori trouve ici sa justification). Et non seulement nous n’avons plus aucune échappatoire (c’est une loi physique), mais  le moment est proche où la simple conservation des systèmes existants aura besoin de plus que toutes les richesses et l’énergie qui peuvent être fournies… mais sans plus rien pouvoir produire, en retour !

Le “paradigme” sur lequel repose tout notre système économique (qui est un mélange de progrès infini et de croissance au delà du possible, rendus obligatoires l’un par l’autre…) a dépassé le stade où il est encore viable. Le savoir-ne-pas-faire de tout le personnel politique se résume à faire feu de tout bois pour faire marcher ce qui a dépassé toutes les limites de bon fonctionnement raisonnable. C’est sans espoir : il faudrait d’abord faire table rase des “systèmes” responsables de leur impuissance, et ça… les hauts fonctionnaires qui ont trusté les postes de commandement n’ont pas été programmés pour tuer ce qui les a propulsés là où ils sont. C’est donc exclusivement “ailleurs” que peut se trouver la solution : par exemple, dans l’émergence d’un nouveau paradigme… dont il n’est pas possible de savoir dans quel sens il ira. On avait bien quelques hypothèses de travail, mais le satané covid et l’accélération de l’histoire qui l’accompagne ont brouillé toutes les cartes. Nous sommes devant un point d’interrogation absolu…

Et comme “on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment”, nous avons donc du pain sur la planche, pour imaginer les “lendemains” qui peuvent venir nos défier à tout instant. Mais n’oublions pas la leçon de l’Histoire : comme tout enfantement, un changement de paradigme se fait toujours dans la violence (plus ou moins grande) et dans la douleur, et on ne connaît pas d’exemple où cela se soit passé comme une lettre à la poste. On ne va sans doute pas s’amuser tous les jours… Et l’échec – hélas en cours, mais déjà visible – de ce qui fut un succès, jusqu’à ce que de mauvaises idées détruisent tout, est devant nous. Rien n’est jamais acquis.

H-Cl