UN PAYS INCIVIL ? UNE FOULE ILLÉGITIME ?

CAGE À MATRAQUES
CAGE À MATRAQUES

Ce pays qui s’appelle France, mais pour si peu de temps encore, nous oblige à être francs. Je le serai… encore un peu : je remarque une augmentation des incivilités, et je m’en étonne. Je croyais subir simplement un « sentiment d’incivilités », une sorte d’anomalie de mes sens abusés prenant leurs imaginations pour des faits réels. Les journaux nous l’ont tellement rabâché que j’avais accepté le diagnostic. Normal ! Ils savent mieux que nous, puisqu’ils le disent tous. Et moi, qui suis-je pour oser penser plus loin, et surtout plus mal ? Pendant longtemps, j’ai pris mes gouttes et je me suis endormi tranquillement. Comme c’est bon, un sommeil paisible. À peine si, de temps à autre, une paire de boules Quiès s’imposait pour échapper à quelques vociférations. Mais finalement, je pense avoir été joué. Il est possible que ce « sentiment d’incivilités » n’ait été qu’enfumage médiatique. J’ai jeté mes gouttes à la poubelle et ouvert mes yeux et mes oreilles. Je puis le dire en toute honnêteté : je vois des incivilités partout.

Incivilités les manifestations autorisées ! Incivilités les « débordements » dans ces mêmes manifestations ! Incivilités les cortèges nocturnes déblatérant sur notre pauvre président ! Incivilités – relatives – les cours de gymnastique urbaine organisés par les Black Blocks et autres Antifa ! Incivilités les décisions des juges qui retiennent un à deux pour cent de ces professeurs urbains de civilité, alors qu’ils auraient dû tous les relâcher ! Incivilités que ces tentatives désespérées de certains policiers ou gendarmes d’anesthésier des incivils ! Incivilités que ces amasseurs d’ordures autrefois ramasseurs ! Incivilités que ces doux assainisseurs d’atmosphère qui perdent leurs briquets près de vieux cartons qui traînent ! Incivilités que ces déménagements d’objets inutiles encombrant des permanences politiques ! Incivilités que ces remises en belles couleurs de mairies trop pâles ! Incivilités que ces tests de résistance au feu menés sur les portes de certains bâtiments officiels au nom de la sécurité publique ! Insécurité que ces thérapeutiques de débouchage des narines par inhalation de quelques pincées de poivre ! Incivilité que cette obstination d’un militant à vouloir arrêter une grenade de désencerclement avec son œil ! Incivilités que ces entraînements au jeu du petit Poucet semant de gentils cailloux ! Incivilités que ces remises en place de matériaux de construction honteusement éparpillés par des ouvriers négligents ! Incivilités que ces joyeux pétards de 14 juillet à répétition toutes les semaines ! Incivilité que ces gamineries de jets d’eau pompés par d’étranges costumés en rouge ! Incivilités que ces arbres qui se débarrassent de leurs grillages pour les donner aux premier passant venu ! Incivilités que ces journaux dans leurs kiosques qui jouent aux allumettes ! Incivilités que ces vitrines qui se fendent la poire jusqu’à tomber en morceaux ! Incivilités que ces grands bidons d’essence qui ne veulent pas aider les automobiles à rouler ! Incivilités que les doux rendez-vous organisés autour de petits bassins, wokisés en « bassines ».

Bref ! Le monde est un cactus incivil aurait pu chanter Jacques Dutronc, puisque les incivilités se multiplient et nous irritent. Mais ce n’est pas nouveau. Les incivilités se sont multipliées depuis une bonne (mauvaise vingtaine d’années) : Une agression pour un mauvais regard : incivilité. Un chien de classe 1 ou 2 non muselé lancé contre un passant qui termine son parcours à l’hôpital : incivilité. Un ou deux coups de couteau maladroitement dirigés vers le cou de la victime : incivilité. Des squatters qui détruisent un pavillon de banlieue : incivilité. Hold-up dans un bureau de poste : incivilité. Tabassage en règle d’un adolescent dans un train : incivilité. Etc.

À croire que les contraventions, délits et crimes ont disparu. Dormez bien, braves gens répètent les descendants des archers du guet.

Finalement, comment appeler les acteurs de ces incivilités ? Une solution s’imposerait : des « incivils ».

Non ! Halte-là ! Atteinte à l’intégrité morale du citoyen ! Discrimination ! Amalgame ! Racisme ! Xénophobie ! Appel à la haine ! Calomnie ! Diffamation ! Fascisme ! Complotistes ! Souchien ! Nazi ! Ventre fécond de la bête immonde ! Etc.

J’en étais là de mes cogitations vocabularophiles lorsque la solution est venue de haut. Du ciel, comme toujours. N’ayons pas peur des mots. L’inspiration ne peut venir que du lieu où soufflent les plus riches vents de l’esprit. Et, sans crainte de renverser les valeurs éternelles des anciens Grecs qui associaient l’Élysée à un gentil enfer destiné aux héros et aux gens vertueux qui y goûtaient un repos bien mérité, j’ai dirigé mes oreilles vers notre Élysée républicain. Et je n’ai pas été déçu.

La Voix m’a éclairé : « La foule, quelle qu’elle soit, n’a pas de légitimité face au peuple qui s’exprime à travers ses élus. [1]»

Ouf ! me dis-je. J’ai enfin trouvé la Vérité (V majuscule obligatoire). Tous ces non-incivils sont des illégitimes.

Poursuivant ma logique, je me suis demandé : qu’est un illégitime ? Réponse : une personne qui ne suit pas la loi. Pire : un personne qui en est exclue. Une sorte de déchet d’allure humaine mais privé de toute considération.

Un cran de plus dans la poursuite du raisonnement, m’amène vers la définition du « légitime » : celui qui a tout pouvoir de loi pour traiter comme déchet tout illégitime et l’évacuer sans autre forme de procès.

Je me suis senti soulagé. La chose devenait claire. Dieu (enfin, son incarnation élyséenne) avait parlé et m’avait montré son chemin, sa vérité et sa vie. Dieu (avec quelques restrictions cependant) m’avait guidé vers le bon chemin : je devais participer à l’épuration des illégitimes.

Mais une autre voix m’a tiré l’oreille :

– « Et toi ? Ne serais-tu pas un autre illégitime ? »

– Moi ? Ai-je répondu. Mais pourquoi ?

– Parce que tu n’as pas fait allégeance complète. Parce que tu ne t’es pas prosterné aux pieds du souverain maître élyséen. C’est grave.

– Mais, j’ai mal au dos. Mes rhumatismes. Mon arthrose…

– Ah ! Tu avoues. Tu as le dos raide. Et la nuque alors…

– Effectivement, ai-je ajouté, là aussi, ça fait mal.

– Et tu t’en vantes ! Quel toupet ! Quelle infamie ! Quelle illégitimité !

Ne le répétez pas. J’ai promis de récupérer des points pour mon permis de légitimité. Je ferai tout ce qui sera nécessaire pour ça. Je commence aujourd’hui :

M. est grand. M. est beau. M. est indulgent. M. est généreux. M. est le réceptacle de toute vérité. M. est consciencieux. M. est notre père spirituel. M. est phare de notre légitimité. M. est…

Je me demande si je n’en fais pas trop.

En tout cas, si vous voulez savoir comment vous placer par rapport à la légitimité, regardez ce petit extrait. Il vous guidera sur la repentance, à tout hasard

Antoine Solmer

 

[1] https://www.off-investigation.fr/macron-matraque-sa-reformeles-violences-illegitimes-se-multiplien

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