ZEMMOUR À PLEURTUIT LE 29 10 2021 : L’IDENTITÉ

ÉRIC ZEMMOUR ET RAYNALD SECHER
ÉRIC ZEMMOUR ET RAYNALD SECHER

L’introduction de cette deuxième partie par Raynald Secher concernait l’identité. Elle fut brève et tient en une affirmation et une question : l’identité est une préoccupation quotidienne. Comment rester ce que nous sommes ?

Éric Zemmour ne pouvait faire autrement que d’insister sur le caractère essentiel du sujet. Mais, fidèle à sa réflexion élargie il en déclina un exemple à partir de la Corse et de la Bretagne, ces deux entités que bien des éléments séparent. Ils sautent aux yeux sur le plan géographique, entre l’île méditerranéenne et la péninsule Atlantique. Les langues aussi sont différentes, mais surtout l’histoire. La Corse connut certes deux royaumes de courte durée au XVIIIe siècle, sous l’égide de la famille Paoli. La Bretagne, eut une plus longue période monarchique, ducale, une plus grande portée territoriale jusqu’aux conflits avec le royaume contigu.

On pourrait multiplier les exemples, mais les questions d’identité demeurent, sous-tendues, comme le soulignait Éric Zemmour par la pression du pouvoir central français vers toutes les régions. Et cela aurait pu continuer, vers Gènes, Cologne, etc. Il suffit de se rappeler l’extension de la France par les guerres, surtout napoléoniennes.

Quoi qu’il en soit, c’est par son métier de journaliste qu’il a poursuivi son cheminement intellectuel sur ce sujet qu’il résume en une formule presque mathématique, ou théâtrale : en un lieu l’armée française, le pouvoir royal et l’église s’associent pour créer l’unification qui se faisait naturellement.

Il cite Tocqueville qui faisait quelques reproches à la centralisation poursuivie par la Révolution (comment ne pas en admettre plus d’un), mais à qui on peut aussi savoir gré, car, dit-il, c’est ainsi que nous pouvons nous parler, discuter, être frères (là, il s’adresse à Raynald Secher) :

Des frères, dont « le Vendéen que tu es et le petit Juif berbère dont la mère est née à Sétif, … on ne peut se parler et on ne peut s’aimer que par ce qui nous lie, qui est la culture française, et l’histoire de France »

Voilà un point d’identité clairement dégagé.

Il cite Renan, qui donne sa définition de l’identité, par laquelle le passé et le présent s’associent à la volonté de vivre ensemble. C’est le résumé fondamental de la citation complète que l’on trouve dans Qu’est-ce qu’une nation ?

C’est là qu’Éric Zemmour rejoint le présent, faisant remarquer la grande différence avec « le vivre-ensemble » créé par des esprits ignorants ou malveillants, bien éloigné de la volonté de vivre ensemble pour continuer ce qu’on fait les ancêtres.

Il en profite pour lancer une pointe vers ceux qui veulent se « créoliser » (Les oreilles de Mélenchon ont dû siffler, mais c’est le métier qui le veut). Surtout il revient à Renan que ce « le vivre-ensemble » aurait fait hurler, en bon républicain qu’il était, et qui disait l’évangile républicain de l’époque. Il ne dit pas qu’on va inventer une nouvelle histoire, une nouvelle identité, un nouveau mode de vie tous les quatre matins.

Et pour insister sur la portée intellectuelle reconnue par les Républicains et les francs-maçons, on disait à l’époque dans ces milieux la blague suivante : Qu’est-ce que la vie ? C’est Renan qui joue aux cartes avec Dieu, et qui gagne.

« C’est dire la trahison par la gauche de l’idéal républicain. Ils m’accusent d’être traître à la République, mais l’ennemi de la République, c’est eux, les traîtres à la République, c’est eux. Les gens qui manifestent contre moi sont les vrais anti-républicains. Ces gens-là auraient été enfermés par Jules Ferry. Je ne dis même pas le sort qui leur aurait été réservé par Robespierre. »

Ayant fustigé qui de droit, il en revient à l’identité : « un ensemble qui correspond à ce qu’on a ensemble, le respect et l’amour de ce qu’on a hérité. « 

Nous avons un héritage sublime, dit-il, dans tous les domaines, littéraire, artistique, intellectuel. Il associe la gloire et les défaites sublimes, et ces caractéristiques de l’histoire de France qui la mènent au fond du trou et à l’hégémonie.

Mais l’humour rimant avec Zemmour, il cite nos grands écrivains, alors que les autres, « quand ils en ont un, en tiennent des siècles.  Les Anglais ont Shakespeare. Dieu sait si on le sait ! »

Et, se gaussant de soi-même – mais quand même – il avoue imiter les grands écrivains français (ne le répétons pas, comme il nous le demande), essayer d’écrire comme Aragon, Pascal, Chateaubriand, et puis après « je me dis, ah ! Ça ressemble… J’ai huit ans. »

Mais revenant à plus sérieux, il nous dit qu’avoir « l’honneur insigne d’être Français, c’est être, au milieu des siècles, le compatriote de ces gens-là. »

Et quand on lui parle d’identité, il regrette de ne pas être en 1810 et discuter avec Chateaubriand. « Cette imprégnation nous monte au-dessus de nous-mêmes, sans mépriser ni renier notre culture d’origine. »

Il cite Stendhal pour qui les Français de 1810 étaient tellement fiers d’eux-mêmes, de la Révolution, de Napoléon, etc. qu’ils se croyaient au-dessus de l’humanité, comme les Romains au temps de l’Empire.

Et la comparaison tombe : « aujourd’hui on passe son temps à battre sa coulpe, le président de la République passe son temps à nous cracher dessus et à nous dire qu’on est des criminels, ça fait du bien de dire des choses pareilles. »

Autre sifflements d’oreilles pour le sourd professionnel élyséen !

« L’identité française c’est considérer que Napoléon est son père, que Louis XIV est son grand-père et que Jeanne d’Arc est son arrière-grand-mère. »

Il revient sur une phrase qui a été volontairement mal comprise, sous-entendu par ceux qui lui veulent du bien : « être Français c’est prendre le parti de la France dans toutes ses périodes de l’histoire, même quand c’est contre ses propres ancêtres. Sinon on n’est pas Français, on continue l’histoire et la mémoire de ses propres ancêtres. »

« Dans 50 à 100 ans, si une autre civilisation – qu’à Dieu ne plaise – nous remplaçait, nos petits-enfants (de Raynald et de lui) ne pourraient plus s’eng… sur Napoléon. C’est la différence. »

« Il faut défendre cette appropriation de l’histoire, des mœurs, la gastronomie, l’art de vivre, la conception des relations entre hommes et femmes, qui ne soient dirigées ni le puritanisme américain qui a pris le contour d’un féminisme fou, ni le puritanisme islamique. Nous sommes pris en étau entre deux forces qui veulent détruire le génie français. Nous sommes là pour résister, pour le défendre., le pérenniser.