L’HISTOIRE QUI SE RÉPÈTE

Sur l’histoire, tellement méconnue des Français, surtout la leur, les historiens et autres penseurs d’histoire n’ont pas manqué de trouver des traits répétitifs. Certains parlent de cycles (comme ceux des catastrophes boursières), d’autres, comme Fukushima l’ont enterrée (une des pires stupidités diplômée de la course du monde), et certains acceptent des images gastronomiques : l’histoire repasserait les plats. Je suis sûr qu’on pourrait lancer un concours de la meilleure image à coller sur le cours de l’histoire. Quand à ceux qui lui donnent la parole, c’est pour trouver qu’elle bégaye.

L’étonnant est que les historiens sont peut-être les plus mal placés pour prétendre au titre du concours évoqué ci-dessus. Les spécialistes des Mérovingiens seraient raillés par leurs confrères tenant de l’histoire contemporaine. L’historien local, amoureux du vieux château branlant de son village, capable de réciter les vingt générations de seigneurs oubliés qui le hantent peut-être, serait regardé de haut par les têtes pensantes de la grande histoire. Mais surtout, tous ces personnages appuyés sur leurs thèses, grimoires, et autres parchemins devraient réussir le tour de force de développer, parallèlement à leurs connaissances basiques, celles des hommes qu’ils ressuscitent à leur façon, de leurs amis, de leurs alliés, de leurs ennemis, de leurs traîtres, tout cela dans la géographie la plus mouvante (celle dont les frontières dépendent de qui a frappé plus fort) et la plus fixe, celle qui domine la géopolitique et en dépend.

Finalement, l’histoire la mieux comprise, est celle vécue par des témoins (toujours suspects aux neurones des historiens), au mieux éclairée sur trois générations, dans des périodes de tensions, quand les fondements que l’on croyait enfouis se réveillent brutalement. La terre des vieilles haines est la plus légère à remuer pour qui y est ancré, en dépit des sourires de circonstances.  

Encore faut-il que les souvenirs historiques préalables n’aient pas été chamboulés, éclairés aux falots des « Lumières » ni perdus dans les « heures les plus sombres ». En gros que les oreilles et les yeux reconnaissent le fil directeur qui parcourt ces zones d’aveuglement systématique si propices à certaines carrières politicardes.

Aujourd’hui, j’entends des discours arabes tentant de « noyer le poisson » (avec ou sans écailles). C’ est un signe patent d’attente de la loi du plus fort, donc de celui à qui il faudra obéir… quand ce n’est pas une façon de dire sans dire des choix qui pourraient mal se porter. Car, dans ces civilisations où le plus puissant ne peut l’être que par la volonté du Très-Haut, les forces de frictions tournent très rapidement aux frictions des couteaux et autres « joyeusetés ».

J’espère que personne n’aura l’idée de prendre ma prose pour un satisfecit. Bien au contraire. Je ne perds pas mon temps à « condamner avec la plus extrême fermeté », car il y a longtemps que l’article « fermeté » est hors du stock de la politique extérieure française. Par contre, contre des Gilets Jaunes, ou autres groupes visés par Géral 2 Dar-el-malin, ou par son frétillant poisson pilote… c’est tellement plus facile.

Il est temps que je passe la parole à un témoin qui voyait loin, peut-être parce qu’il devait devenir aveugle. Il s’appelait Georges Dillinger, mais aurait pu choisir comme pseudonyme celui de Tirésias, le devin aveugle de Thèbes. Notre auteur, lui, fut frappé de cécité en 1976, à 47 ans. Sachons écouter ou lire les devins, surtout ceux qui décryptent la réalité de notre actualité, même et surtout si elle plonge dans une autre réalité, trop méconnue et méprisée des Français de métropole : la guerre dite « d’Algérie » telle qu’elle se prolonge sur la dite métropole réduite à sa plus simple expression, aussi dénudée qu’un quelconque résident de Saint-Barth visité par un président béat.

Alors, vous comprendrez pourquoi il faut hurler lorsque des personnes tellement au fait de leurs petites carrières déclament « qu’on n’a jamais vu ça », en parlant des récents massacres en Israël, et pourquoi il faut doublement hurler devant ce qui attend la France béate entre ses nounours, ses marches blanches et son président incapable de prendre les mesures qui s’imposent.

Antoine Solmer

LA GUERRE D’ALGÉRIE

Pendant quarante ans, le mensonge et la. désinformation se sont acharnés à marteler une image fausse de la guerre d’Algérie. On a présenté les combats qui ont ravagé les départements algériens et la France de 1954 àb1962, comme une guerre de libération nationale. Cela est faux : à la fois parce que la nation algérienne n’avait jamais existé, et parce qu’en 1954 encore, la majorité des musulmans n’envisageait pas d’autre avenir pour l’Algérie que le statut français, même quand ils souhaitaient qu’intervienne un certain nombre de réformes. On a aussi présenté ce conflit comme une lutte des classes ; une sorte de combat des pauvres contre les nantis. Cela est faux. En effet bien des activistes anti-français se sont recrutés parmi la bourgeoisie musulmane et les milieux aisés. Et a contrario, les milieux européens les plus pauvres n’ont pas participé à l’action révolutionnaire, les quelques européens qui se sont faits complices de la rébellion provenaient du·milieu intellectuel, chrétiens progressistes ou communistes, souvent issus de la meilleure bourgeoisie.

La guerre d’Algérie a été une guerre ethnique et religieuse. Plus simplement, je dirai qu’il s’est agi d’une guerre raciale. Je m’explique. Quand on considère l’humanité, l’emploi du concept de race ne repose pas toujours sur la prise en compte de différences concrètes – anatomiques en particulier – comme celles qui peuvent séparer la race noire de la race jaune. C’est ainsi qu’on a habituellement parlé, par exemple, de race germanique. La spécificité prise en compte n’était point tant anatomique que fondée sur des caractères imposés par l’ethnie, l’histoire, la géographie, la culture, la langue, la religion. Je prétends donc que quand les activistes arabes ou berbères souvent musulmans ont décrété – plusieurs années avant le début de la guerre – “La valise ou le cercueil” pour les Européens et pour les Juifs francisés par le décret Crémieux, il y avait là le préambule d’une guerre raciale. Il pourrait être objecté à cette interprétation de guerre raciale que le prétendu F.L.N. a tué beaucoup plus de musulmans que d’Européens, entre 1954 et 1962. Mais ces massacres étaient nécessaires pour arriver à ses fins : le départ ou la mort pour les Européens et les Juifs, objectif qui était impossible tant que la confiance régnait entre toutes les communautés.

LA STRATÉGIE DU PRÉTENDU F.L.N.

Avant les premiers attentats de la Toussaint de 1954, les révolutionnaires les plus déterminés, les plus acharnés, les plus pressés d’atteindre la sécession et l’indépendance se savaient extrêmement minoritaires. C’est d’ailleurs la raison pour laquellequ cette poignée d’hommes, dirigés par Boudiaaf, s’est séparée au cours de l’été 1954 de Messali Hadj, qui, quant à lui, était persuadé que le moment de l’action n’était pas encore venu. Boudiaaf et ses complices comptaient sur une arme absolue pour remédier à leur extrême faiblesse numérique : la terreur, fondement de toutes les guerres révolutionnaires.

La terreur n’a pas été un recours auxiliaire à d’autres formes de combats. Elle a été la stratégie même de la guerre révolutionnaire menée par ces activistes. La terreur, qui par son horreur fait sortir la lutte de toute mesure humaine et qui est destinée à neutraliser et à faire basculer une population entière, a reposé sur plusieurs principes.

Le premier de ces principes était sans doute de frapper des innocents. Certes quand l’agent local du F.L.N. a coupé le nez et les lèvres de l’habitant qui avait fumé un jour d’interdiction, c’était pour que le spectacle du supplicié invite chacun à l’obéissance la plus totale au représentant du nouveau pouvoir. Mais dans la majorité des cas, les victimes se comptaient aussi bien parmi des hommes innocents que parmi des femmes, des enfants, des bébés. Car, si les exactions ne s’en prennent qu’aux personnes qui se sont “mouillées” avec le système régnant (élus des différentes assemblées et conseils, garde-champêtres, anciens combattants, caïds) leur assassinat risque de laisser indifférente la masse de la population qui ne se sent pas concernée. C’est le supplice de l’innocent qui engendre réellement la terreur chez tous, laquelle ouvre la voie aux soumissions les plus serviles.

Le deuxième principe se trouvait dans une cruauté sanguinaire et sadique, souvent aggravée par un recours aux monstruosités sexuelles, ajoutant l’humiliation à la souffrance[1].  Ce sont les individus horriblement mutilés et suppliciés, écartelés ou bouillis, écorchés vifs, pendus à des crocs de boucherie. Les enfants, même les bébés ont pu être mutilés à la hache ou ont eu la tête fracassée contre un mur ou contre un arbre. Les femmes, même les plus jeunes gamines ou les personnes les plus âgées sont systématiquement violées avant d’être mises à mort[2]. Des femmes enceintes ont été éviscérées. Dans·de nombreux cas, des hommes ont été retrouvés avec les sexes coupés et placés dans la bouche. J’ai connu un caïd de Grande Kabylie, fidèle à la France contre vents et marées, à qui le F.L.N.  a tué tous ses fils, au fil des mois et des années, jusqu’à réduire cet homme au plus total désespoir et à la mort lente.

Le troisième principe résidait dans l’ampleur des massacres. Pendant les huit ans de. cette guerre, ce sont des centaines de milliers d’êtres humains qui ont été mis à mort, le plus souvent après avoir été suppliciés : terrorisme urbain avec ses attentats individuels, ces bombes dont chacune à tué ou mutilé des dizaines de personnes, hommes, femmes et enfants ; terrorisme rural pouvant aller jusqu’à l’extermination de douars entiers où pas un seul être humain n’a été retrouvé vivant.

Il est vrai que les révolutions se complaisent dans le sanguinaire. Les révolutions française ou bolchevique en sont de remarquables illustrations. Mais le sadisme du prétendu F.L.N., les raffinements dans l’horreur; les massacres de masse semblent sortir de l’ordinaire. En outre, n’est-il pas remarquable que ces abominations se répètent à l’identique en Algérie depuis 1992, dans un contexte ethnique, politique et social complètement différent ? Il est permis de se demander s’il n’y a pas là un caractère atavique, susceptible d’être rapproché des dispositions impitoyables i et. même féroces de la charia, en union profonde avec les mentalités des tribus au: sein desquelles est née la religion du Prophète…

Était-il possible de ne rien faire,·face aux crimes perpétrés par cette minorité dont le nombre, hélas, est allé en s’étoffant au fil du temps ; car trop souvent, pour n’être point supplicié, il n’y avait d’autre échappatoire que de devenir tortionnaire.

Un autre caractère de la guerre que les révolutionnaires nous ont faite en Algérie mérite d’être rappelé et souligné. Pendant des siècles, pour tenter de diminuer les horreurs des batailles et en particulier pour soustraire les populations civiles au fer et au feu, les militaires, éléments actifs du combat, portaient un uniforme qui les désignait à leurs ennemis comme à leurs compagnons de lutte. Même si elles ont souvent été violées, les lois sacrées de la guerre imposaient de ne pas attaquer des civils ; c’est-à-dire ceux qui ne portaient pas d’uniforme. Le fait avait une contre partie évidente et légitime : quiconque combattait dissimulé sous des vêtements civils profitait scandaleusement de ces lois sacrées. Dans les grandes guerres mondiales du XXe siècle, il était habituel qu’un tel tricheur fût passé par les armes après un jugement sommaire. Or, pendant la guerre subversive algérienne, les poseurs de bombes, les égorgeurs des passagers d’un autocar ou des habitants d’un douar entier étaient souvent en civil. Leur forfait accompli, ils s’immergeaient instantanément dans la population où ils disparaissaient comme un poisson dans l’eau. Pour les retrouver, il était d’une nécessité absolue de faire parler et les moyens de faire parler au sein d’une population terrorisée ne pouvaient relever de la seule dialectique ou de la persuasion douce. Pour combattre ou châtier ces tueurs, les risques étaient grands d’atteindre certains des innocents parmi lesquels ils se dissimulaient. Pour le F.L.N., ces éventuelles victimes innocentes étaient encore du pain béni : elles avaient toute chance de dresser contre nous une population qui jusqu’alors nous était favorable. Nous n’avions pas choisi ces conditions du combat.

Georges Dillinger

Extrait de Français d’Algérie au vent de l’histoire, Publications G.D., Paris 2002, p. 197 et suivantes.

Pour retrouver Georges Dillinger Geocortex.site :

https://www.geocortex.site/blog/dillinger-nest-pas-mort/de-ma-bibliotheque/

[1] Les témoignages à ce, sujet sont innombrables: Citons, parmi tant d’autres, les ouvrages de J-P Rondeau (2001) et de Geneviève de Ternant (op. cit.)

[2] Les menteurs qui se servent de la guerre d’Algérie pour culpabiliser les Français du troisième millénaire, ont pris parmi leurs thèmes préférés celui de viols de femmes musulmanes par les soldats français. Toutes les guerres ont eu leurs viols; et plus encore les guerres révolutionnaires qui s’embrasent au sein de la population et non point le long d’un front où, ce sont des hommes qui se font face et s’entretuent. Mais là encore, il n’y a aucune commune mesure entre ces quelques viols qui ont été le fait de soudards insuffisamment surveillés, jamais suivis d’autres sévices ou d’assassinats, et le comportement de révolutionnaires algériens qui ont systématiquement recouru au viol comme moyen de terreur, toujours conclus par l’assassinat quand ils ne répandaient pas sur le sol les boyaux de leurs victimes. Comment peut-on être suffisamment pervers pour parler infiniment plus des viols perpétrés par l’armée française que de ceux du prétendu F.L.N.?

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