Avec les articles précédents nous avons couvert bien des champs de la connaissance, découpé la seconde en milliardièmes, fait appel à Louis Jouvet dans Knock, repris et confronté des souvenirs de notre jeunesse confronté à l’étalement du temps, investi le système complexe de notre personnalité, fait joujou avec des globules, lesquels ne représentent qu’une des parties les plus visibles de notre milieu intérieur, et évoqué l’utilisation de forces représentées par des vecteurs.
Nous en arrivons à notre sixième fenêtre qui ressemble furieusement à celle d’un bureau de l’Élysée, occupé par quelqu’un qui voudrait nous faire croire qu’elle pourrait être « en même temps » ouverte et fermée, et sinon, entrebâillée.
Nous pourrions plonger dans un autre monde où cela pourrait ne pas être impossible, mais plus tard…
Revenons à nos vecteurs, si pratiques pour illustrer le principe obligatoire d’action-réaction, et la décomposition des forces en jeu que sont les actions (politiques ou autres), depuis leur élaboration, jusqu’à leur mise en place, leur développement et leur disparition.
En fonction de ces principes, on comprend pourquoi toute action, à tout moment de son existence, se meut dans un complexe d’oppositions. Celui-ci est composé a minima de l’opposition au système précédent de même famille. Prenons l’exemple d’un nouvel impôt pour en remplacer un autre. Il a pour opposition basique l’existence du « vieil » impôt, pour opposition systématique une pensée différente (de droite ou de gauche selon les cas), sans négliger l’opposition des obstacles logiquement prévisibles (taux, assiette, définition). Ensuite, ce sera la mise en pratique, avec autant de couples action-réaction.
On voit combien Macron, par son « en même temps » rabâché jusqu’à plus soif, se paye de mots et joue au singe savant qui oublie que l’homme pense plus loin, plus vite, et mieux.
LE MENSONGE OBLIGATOIRE DU POLITIQUE DÉMOCRATIQUE
Dans la nature, animale ou humaine, le chef du groupe l’obligation de diriger son troupeau pour la meilleure sauvegarde du plus grand nombre. Sans cela, il ne mérite pas son titre. Cette définition basique s’applique autant à la vache la plus écoutée de ses congénères dans nos campagnes, qu’au loup alpha des grands territoires où il mène sa meute, et, bien sûr, à l’homme politique.
Cela posé, cette obligation de direction-sauvegarde, pour être comprise et suivie nécessite toujours la mise en pratique d’une force. Celle-ci prend des formes diverses : un simple mouvement suivi par imitation passive coutumière, un coup de dents justement appliqué, ou un discours obligatoirement fumeux.
Car telle est la base de la démocratie que, devant être suivie par le plus grand nombre, elle oblige au discours le plus audible en dénaturant la difficulté de la question. Trois conséquences s’en suivent :
- l’incompréhension qui évacue les oppositions que le bon sens aurait élevées
- l’inaudibilité des objections élevées par d’autres spécialistes,
- et la possibilité ultérieure d’appliquer ce discours à tort et à travers, en se plaignant bien fort de ne pas avoir été compris.
Le discours de justification qui doit suivre utilisera bien sûr la même pratique de dénaturation, et ainsi de suite.
DU CARDINAL DE RETZ À FRANÇOIS MITTERRAND
Il existe une devise politique qu’exprima merveilleusement le cardinal de Retz et qu’utilisera non moins merveilleusement le président Mitterrand. La voici :
« On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. »
Notre « doublement septennaire » président lui en adjoignit une autre, tout aussi exemplaire :
« Il faut donner du temps au temps. »
Celle-là est tirée des Nouvelles exemplaires de Cervantes. Cet homme (le président) était vraiment un maître en littérature. Que n’aurait-il pas glissé s’il avait prévu le sort qu’un vibrionnant de ses successeurs réserva à La Princesses de Clèves !
Mais je m’égare… presque. Mieux vaut revenir au plus vieux traité de médecine professionnelle connu, celui du docteur Ramazzini de Modène qui décrit les maux de tête des secrétaires des grands de ce monde, car ils sont obligés de tourner les phrases de leur discours de façon telle qu’on puisse en comprendre une chose ou son contraire.
Dire si la machine à embrouilles a de multiples inventeurs, sans compter tous ceux que je n’ai pas cités !
Au fond, la démocratie n’a rien changé. Son seul progrès – je doute que ce mot soit adapté à la situation – est de s’adresser non au peuple, mais aux foules, dont on sait qu’elles brillent par la seule intelligence du plus bête « en même temps ».
NE PAS CONFONDRE STRATÉGIE ET TACTIQUE
Nous commençons à comprendre par quels chemins tortueux l’actuel président a pu se persuader de son intelligence en distribuant mécaniquement sa formule. Mais comme bien des quêteurs de l’intelligence absolue des cimes, il joue du tapis de la cuisine politique, celui qui sépare la stratégie de la technique. Mais lui, ne sait qu’y trébucher, quand il ne s’y enroule pas.
Il arrive que la stratégie (la recherche du but ultime) nécessite d’avoir une ou deux solutions de secours, ou « deux fers au feu », comme dit le proverbe, lesquels peuvent être aussi dissemblables qu’une pelle et une pioche, si la stratégie est de creuser un fossé. Mais la tactique (ensemble des techniques et buts intermédiaires) nécessitera d’utiliser alternativement l’un ou l’autre de ces outils. Il est assez rare qu’une grosse pierre ne nécessite pas l’emploi premier de la pioche, et aussi peu fréquent qu’un sol sablonneux ne s’accommode pas de la pelle. Et puis, et puis… ne pas oublier que nous n’avons que deux mains, lesquelles seraient bien ennuyées de devoir user de la pelle et de la pioche « en même temps ».
L’intelligence réelle consiste à prévoir autant que possible les aléas de la tactique, lesquels peuvent nécessiter des étapes intermédiaires.
Je connais quelqu’un à l’Élysée, qui devrait préparer quelques plates- bandes plutôt que de faire bouillir ses belles paroles jusqu’à la perte de toute tenue.
En réalité, ce président brouillonne et se croit tiré d’affaire en parodiant des rôles de composition que d’autres ont portés aux plus hauts feux de la rampe, alors que lui ne s’éclaire que de chandelles mal mouchées. Il a beau endosser des costumes sur mesure, il ne cesse de s’y rabougrir en essayant de bomber ce qu’il croit être son vaste torse. Et encore, cela n’est-il que son meilleur « mauvais rôle ». Il nous a déjà montré pire, avec ses fréquentations plus que douteuses, entre un 14 juillet rapiécé et une « saint-martinade » complètement dépenaillée où ses yeux brillaient d’un plaisir trouble. Pauvre « maman Brigitte » !
Mais revenons à la politique. Les exemples sont nombreux des ses pertes en ligne du « en même temps ». Pour ainsi dire, c’est le résumé, non seulement de son quinquennat, mais de ses errances préalables. Ainsi passe-t-il son temps à prétendre porter haut les couleurs françaises, mais c’est tout de même par son entremise en tant que ministre des Finances que la société Alstom a été vendue à General Electrics. Autrement dit que la société détentrice des techniques d’entretien et réparations des turbines à usage nucléaire est passée sous contrôle d’un grand pays qui ne nous veut pas que du bien.
En clair, non seulement nos centrales nucléaires, mais aussi nos sous-marins à propulsion nucléaire dépendent du bon vouloir des USA en cas de panne.
Rien que cela aurait dû mener en haute-cour les protagonistes de ce sinistre – mais fructueux – abandon. Autant dire que la « tribune des généraux » n’est qu’un pétard mouillé par rapport à cette foirade nucléaire, laquelle « en même temps » a lancé le missile macron sur l’Élysée.
Nous sommes arrivés au point où s’impose une synthèse du « en même temps » macronien. Elle nous réserve des surprises. Nous les trouverons dans le prochain article.
( À SUIVRE)

