Je dois, parallèlement à l’article précédent, faire un rapide tour d’horizon de la culture vue par différents auteurs. Il est bien entendu que la culture est d’abord celle de la terre et de ses produits. Sans s’y étendre, il faut cependant en garder l’image, pour bien comprendre les soubassements de notre culture-en-tant-qu’homme. C’est ce que traduisent les premières citations, avant de prendre un tour plus général.
« Culture et personnalité; accès à la culture; croissance, diffusion de la culture; foyer de la culture. Cette idée de la culture en action et qui devient en nous comme un nouvel organe, une sorte de souffle second » disait Artaud. En homme de théâtre, il insistait inlassablement sur la force et la nécessité du souffle. (Théâtre et double).
Jacques Maritain, lui, tend à une perfection et à une maîtrise sur l’environnement dans son Humanisme intégral :
« Ne comprenant pas que l’effort pour parfaire la nature de l’homme par un processus lui-même conforme aux profondes exigences de celle-ci, je veux dire par la perfection intérieure d’une certaine sagesse de connaissance et de vie, doit toujours être son effort principal, la culture se propose avant tout de maîtriser la nature extérieure et de régner sur elle par un processus technique. »
La culture, peut être une bouée de sauvetage lorsque nous sommes confrontés à une crise de conscience. Il peut alors s’agir d’une culture interne qui retourne au moi profond pour finalement retrouver le cosmos. Ainsi parle Barrès dans son texte : L’Homme libre :
« Je comprenais que seul le dégoût préventif à l’égard de la vie nous garantit de toute déception, (…) il fallut la révélation de Jersey, pour que je prisse le courage de me conformer à ces vérités soupçonnées, et de conquérir par la culture de mes inquiétudes l’embellissement de l’univers. »
Pourtant, certains modèles de culture – trop humaine ? – peuvent nous mener vers des chemins de traverse, ou même des impasses. Gide nous en fournit un exemple très personnel dans son Journal :
« Culture de la haine, de la passion. La culture de mes émotions fut mauvaise. »
Plus prosaïquement, Valéry ose jouer le rebelle de la classe :
« Les préoccupations dominantes semblent être de donner aux enfants une culture disputée entre la tradition dite classique, et le désir naturel de les initier à l’énorme développement des connaissances et de l’activité modernes. (…) Je n’hésite jamais à le déclarer, le diplôme est l’ennemi mortel de la culture. »
Alors que Renan oppose profondément les vernis acquis et oubliés à l’outillage intellectuel dont ces apparentes pertes nous ont enrichis. Il nous exhorte à perdre pour gagner :
« L’oubli occupe une large place dans l’éducation scientifique de l’individu. Une foule de données spéciales, apprises plus ou moins péniblement, tombent d’elles-mêmes de la mémoire; il faut pourtant se garder de croire que pour cela elles soient perdues. Car la culture intellectuelle qui est résultée de ce travail, la marche que l’esprit a accomplie par ces études, demeurent; et cela seul a du prix. »
En somme, des nombreux chemins de culture qui s’offrent à nous, comment choisir ? Comment nous orienter ? Et jusqu’à quel point ? À vouloir trop s’élever au-dessus de ses bases par la seule culture, ne risque-t-on pas une chute ?
Il sera temps, dans l’article suivant d’esquisser une synthèse entre culture et civilisation.
Antoine Solmer
À suivre

