ZÉRO POUR CENT
ZÉRO POUR CENT

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  L’une des obligations qui sont inhérentes à l’occupation de “blogueur” (c’est–à-dire quelqu’un qui passe son temps à débloguer à plein tubes, prétend l’un de mes amis), c’est d’avoir à “se taper” plusieurs journaux et magazines tous les matins (“le quotidien du soir” français est tellement engagé dans un “politiquement correct” rasoir et mortifère que j’ai abandonné sa fréquentation régulière depuis plusieurs années). Cette lecture, “c’est comme dans tout : y a du bon, et y a du mauvais”, mais je dois dire, en toute honnêteté, que j’y trouve souvent des joies inattendues,  et parfois même de vraies sources de fous-rires solitaires. Hier, par exemple…

Hier donc, par exemple, le ‘’quinzomadaire’’ Version Femina –qui “tire” tout de même à 2 395 510 exemplaires (Diffusion France payée)– propose à ses lecteurs-trices des “astuces qui boostent l’éclat”. Ça n’a l’air de rien, mais ‘’un rien’’ qui est lu par quelque 2,4 millions de gens qui se mettent aussitôt à “booster” de l’éclat, ça devient très vite hyper-éblouissant. Pour être certain de bien comprendre ce qui passionne mes chers contemporains et mes chères contemporaines, j’ai poursuivi cette lecture jusqu’au bi du bout, et j’ai découvert ce que je vais oublier dès ce billet écrit : on ne “booste pas son éclat” de la même manière selon l’âge que l’on a…

A 25 ans, on doit “travailler la lumière” et il faut “oser l’high-lighter”, ce que j’ignorais. Françaises et français de 25 ans, jumeaux de chers mes petits-enfants, je vous en conjure : “Osez l’high-lighter” ! Parce que à partir de 45 ans, vous ne pourrez plus le faire : si booster votre éclat vous intéresse toujours –ce que je vous souhaite de tout mon cœur– il vous faudra alors impérativement “jouer sur la transparence”, mais “sans oublier une petite touche de pointe de stylo-lumière sous la queue du sourcil”, et même avec “un peu de blush”, tant que vous y serez ! Je suis atterré de découvrir, à mon âge, ce que mon indifférence à ma transparence m’a fait ignorer : l’usage quotidien d’un stylo-lumière (dont je continuerai longtemps à ignorer à quoi il ressemble et à quoi il peut bien servir) et, plus grave encore, “la queue de mon sourcil” : le peu qui reste en moi du macho que j’ai été se doit, et de toute urgence, de remettre en cause et revisiter toutes ses représentations du corps masculin !

Cette lecture culturelle si enrichissante m’a ensuite appris que, à 60 ans, la seule chose intelligente à faire pour “booster son éclat”, c’est “d’illuminer son teint”. Comment ? C’est simple : “pour savoir où viser, il faut pincer la joue et poser la matière là où la peau a rougi”, tout le monde sait ça. et vous le faites tous… mais c’est tellement plus sécurisant de voir ça, écrit rouge sur blush, que j’ai été très très rassuré de le lire. Pourtant, la seule question qui vaille, pour moi, c’est  : “Et après 60 ans ? à 70, 80, voire à 90 ans ?”. Eh ! bien… après 60 ans, plus rien. Pas un mot ! Bernique ! Oualou ! Nada ! N’y pense même pas, t’arriveras plus à te booster l’éclat ! C’est même pas la peine d’essayer, c’est comme pour le yaourt ou les sardines : il y a une date de péremption… et “après l’heure, c’est plus l’heure” ! Après 60 ans, au fond, tiens, le fond de teint s’éteint au fond de toi, et toi, tu fais tintin à fond. Avis de gros temps pour ceux qui croyaient encore se booster avec la célèbre petite pilule bleue : laissez tomber, et pensez à autre chose. La collection de timbres ou le jardinage. Ou cherchez à retrouver ce que vous avez oublié…

De désespoir, je me suis rabattu sur un “courrier des lecteurs” (c’était hier, dans “la Croix”. Mais, je porte déjà la mienne : ‘’dé-boosté’’ et en éclats, je n’ai plus rien à perdre). Là, un bibliomane porté sur les “petites lettres illisibles en bas des contrats” racontait avoir reçu de sa Compagnie d’assurance-vie un courrier qui stipulait “Vos garanties sont revalorisées cette année de 0,00 %”. Le lecteur assurait (pour une assurance, c’est bien le moins qu’il puisse faire !) qu’un astérisque renvoyait au bas de la page, où figurait la précision utile entre toutes “le taux exact est de 0,000000 %”. Ouf ! Il y a des moments où un bas de page devient une bouée de sauvetage !

Bref, continuait ce courrier, Votre capital garanti passe de 15 041,35 à15 041,35 €, et votre mensualité évolue donc de 46,31 à 46,31€.” En somme, c’est comme dans tout, là aussi : une bonne et une mauvaise nouvelles. La bonne ? Ses mensualités n’augmentent pas, ce qui, par les temps qui ne courent plus, n’est pas si fréquent. La mauvaise ? Le pauvre assuré a vu son capital n’augmenter que de à peine 0 %. Pardon : 0,000000 %, très exactement. Mais il y a pire : en prenant la décision de le prévenir de cette situation (que des stratèges de l’ex-ENA auraient qualifié de “win-win situation” (“Ouine-ouine situacheune”, en frangliche, ce volapük vernaculaire de Macronie), le signataire de cette bafouille fondamentalement vitale a amputé le patrimoine de son assuré de 0,30 € : un timbre à 1,08 € vs. 1,38 était bien assez.

Une autre nouvelle, omniprésente, celle-là, m’a bouleversé : “l’automobile manque de semi-conducteurs”, et ça, c’est très grave, disent tous les journalistes (donc ça doit être vrai !). Je me demande ce qu’est un “semi-conducteur” : un type qui conduit sans permis ? un mec qui ne se sert que de l’accélérateur mais pas de la pédale de frein ? un gars qui ne sait tourner son volant que vers la droite (ou la gauche, bien sûr !) ? un chauffeur qui ne conduit qu’un jour sur deux –en télétravail, peut-être ? Ce vrai problème est encore plus dramatique à cause d’une autre “breaking news” : “Il y a une explosion des véhicules hybrides’’ (la définition de ’‘hybride” est : qui est formé d’éléments d’espèces différentes. En français, “la carpe et le lapin”). Imaginez le drame auquel nous sommes confrontés : des explosions en série de véhicules mi-figue / mi-raisin, conduits à temps partiel par des êtres incomplets, amputés d’une bonne moitié d’eux-mêmes qui ont rejeté le moteur à explosion mais dont c’est l’hybridité qui explose ! Il y a de quoi être angoissé

Pour conclure en beauté cette semaine culturellement enrichissante, je suis tombé sur la “Lettre des Evêques aux catholiques de France”, ouvrant sur l’exorde de SS le Pape François : “Seigneur, délivrez-nous de vouloir nous sauver nous-mêmes”… qui m’a aussitôt fait penser à cette exhortation bien connue “Si vous ne vous sentez pas bien, faites-vous donc sentir par quelqu’un d’autre”. Comme quoi, il n’y a pas que les hebdomadaires féminins, les assurances-vie, et / ou les chauffeurs à mi-temps, pour rigoler : les pompes papales ont, elles aussi, leur côté ‘’Schtroumpfs pompants’’. Cette découverte me permet d’arrêter de me donner du mal : à partir de maintenant, je ne me sauve plus moi-même, et merci d’avance de ce que vous pourrez faire pour moi, à ma place. De préférence, proche du genre “win-win”  : comme ça, je pourrai me déplacer dans mon véhicule hybride conduit d’une seule main pour aller acheter des assurances-vie ! (Mais ‘’vie éternelle’’, bien sûr !)

H-Cl.

PS.: Les vacances sont terminées. A la veille de reprendre une vie plus normale (le gouvernement le promet… mais personne ne le croit, avec plein de bonnes raisons –j’espère vous en convaincre très bientôt), nous retrouvons notre bon vieux rythme quotidien. Bon retour… même pour ceux qui ne sont pas partis ! A lundi, donc…