ALGORITHMES ? RÉSEAUX SOCIAUX ? VRAIMENT ?

LEIBNIZ (1646-1716)
LEIBNIZ (1646-1716)

L’expression réseau social mérite que l’on y revienne, non pour une étude exhaustive, mais pour quelques réflexions.

Il semble qu’aujourd’hui l’appartenance à l’un d’entre eux soit le sésame obligatoire pour s’ouvrir à l’existence. Ne parlons pas de vie, laquelle est conférée gracieusement au plus isolé des ermites, mais d’existence sociale, cette forme débridée de déshabillage public qui touche autant quelques millions d’adolescents – boutonneux ou non – que leur respectables géniteurs, leurs « amis, followers », et autres traîne-savates nationaux ou internationaux de tous rangs, de toutes classes, de tous niveaux. À une condition, d’être adoubés par une entité algorithmique, où, m’a-t-on juré, la main de l’homme n’a jamais mis le pied. Voire !

Mais la question – une des questions – consiste à savoir qui a posé les bases de ce divin algorithme. Je ne vais pas y répondre, mais mon petit doigt me dit que celui-là, ou ceux-là aussi, ont été adoubés par une puissance supérieure. La première d’entre ces puissances, reste évidemment le donneur d’ordre qui paye. Oui, nous en revenons à cette donnée fondamentale : la tendance de l’algorithme dépend de l’appétit de celui qui l’écrit, et de la capacité de celui qui l’emploie à le satisfaire.

Combien de barreaux à cette échelle ? Je ne sais. Complotiste, moi ? Non, pas plus qu’anti-complotiste. Le malheur est que l’être humain est doté d’un cerveau habitué à traiter les questions logiques de deux façons seulement : soit en se perdant dans les sables mouvants, soit en grimpant à l’arbre induction-déduction. Il semble que notre société assure une certaine tranquillité aux enlisés des sables mouvants, pour réserver ses foudres aux grimpeurs maniaques qui pourraient bien – oh paradoxe ! – déterrer la vérité… ou du moins la réalité cachée.

Mais revenons à ces fameux algorithmes qui ont envahi les discussions du dimanche, et pas encore, espérons, les petits zincs de banlieue. Ah ! Comme la nouveauté plaît aux découvreurs à la petite semaine. Je passe sur l’étymologie rapportée à un savant persan du IXe siècle. Mais nouveauté, qui n’est pas nouvelle, sans fondement vaut promenade d’écureuil dans sa cage. Alors, ouvrons une porte, pour que chacun s’évade. La porte, c’est celle de la formalisation.

Le mot est simple, l’idée aussi, la réalisation plus ardue. La formalisation consiste à créer un calcul logique sans données quantitatives, en utilisant seulement des notions qualitatives. C’était l’idée princeps de Leibniz qui rêvait d’une langue hypothétique permettant d’exprimer toutes les pensées humaines. N’allons pas si loin, revenons à la formalisation, qui ne sera vraiment remise au jour qu’au début du XXe siècle par Russell et Whitehead dans leurs Principia Mathematica qui prouvèrent, entre autres que 1+1 = 2. Mais je m’égare, cependant, je ne délire pas, et reviens à Leibniz.

En 1669 il n’avait que vingt-trois ans. Dans nos journaux et autres réseaux sociaux, on aurait écrit « un jeune ». Sauf que ce « jeune » écrivait un texte intitulé Échantillon de démonstrations politiques en vue de l’élection du roi de Pologne, élevé à une claire certitude par une nouvelle manière d’écrire. Tout cela en latin, bien entendu, ce qui n’est pas trop mal pour un « jeune » [1]. Bref, en fonction de ce qui était un algorithme sans le savoir, Leibniz pensait que le meilleur successeur au trône de Pologne serait le comte palatin Philippe-Guillaume.

Mais la politique surmontait et entourait le bel algorithme de Leibniz. Ce fut le candidat soutenu par l’Autriche qui fut élu (Michel Korybut Wichnowiecki) au grand dam du candidat de la France (le duc d’Enghien, fils du Grand Condé). Les initiés dérouleront l’histoire compliquée et dramatique de la Pologne. Je m’en tiendrai à cet exemple.

Il est temps de revenir à nos moutons sociaux et aux algorithmes contemporains chargés – de façon purement logique, croix de bois, croix de fer – d’éliminer tous les déviants… et mêmes les déviantes, parité oblige.

J’ai la très forte impression, que derrière ces algorithmes se cachent un certain nombre de mains. Lesquelles ? Et une logique qui n’est pas celle qui est trompettée. Comme dans toutes les histoires policières, il faut remonter deux grandes pistes : à qui profite le crime ? Où est passé l’argent ? À vous de voir. Mais si l’on doit imposer l’adjectif social à ces réseaux, nous avons du souci à nous faire pour la société. Alors, faut-il vraiment les nourrir ? J’ai ma petite idée.

[1] Specimen demonstrationum politicarum pro eligendo rege Polonorum, novo scribendi genere ad claram certitudinem exactum

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