BUREAUCRATIE MORTELLE

BUREAUCRATIE MORTIFÈRE
BUREAUCRATIE MORTIFÈRE

D’UN SECTEUR À L’AUTRE

En France, le secteur primaire qui comprend la collecte et l’extraction des ressources naturelles représentait la majorité de la population au début du siècle dernier. Le secteur secondaire qui regroupe les industries de transformation des matières premières, et le secteur tertiaire, celui des entreprises de service, ont progressivement rompu cet équilibre, au point que ce dernier représente plus de 75% des travailleurs français[1].

Un quatrième secteur dit quaternaire se développe. C’est pour l’instant un ensemble fourre-tout dont l’équation pourrait s’écrire : 1 besoin = X produits + Y services.[2]

N’entrons pas ici dans une escalade de statistiques qui diront tout ce qu’on veut leur faire dire, pour peu qu’on les pousse dans leurs derniers retranchements. Contentons-nous de faits bruts, repérables à l’œil nu, et ajoutons-y quelques réflexions de bon sens.

LES DERNIERS PAYSANS

Les champs français sont déserts, sauf, de temps à autre, un paysan juché sur son tracteur qui suffit bien pour sa centaine d’hectares. Encore arrive-t-il que ce tracteur soit télécommandé, guidé par GPS, quasi fantomatique. Qu’est devenu le paysan français ? Un ami me le confiait il y a déjà quelques années, presque la larme à l’œil : « Je suis devenu un chasseur de subventions. » Traduisons : j’ai perdu mon métier, je remplis des dossiers.

Un progressiste forcené répliquera : « Oui, mais la diminution de la pénibilité physique… » Il aura raison, et il le prouvera. Combien de tonnes levées à la main, ou plutôt à la pelle, à la fourche, toute la famille aidant ? Alors que maintenant, la machine « fait le travail ». Il accumulera des chiffres, probablement vrais.

Mais il oubliera – n’imaginera même pas – la pénibilité mentale. Celle-là, échappe aux chiffres, ou alors ne se traduit qu’en conséquences qu’il est tellement facile de dévier, car elles sont multifactorielles. Un bel adjectif pour se masquer la réalité. Un paysan s’est pendu. Ah, oui… l’alcool ! Un autre s’est jeté de sa grange. Non, il a glissé. Un troisième s’est tiré un coup de fusil. Oui, mais il avait une arme chez lui, etc.

Il y a déjà une quinzaine d’années, j’assistais à un congrès de médecine agricole. Les médecins qui rapportaient leurs constatations étaient effrayés par les dommages liés aux drogues. Oubliées les pincées de gros gris. Le progrès chimique était passé par là. Les dépressions graves aussi. Car l’étranglement financier, la paperasserie envahissante, tatillonne, tueuse de temps, tueuse d’hommes les prenait à la gorge.

Il est terrible l’exemple du paysan français en disparition, représentant d’un terrien obstiné, celui qui, au fil des progrès techniques, était devenu « l’artisan universel », capable de réparer sa charrue, sa carriole, de mener son cheval, de soigner ses bœufs, de tuer le cochon, de refaire sa toiture, tout en connaissant sa terre, et reconnaissant les signes météorologiques lui indiquant qu’il est temps de faire les foins.

Il est terrible, l’exemple de ce nouvel esclave de la PAC, la fameuse politique agricole commune, des quotas laitiers ou autres, de la mainmise des régulateurs maniaques, des injonctions à se moderniser, et des enfermements dans un système bancaire pénitentiaire. Il est terrible, le sort de ce serf de la modernité, malgré tout fier de nourrir tous ceux qui le méprisent, et qui, sans lui, ne sauraient avoir ni pain, ni vin, ni viandes, ni légumes, ni fruits. Il est dramatique, le sort de cet homme seul, car bien souvent les femmes ne veulent plus de cette vie.

Tout est-il noir ? Certainement pas. Mais tout est-il plus facile grâce au progrès ? Certainement pas non plus. Quelles qu’en soient les raisons, les papiers s’accumulent. Et même si des documents sont informatisés, ils n’en restent pas moins des formulaires envahissants, maîtres inflexibles de ceux qui les remplissent, mais aussi de ceux qui les valident.

Il paraît que « le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite. Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite ! Il va filer… Saute par-dessus la haie, cours-y vite. Il a filé ! [3]»

Paul Fort écrivait ces vers en 1917 et ce saut par-dessus la haie, évoquait celui des poilus sortant de la tranchée, face à la haie des balles allemandes. Aujourd’hui, toutes proportions gardées, il faut sauter les haies de paperasse.

Nous pourrions décliner pour les autres secteurs d’activité – ceux dont les populations ne cessent d’augmenter – cette évolution des régulations et autres contraintes, dont la moitié au moins mériterait d’être supprimée.

LE CODE DU TRAVAIL : OBÉSITÉ MORTIFÈRE

Contentons-nous de peser la réalité. Celle du Code du travail qui n’a cessé d’évoluer, avec ses complications, ses ajouts que chaque ministre ou président se hâte d’associer à son exercice, ses incohérences, tant internes que rapportées au Code de la santé publique, ou à celui de la Sécurité sociale, de l’environnement, au code rural et de la pêche maritime, au code forestier, etc.

Pour le seul point de vue du travail, « nous avons un code du travail volumineux de plus de 10.000 articles (alors que la Suisse a un Code d’une soixantaine d’articles et l’Allemagne, 300 articles…). Ce poids du Code du travail n’empêche pas notre pays d’avoir un fort taux de chômage. [4]»

« N’oublions pas d’autres textes normatifs touchant au droit du travail :

  • Des textes internationaux, notamment des pactes internationaux (le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels de 1966) et des conventions de l’OIT,
  • Des textes européens: notamment des Règlements de l’union européenne, des directives ou des traités, mais aussi la convention européenne des droits de l’homme,
  • Des décrets ou arrêtés non codifiés,
  • Des accords et conventions collectives, qui jouent un rôle normatif de plus en plus important avec l’évolution du dialogue social[5]. »

Le résultat pratique, est que, pour toute entreprise, cette somme de papier se traduit en pénibilité et risques sociaux et fiscaux, en pertes d’énergie, en coûts ajoutés, en formulaires, enquêtes, rapports, bilans et autres requêtes ne servant qu’à engraisser d’autres mammouths que celui bien connu de l’Éducation nationale.

Ne jamais oublier que paperasse égale « pap-harasse » !

Le dégraissage raisonné s’impose,
laissant libre cours à la musculature efficace.

 

À suivre

[1] https://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2016/03/01/29006-20160301ARTFIG00273-plus-de-75-des-francais-travaillent-desormais-dans-le-secteur-tertiaire.php

[2] https://www.pentalog.fr/blog/le-quaternaire-le-secteur-economique-nous-avons-change-dere-2

[3] Paul Fort, « Le Bonheur »

[4]http://www.expertsdelentreprise.com/Les-evolutions-du-droit-du-travail-en-France-entre-realite-et-perspectives

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Code_du_travail_(France)

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