LA RETRAITE DES RÉFORMES : LES VIES GÂCHÉES

CONTRACEPTION ET AVORTEMENTS
CONTRACEPTION ET AVORTEMENTS

À combien en sommes-nous ? À la 12e manifestation ? À la 20e ? À la 350e ? Quelle importance ? Les Français braillent, lèvent le poing, piétinent pendant que des hurluberlus en noir incendient des poubelles ou lancent des caillasses sur les flics. Tout le monde est content. Bien sûr, il y a quelques blessés. Mais sans « pronostic vital engagé » comme aiment à le préciser – sans aucune précision – les journalistes en mal d’expressions nouvelles.

Je discute hier avec un brave garçon, bien Français, du nord, lui aussi tout content d’avoir accompli son devoir de manifestant. Je lui dis qu’il se fait manipuler, et qu’il en sortira cocu comme avant. Surprise ! Mais les « droits acquis » réplique-t-il. Aucun droit acquis n’est éternel, pas plus que ta vie, pas plus que la mienne. Il en a le souffle coupé. Il n’ose pas me traiter de fa… quelque chose, car, nous sommes en bonnes relations.

Je précise : je suis contre cette réforme des retraites, qui n’est qu’une retraite des réformes, les vraies, celles qu’il faudrait instaurer de toute urgence. Il se radoucit. Et je lui explique :

Quoi que vous obteniez, ce sera peanuts et à recommencer bientôt, car rien ne sera réglé. Et même, tout aura empiré. La raison en est simple : c’est toute la structure qui est vermoulue. Toutes les ficelles qui tiennent la « maison Retraite » sont tendues à bloc et prêtes à se rompre à tout instant.

Voici l’une de ces ficelles : le principe de répartition oblige à conserver un certain pourcentage entre les actifs et les retraités. Il n’est actuellement que de « 1.67 actif cotisant pour 1 retraité. Il était de 2.6 en 1990, de 2.02 en 2004[1] » et la situation va en empirant.

Mais on oublie une « petite chose » : avant d’être un « cotisant » il faut être un bébé. Et cela prend… un certain temps. Or, on oublie encore une autre « petite chose » : depuis la loi Veil de 1975 qui était censée être provisoire pour cinq ans, il y a eu 200 000 avortements par an.

En réalité, il y en a plus, et ça augmente en dents de scie : maximum 233 200 en 2019[2]. Arrondissons les chiffres à 200 000 avortements pendant 50 ans. Nous voici à 10 millions de bébés manquants.

Je sais que des chipoteurs professionnels vont ergoter : mais les femmes ont simplement retardé l’âge d’avoir leur enfant, etc. Pourquoi pas ? Mais le fait fondamental reste : d’une part la natalité spontanée décroît, et il faudrait être drôlement bouché pour ne pas comprendre que les avortements y rajoutent une couche.

Quoi qu’il en soit, même avec des correctifs, ces 10 millions de bébés manquent à l’appel et lourdement, par rapport aux cotisants actifs qui ne sont que « 28,8 millions de personnes... et selon les estimations du Conseil d’Orientation des Retraites, la population active devrait rester stable à horizon 2050 (28,9 millions) mais le nombre de retraités devrait en revanche augmenter pour s’établir à 23 millions de personnes. »

10 millions de bébés depuis 50 ans dont une bonne moitié aurait pu avoir des enfants (des cotisants) et même des petits-enfants (futurs cotisants). Et ces 10 millions de bébés devenus parents ne seraient toujours pas retraités, mais COTISANTS !

Il faudrait avoir la mauvaise foi chevillée au corps pour contester que cette catastrophe vitale n’a pas de lien avec la crise des retraites. Ou la pire des bêtises pour ne pas le comprendre. Ou encore le pire de vices pour continuer dans cette voie.

Manifestez, les gars ! Faites-vous plaisir ! Vous en aurez encore l’occasion. Au mieux, vous obtiendrez un cautère sur une jambe de bois. Le pire est déjà là.

Je reviendrai sur le sujet.

Antoine Solmer

[1] https://www.hellowork.com/fr-fr/medias/retraites-reforme-emploi-seniors-chiffres-statistiques.html

[2] https://www.insee.fr/fr/statistiques/6047757?sommaire=6047805

Abonnez-vous à notre lettre d'information et rejoignez les 12 autres abonné·es.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *