QUAND LA BÊTISE S’AJOUTE À LA HAINE

MAÏAKOVSKI
MAÏAKOVSKI

Quand la bêtise s’ajoute à la haine, à moins que ce soit l’inverse, la lie de l’âme humaine se démasque. Qu’on ne me parle plus des Russkofs !

Allons braves gens ! Allons tuer les chats russes et leurs cousins les chartreux ! Allons crever les globes terrestres sur la dizaine de fuseaux horaires de la Russie ! Bouchons-nous les oreilles aux musiques de Tchaïkovski  !  Et aussi de Rimski-Korsakof, et de  Prokofiev, un salaud qui laissait un petit garçon nommé Pierre aux prises avec un loup : C’est une preuve, ça. Et Moussorgski, ce gros épileptique alcoolique qui se vautre dans ses hallucinations, qu’il aille roupiller sur son mont Chauve, et à la poubelle ! Et Chostakovitch, l’infâme qui osa composer sa septième symphonie nommée Léningrad, juste pour nous faire croire que la ville subit un siège de 872 jours par les Nazis, que 1 800 000 victimes russes dont la moitié de civils y périrent dans des conditions effroyables. Ah ! Tricheur  ! Ah ! Le menteur !  Et dire que j’ai écouté cette saloperie à New York sous la direction de Leonard Bernstein, ce fichu petit Juif d’origine ukrainienne. Encore un vendu ! Et la salle debout et folle d’acclamations. Tous des vendus ! Sauf moi, bien sûr. Car je me doutais bien que tout était faux.

Et ça continue. Pensez donc, Dostoïevski qui fit semblant de se faire condamner à mort avec les Décabristes ! Et même, il eut le culot de nous faire avaler qu’il s’agissait d’un simulacre. Ah ! Il a dû se marrer pendant qu’on lui bandait les yeux. Et Akhmatova, une poétesse. Tu parles ! Elle y est restée en Russie, à faire semblant de subir quelques petites brimades. Boulgakov et son Molière, une foutaise, mais le summum c’est Le Maître et Marguerite, une pâle imitation du grand Faust. Et quand je pense qu’il est né à Kiev, et qu’il est devenu le chouchou de Staline. J’enrage.

Quant aux Gergiev, et autres musicos de quatre sous, qu’on les raccompagne à la frontière ! Qu’on les mette à poil sur les routes. Ils sont innommables. Son interprétation de L’oiseau de feu ne valait pas le clou auquel on devrait le pendre. Pas plus que Stravinski, d’ailleurs. Il est mort, tant mieux. Mais on pourrait le déterrer. Ah, oui, c’est trop loin. Mais j’ai une idée. La tombe de Noureïev, au cimetière russe, en banlieue parisienne. Voilà qui aurait du lustre. Avec trois coups de pioche.

Oui, ils me dégoûtent tous. Ils me font gerber. J’arrête. Je vais me soigner.

Une vodka, en vitesse, une deuxième, une troisième. Ещё раз ! До дна ! Encore ! cul sec !

Foutre ! Voilà que je me récite du Maïakovski. Silence, écoutez !
Écoutez ! C’est le titre. En russe : Послушайте !

Je vous recommande la fin.

Ведь, если звёзды
зажигают
значит – это кому-нибудь нужно?
Значит – это необходимо,
чтобы каждый вечер
над крышами                                            
загоралась хоть одна звезда ?

Je vous donne ma traduction. J’ai osé la faire. Misère !

Écoutez !
Puisqu’on allume les étoiles,
c’est qu’elles sont nécessaires à quelqu’un ?
c’est qu’il est indispensable,
que chaque soir
au-dessus des toits
s’en embrase une, au moins,
une seule étoile.

N’applaudissez pas. Je ne mérite que d’aller me pendre, puisque je la connais par cœur !

Antoine Solmer

 

 

 

 

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4 réponses sur “QUAND LA BÊTISE S’AJOUTE À LA HAINE”

    1. Effectivement, cette poésie nous plonge dans l’univers de Maïakovski qui l’écrivit à 18 ans. Pas mal, n’est-ce pas ? De nombreux enfants russes l’apprennent et la récitent sur Internet. De même que Borodino, le non moins célèbre poème de Lermontov.
      En tout cas, je suis content d’avoir ouvert une belle porte vers la poésie russe, et que des invités veuillent en franchir le seuil.

      A. S.

  1. Superbe réflexion ! Non seulement elle est superbe, mais, outre son humour, elle est canonique ! (Comme on dit en mathématiques.)
    Merci, Antoine, pour le petit poème de la fin ; et son phrasé vernaculaire 😌

    1. Merci Noël. On pourrait en écrire trois gros livres. Mais d’ici là, les cons viendront nous snober : « Mais je l’ai toujours dit ». Car, Audiard l’avait gravé dans le marbre : ils osent tout.

      A.S.

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