EN MÊME TEMPS : UNE INEPTIE (V) ?

Nous avons ouvert quatre fenêtres sur le monde du « en même temps », soit quatre points de vue sur le monde du temps, qui, lui, ne se laisse pas appréhender aussi facilement. Il suffit de lire la Brève histoire du temps de Hawking pour s’en convaincre. Notre but était plus spécifique, mais non moins vaste. En effet, nous aurions pu, à partir de nos quatre fenêtres, développer bien des regards complémentaires. Par exemple, s’en tenir aux globules rouges et à un seul exemple de globules blancs fera sourire un biologiste spécialisé. Ce dernier, dans un autre domaine nous opposerait : « Vous négligez les étapes de la coagulation et ses implications avec la fluidité. » Exact ! Un autre nous aurait lancé : « Et la question des membranes semi-perméables, de leurs canaux d’échange ? ». Et ainsi de suite jusqu’à passer en revue l’ensemble du corps humain. Mais nous n’avons pas devant nous les quelques siècles de connaissance à venir pour épuiser le sujet.

Je m’en tiendrai donc là, car un blog généraliste n’est pas censé s’intégrer aux lectures professionnelles d’un biologiste. Cela dit, il ne démérite en rien. Dans les variations de focale de la connaissance, les extrêmes se complètent. De plus, sans les extrêmes, la parcellisation crée, sans s’en rendre compte, l’effacement de la réalité, pour s’en tenir à un monde détaché, comme la Lune l’est pour un terrien : visible, investie de symboles, difficilement accessible, mais négligeable pour les promenades du dimanche.

Proposons donc une synthèse de nos quatre fenêtres toujours ouvertes.

LA VIE QUOTIDIENNE DE TOUT UN CHACUN

Il arrivera à bien des personnes, traitant de banalités, d’utiliser l’expression « en même temps ». Elle ne signifiera jamais un temps commun précis, mais bien un élargissement du temps à une fonction. Autrement dit, un ordre implicite, une recommandation de ne pas oublier. Exemple : « Tu vas acheter des patates ? En même temps, passe à la poste pour un carnet de timbres… et puis n’oublie pas de donner ses étrennes à la concierge ! »

L’expression « en même temps » passe alors dans le champ du banal. On la remplacera aisément par d’autres formules aussi imprécises que modulables selon l’ambiance : « Bon sang : Et dire que je suis passé devant la loge, et que j’ai oublié ! J’avais la tête ailleurs ! ». Autres exemples laissés à l’imagination ou aux formules de chacun.

Bref, ce « en même temps » du quotidien, de la recommandation utile mais non essentielle, des actions indépendantes ou artificiellement associées, n’est qu’un passe-partout du langage, une copule servant à arrondir les angles, à ne pas transformer une communication verbale tranquille en un programme informatique aussi sec qu’inhumain.

LE « EN MÊME TEMPS » MACRONIEN

Ici, tout change. Oublions les remarques précédentes de la vie banale. Explorons le champ d’utilisation de la même expression devenue « macronienne ».

Il affirme en 2017: « Je continuerai de le dire dans mes phrases et dans ma pensée, car ça signifie que l’on prend en compte des principes qui paraissaient opposés. »

Que voilà une admirable synthèse, pétrie de brouillard et de verbiage. Car, si un responsable, quel que soit son métier, son niveau hiérarchique, n’était pas capable de se déterminer en fonction de principes opposés, il ne serait alors qu’un esclave attendant l’ordre du maître, ou un pleutre nécessitant la menace pour passer à l’action, ou une machine-outil attendant qu’arrive le courant pour ne pas rester à son état de ferraille.

En pratique, embaucheriez-vous un balayeur qui ne sache pas utiliser en temps opportun et en situation adéquate, tantôt le balai, tantôt le jet d’eau ? Ma réponse est claire : non !

Idem pour Macron ! Car derrière sa phrase lui servant de programme, on devine le robot mal programmé, ou, si on préfère, l’une des failles de l’homme. C’est ce que nous allons montrer dans ce cadre du « en même temps ».

LE PRINCIPE DE RÉALITÉ : PAS DE MOUVEMENT SANS FROTTEMENT

Il faut d’abord comprendre qu’aucun mouvement ne se conçoit, ne commence, ne se poursuit sans s’opposer à une force de frottement. Vous ne le croyez pas ? Tentez un premier pas sur la glace bien lisse, pieds chaussés d’une semelle sans frottement ! N’imaginez même pas qu’il y en ait un deuxième. Voyez-vous plutôt à quatre pattes – dans le meilleur des cas – et n’envisagez aucune autre possibilité qu’un équilibre très instable si vous n’avez prise sur une zone de frottement, si minime soit-elle !

La seule hypothèse de travail consiste à s’y trouver, muni des patins nécessaires, c’est-à-dire de lames assez coupantes pour entailler la glace, et y créer une zone de frottement nécessaire à la première poussée. Le reste dépend d’alternance de déséquilibres rattrapés et d’entailles successives.

Expérimentons le problème pour toutes les situations possibles : il n’y a pas d’avancée sans frottement, autrement dit, pas d’action sans réaction.

Toute personne tentée de chausser sa voiture de pneus lisses, sous ou sans forte pluie, ne viendra pas me contredire. Mais il faudrait être fou pour en arriver à ce point.

PAS D’ACTION SANS RÉACTION

En allant jusqu’aux avions dits à réaction, et au-delà, ce principe de mécanique élémentaire se distribue dans tous les domaines.

Il s’applique également à la vie humaine, tant dans ses pensées, que dans ses actions et affects pas de pensée, pas de d’action, pas d’affect sans frottement avec une autre pensée, une autre action, un autre affect. Bien entendu, des interférences associent ces trois domaines, puisque l’ensemble constitue la personnalité de l’un, confortée ou combattue en son être même, ou par la personnalité d’un autre.

DES FORCES ET DE VECTEURS

Pour clarifier le problème, posons-le en termes de vecteurs, lesquels nous offrent la représentation élégante d’une force, et ensuite, de forces dérivées ou complètement extérieures.

Un vecteur V (vert) représente, sous forme de flèche, une force F. Sa dimension est proportionnelle à l’intensité de la force. Il se pose en un point A où la force s’applique, et est orienté dans un plan ou un espace selon des critères précis qui ne nous intéressent pas ici.

Retenons seulement : un point d’application et une intensité de force.

Surtout, ajoutons une propriété fondamentale du vecteur V: il peut être dissocié en deux vecteurs élémentaires Ve1(bleu)  et Ve2 (vert) d’intensités et de positionnements différents, dont il est le vecteur résultant.

UN VECTEUR ET SES COMPOSANTS ÉLÉMENTAIRES
UN VECTEUR ET SES COMPOSANTS ÉLÉMENTAIRES

Sur un schéma, le vecteur résultant V sera représenté par la diagonale du parallélogramme construit sur Ve1 et Ve2 qui en sont les deux côtés.

Au passage, marquons que si chaque vecteur est le résultant de deux vecteurs Ve1 et Ve2, ces deux derniers sont aussi résultants de deux vecteurs dérivés que nous marquerons Ve11 et ve12 (donnant V1e pour résultant) et Ve21 et Ve22 (donnant Ve2 comme résultant). Vous poursuivrez autant de fois que l’envie vous porte.

Pour un résultat purement mathématique vous parviendrez à un calcul intégral.

Pour un résultat purement physique, ou appliqué à des forces humaines, vous vous contenterez d’atteindre le niveau où des forces d’intensité négligeables exigent de ne pas être prises en compte.

La suprême astuce de cette construction en vecteurs est que tout vecteur résultant V, peut être considéré comme « l’ancêtre » de niveau immédiat de ses vecteurs élémentaires Ve1 et Ve2. Mais il peut également, en être considéré comme le « descendant ».

Une fois cette simple mise en situation bien assimilée, on comprend qu’elle annihile toute référence à un « en même temps » qui poserait que l’ancêtre et le descendant sont la même personne.

                                                                                                   (À SUIVRE)

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