LA VÉRITÉ SUR L’AFFAIRE MARION MARÉCHAL PAR DIANE OUVRY / 3

CHAPITRE 3 BATAILLE DES EUROPÉENNES MARION MET SON PLAN À EXÉCUTION

C’est au cours de la campagne des élections européennes que le piège deviendra évident, et qu’il tentera de se refermer.

Marion et sa future équipe passeront l’année 2023 à harceler Éric Zemmour pour qu’elle soit nommée très rapidement tête de liste. Elle leur force la main en proposant sa candidature sur les plateaux, sans concertation. Elle se lance même dans un chantage avec un ultimatum en mai 2023 : « C’est maintenant, ou je n’irai pas ».

Guillaume Peltier et Philippe Vardon jouent les intermédiaires. Ils tentent de convaincre Éric Zemmour. Il accepte de donner sa chance à Marion et la désignera en septembre.

À peine désignée, Marion Maréchal crée sa propre équipe parallèle. Elle refusera tout au long des Européennes de collaborer avec les équipes du parti. Dès le début, Samuel Lafont, directeur de la stratégie numérique, qui est de la poignée des fondateurs de Reconquête, propose son aide. Il est repoussé avec mépris : Marion lui explique qu’il est « remplaçable ». Elle lui reprochera quand même de ne pas envoyer assez de mails d’elle, et vous êtes les premiers témoins de l’inanité de ce reproche, vous qui avez reçu plusieurs mails de Marion par jour pendant des mois. Il en sera de même avec toutes les chevilles ouvrières du parti, qui ont fait la campagne présidentielle, qui se sont démenées pour faire vivre et grandir le parti depuis deux ans et se réjouissaient de repartir en campagne, plus forts de toutes ces expériences acquises et des habitudes de travail prises tous ensemble. Quelle ne fut pas leur frustration de constater que la tête de liste ne voulait pas de leurs services. Ils ont vu débarquer cette armée mexicaine : l’équipe de Marion qui ne voulait pas avoir affaire à eux.

Car c’est le comble de l’absurdité : après les avoir évincés de la campagne, Marion jouera à accuser dans la presse les équipes de Reconquête de ne pas assez faire sa campagne, elle qui venait d’embaucher une vingtaine de collaborateurs pour les remplacer (équipe totalement surdimensionnée pour une campagne à 5% dans les sondages !). En comparaison, il faut savoir que le cabinet d’Éric Zemmour comprend en tout 6 personnes, qui travaillent en plus pour l’ensemble de Reconquête.

Les revendications de Marion ne s’arrêtent pas là. Elle exige de louer un nouveau QG de campagne. La raison ? Elle estime que dans le QG historique, « le bureau d’Éric est plus grand que le sien » et que « ce n’est pas normal pour une tête de liste ». Résultat ? Reconquête prend un nouveau QG, mais Marion et ses équipes n’y seront jamais. Ce seront les équipes de Reconquête qui feront l’emménagement seuls et qui l’occuperont. Marion et ses proches se réuniront le plus souvent dans un troisième QG (!), dans leur immeuble commun à Boulogne.

Marion exige encore que son proche et témoin de mariage, Philippe Vardon, soit propulsé directeur de campagne. Vous ne le connaissez pas, mais Philippe Vardon est un ancien du RN qui avait demandé à être embauché par Reconquête au moment des législatives de 2022. Il avait fait passer son ralliement à Reconquête pour un choix de convictions, lui aussi. Nous découvrirons bien plus tard qu’il avait supplié le RN de lui donner une investiture aux législatives de 2022 à Nice et que le RN la lui avait refusée. Plein de ressentiment à l’égard de son ancien parti, il créera un compte Twitter anonyme, « RN Confidentiel », pour s’attaquer à eux, en inventant souvent des dossiers de toutes pièces. Mais en secret et derrière un ordinateur. Car n’oublions pas que le plan était de ne pas les critiquer publiquement, dans l’espoir d’y revenir avec des postes à la clé.

Nous sommes toujours en septembre 2023. Marion vient d’être désignée et elle demande à un autre de ses proches, Philippe Schleiter de s’emparer de l’animation des fédérations pour le temps de la campagne. Lui non plus, vous ne le connaissez pas. Il s’agit d’un ancien soutien de Bruno Mégret (l’ancien numéro 2 du FN qui avait tenté un putsch contre Jean-Marie Le Pen). Cet homme, Philippe Schleiter, que Reconquête avait refusé de jeter en pâture lorsque la presse avait fait des révélations sur lui. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne connait pas le sens du mot « reconnaissance ». Il se révélera d’abord colérique et méprisant auprès des cadres de Reconquête, qu’il tentera sans cesse de culpabiliser comme s’ils ne travaillaient pas déjà assez, en expliquant qu’il était, comme eux, un bénévole. On lira plus tard dans la presse que son revenu atteignait… 19 800 € en un mois ! Un « bénévole » qui facturait en réalité – et c’est écrit noir sur blanc dans son contrat – 1850 euros HT la journée de travail… Comme si Reconquête était une entreprise du CAC40 ! Il faut savoir que jamais Reconquête n’a accordé même la moitié (!) d’un tel revenu à quiconque.

Il faut savoir également que ce n’est pas Reconquête qui a laissé faire de telles aberrations. Une campagne électorale dispose de sa propre association de financement, c’est-à-dire d’une structure créée exprès pour le temps de la campagne et chargée de récolter des fonds et de payer les dépenses. Cette structure est juridiquement distincte du parti Reconquête. Or, il se trouve que dès le départ, Marion Maréchal a exigé que le Trésorier du parti, le préfet Gilbert Payet, soit exclu de l’association de financement pour y placer uniquement son cercle de proches. Par conséquent, Reconquête n’avait juridiquement aucun mot à dire sur les dépenses engagées par Marion, ni sur les niveaux de salaires que son entourage s’accordait, ni sur aucune des autres dépenses. Tout cela nous a été caché. En revanche, Reconquête était bel et bien partie prenante aux recettes ! Ah, ça, oui ! Marion n’a jamais entrepris de véritable levée de fonds malgré nos demandes de s’impliquer pour participer au financement. C’est le parti qui a versé 4,4 millions d’euros à cette association de financement, qui les a donc utilisés comme bon lui semblait.

Il est particulièrement douloureux aujourd’hui pour nos fidèles soutiens et nos donateurs de découvrir ce que cette équipe a décidé d’en faire. Il est encore plus cruel d’écouter les mensonges d’une Marion Maréchal à l’antenne, qui déclare que « Reconquête lui bloquait de l’argent pour qu’elle critique le RN ». Quand on apprend, dans la presse (et tout cela sera vérifiable, car les comptes seront de toutes façons bientôt publiés par la Commission des comptes de campagne) que ses proches ont empoché 500 000 euros sur six petits mois de campagne, on se demande comment elle peut oser aborder ce sujet et professer un si gros mensonge avec autant d’aplomb.

Revenons au lancement de campagne. Nous sommes en septembre 2023 et Marion vient d’être nommée tête de liste. Elle recrute ses proches et les grandes manœuvres commencent. Dès l’université d’été, alors qu’Éric Zemmour vient d’accorder sa confiance à sa tête de liste, Philippe Vardon et Philippe Schleiter, les deux proches de Marion dont nous venons de vous parler, se lancent. Ils commencent par entamer le dialogue avec une poignée de cadres de Reconquête pour sonder : ils veulent savoir pour qui voteraient les cadres, entre Éric Zemmour et Marion Maréchal s’ils arrivaient à organiser un vote sur l’élection du Président de Reconquête. Thibaut Monnier, proche de Marion qui a depuis rallié le RN pour devenir député, va voir certains des responsables départementaux et affirme qu’il reprendra bientôt la main sur l’organisation du parti, pour Marion. Le même Thibaut Monnier tentera de voler un fichier de soutiens de Reconquête au profit de l’ISSEP, 24 à la fin du mois de mars 2024. Heureusement, grâce à la vigilance de nos soutiens, il sera arrêté dans cette entreprise. Il admettra l’action mais il plaidera l’erreur. Et Marion Maréchal le défendra en personne…

Pour avancer leurs pions, ils avouent désormais leur but à un cercle de plus en plus grand : mettre la main sur le parti au lendemain des Européennes, ou, s’ils n’y parviennent pas, tenter d’en créer un nouveau, où ils essaieront d’attirer les militants et les cadres de Reconquête. L’équipe de Marion commence discrètement à penser à un nom : La France Fière.

Jean Moucheboeuf, le numéro 2 de Philippe Vardon est très clair devant les militants des Alpes-Maritimes lors d’une réunion de mars 2024 : « Marion doit prendre la tête de Reconquête, et si elle n’arrive pas à virer Zemmour, alors elle doit créer son propre micro-parti ». Cela fait déjà des mois que Philippe Vardon s’agite dans ce sens. Il le dit : il faut habituer le parti à travailler pour Marion. Les affiches ne doivent plus montrer Éric Zemmour. Marion doit être seule. Les militants doivent s’habituer à coller Marion, tracter Marion, scander Marion : elle doit devenir leur cheffe naturelle. Le slogan de la campagne est tout trouvé : « Votez Marion ! La France fière ». Les mentions à Reconquête s’effacent. Marion Maréchal ne citera plus le nom d’Éric Zemmour une seule fois de la campagne, dans aucun de ses plateaux télévisés, quand Éric Zemmour passera la campagne à faire le tour de France, aux côtés des Français, pour leur dire « votez Marion ! ».

Plus tard dans la campagne, Philippe Vardon ira jusqu’à choisir seul le bulletin de vote qui sera présent dans tous les bureaux de vote de France : une photo de Marion, seule. Un slogan « Votez Marion, La France Fière ». Et un bandeau, tout en bas : « liste soutenue par Reconquête ». Soutenue ! Comme Glucksman : « liste Place publique soutenue par le PS ». Alors qu’il s’agissait bien de la liste de Reconquête. Pas d’une liste soutenue par Reconquête… Il ira jusqu’à refuser de mettre une photo d’Éric Zemmour aux côtés de Marion sur le bulletin, alors que même Jordan Bardella a eu l’humilité de poser aux côtés de Marine Le Pen. Mais un plan est un plan ! Et il faut populariser à la fois Marion et le nom « La France fière », au cas où Marion n’arrivait pas à prendre Reconquête et devait se résoudre à créer sa boutique.

Les équipes de Reconquête découvrent l’ampleur de la machination. Il est trop tard pour faire marche arrière. Marion est tête de liste, les militants apprennent à lui faire confiance. Comment leur expliquer ? Comment tout raconter sans saborder la campagne de Reconquête ?

À partir du mois de mars 2024, la presse parlera de « dissensions stratégiques chez Reconquête ». Mais les journalistes sont encore très loin du compte. Il ne s’agissait pas de dissensions. C’était bien plus profond. Il s’agissait d’un putsch, prémédité, de longue date par pur opportunisme politicien. D’un plan en passe d’être exécuté.

Et les équipes Marion dénigrent habilement Reconquête dans les médias. Ils savent s’y prendre pour cela. Ils ont gardé des vieux réflexes du temps où ils étaient au RN et attaquaient sans cesse Marine Le Pen dans la presse. Philippe Vardon et un autre proche de Marion, Antoine Mellies, développent auprès des journalistes la fable d’une Marion victime des méfaits de « l’équipe Zemmour », exactement comme ils disaient que Marion était victime des « méfaits » de Marine Le Pen et Florian Philippot quand elle était au FN. La victimisation permettra pour un temps de camoufler la réalité de leurs objectifs. Ils fomentent un papier dans le journal Le Point, pour se plaindre du fait qu’Éric Zemmour prendrait « trop de temps de parole à la tête de liste ». Qu’à cela ne tienne, Éric lui laissera tout le temps de parole si on estime qu’il n’a rien à apporter à la campagne. Nous faisons le calcul en comptabilisant simplement le temps des vidéos de l’un et de l’autre. Il se trouve qu’Éric Zemmour a parlé pour environ 2 heures au cours de la campagne, quand Marion a utilisé plus de 14 heures de temps de parole ! Quand Éric Zemmour est invité sur les chaînes, le plus souvent, il demande aux journalistes de prendre Marion à sa place. Quelques fois, ils acceptent. D’autres, ils disent que c’est Zemmour qui fait les records d’audience et qu’ils préfèrent patienter pour l’avoir. Cela exaspère Marion au plus haut point, et en mars 2024, elle va jusqu’à appeler elle-même les chaînes pour récupérer les émission d’Éric. J’en ai été la première témoin, étant responsable de la presse pour Reconquête. Puis, n’ayant plus de matière à accuser Éric d’occuper les plateaux, Marion aura l’idée d’accuser Sarah Knafo de prendre du temps de parole, alors que Sarah a fait à peine cinq émissions en tout pendant la campagne des européennes.

Il se trouve aussi que c’est aussi Sarah Knafo qui a eu l’idée des deux débats de Marion Maréchal, contre Mathilde Panot et contre Valérie Hayer, que c’est elle qui a appelé les chaînes pour les leur proposer et pour les organiser ! On a connu pire, comme vol du temps de parole. Bien sûr, cela ne lui vaudra pas un « merci » pour ces deux temps forts de campagne de la part de Marion. D’ailleurs, lorsque Sarah Knafo se lancera, à la demande de Marion, le 28 avril 2024 dans la campagne des européennes, Marion ne daignera pas lui accorder le rendez- vous que Sarah proposait pour mieux coordonner la fin de campagne. Marion ne se fendra pas d’un seul message de remerciement pour le soutien à sa liste, ou de félicitations alors que tout le parti et y compris des personnalités extérieures venues de toute la droite féliciteront Sarah pour son premier passage TV chez Benjamin Duhamel.

Bref, Éric Zemmour fait campagne auprès des Français, il laisse à Marion les plateaux et appelle à voter pour elle sur tous les marchés et dans toutes les foires aux quatre coins de la France. Mais cela ne suffit pas. L’équipe de Marion appelle le Canard enchaîné en pleine campagne, le 6 avril 2024, pour fomenter un énième papier contre Reconquête. Au lieu de marcher dans la combine, le Canard enchaîné la révèle en écrivant « les équipes Marion ont encore tenté d’accuser Zemmour ! » : c’est l’arroseur arrosé.

Du mois de mars jusqu’à la fin de campagne, Marion s’emploie à couper les ponts entre son équipe et Reconquête. Elle annule tous les bureaux de campagne. Elle ne vient plus aux réunions. Elle ne siège pas en commission d’investiture. Elle refuse de répondre à Éric Zemmour au téléphone pendant des semaines. Elle ne répond pas non plus à Sarah Knafo. Elle annule les meetings communs avec Éric Zemmour, elle refuse formellement tout déplacement commun. A la fin de la campagne, en juin 2024, le QG de campagne est plus vide que jamais.