
Que la justice est amusante ! Notre beau président a senti le besoin de déposer plainte (n’inversez surtout pas les termes) contre un certain M-A Flori, qui l’a caricaturé en Hitler d’opérette. Mais il n’y a pas offense. Non, puisque le délit d’offense au chef de l’État est supprimé depuis 2013, suite à l’affaire du « casse-toi, pov con » retourné sous forme de pancarte à l’envoyeur présidentiel de l’époque, qui, depuis, essaye d’éviter de se faire karchériser par les tribunaux.
Mais y a-t-il injure publique ? Cela est une autre question, et si oui, envers qui ?
Envers M. Macron ?
Comme l’écrit l’afficheur : « En macronie, on peut se moquer du cul du prophète, c’est de la satire, mais grimer le président en dictateur, c’est un blasphème ». Pas mal vu, il faut bien le dire !
Sinon, que voici une arrivée brutale vers le célèbre point Godwin, ici sous-entendu ! Vous savez, ce point dérivé de la loi remontant aux années 1990 : « Plus une discussion en ligne dure, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les Nazis ou Hitler s’approche de 1. »
Il est bizarre qu’on ait oublié le précurseur de cette judicieuse remarque, le philosophe Léo Strauss, qui, 40 ans plus tôt, avait rendu célèbre l’expression reductio ad hitlerum : argument disqualifiant l’adversaire par une assimilation au triste personnage.
Mais pourquoi ad hitlerum ? Ad Stalinem, Ad Attilam, ad Gengis Khanem, ad Draculam ou d’autres personnages auraient tout aussi bien fait l’affaire. Ce n’est qu’une question de culture, de modes de moustaches et de tenue de parade. Tout ces gens-là nous ont vaccinés contre toute envie de les revoir.
Mais l’injure, si injure il y a, contre qui était-elle dirigée ? Et si c’était contre… le monsieur sous-entendu ? Il n’est pas impossible que le président de la République ait voulu éviter tout incident diplomatique avec un chef d’État étranger en visite publicitaire, placardé contre son gré, dans notre beau pays démocratique.
Après tout, si honni et honnissable soit le modèle moustachu, il n’en reste pas moins un prédécesseur de Mme Merkel, laquelle est le grand amour de notre président. De la haute politique et des grands sentiments, il ne faut pas se moquer. Donc, brisons là ! Revenons sur terre, et posons d’importantes questions.
Par exemple, quelle loi s’appliquerait contre un quidam à qui viendrait l’idée d’arborer une moustache à faire pâlir le sus nommé Adolf ? Et cette veste à pochettes pectorales, ornée de boutons cuivrés n’est-elle pas seyante ? J’aime bien cette couleur sable Mais un bleu profond ferait plus distingué. Par contre, j’avoue ne pas apprécier le gros ceinturon et son complément pectoral. C’est mon droit. Enfin, j’imagine, car, par les temps qui courent…. Quant à la cravate, étriquée, ri-di-cule, vous dis-je !
À bien y réfléchir, je crois savoir ce qui a fait craquer M. Macron. C’est, tout simplement qu’on ne voit pas ses yeux sur cette photo. Ah ! Ces beaux yeux clairs qui font chavirer les foules, ces yeux profonds qui disent oui, qui disent non, qui ne disent ni oui ni non, qui condescendent à s’abaisser vers les irresponsables, les égoïstes, les non-vaccinés. Honte à eux !
Moi, si j’étais président – peut-être en 2022… – je ne leur parlerais même pas à ces Gaulois réfractaires au changement, ces fainéants, ces cyniques, ces extrêmes, qui détestent les réformes, et qui « feraient mieux de ne pas foutre le bordel. » On leur serrera la vis à ces empêcheurs de macroner en rond. C’est moi qui vous le dis.
Cependant, reconnaissons-le, il « aime ces tribus gauloises » qui « dans les moments graves, savent se transformer en profondeur, parce que le défi est plus grand » que le pays. Peut-être lui sera-t-il beaucoup pardonné ?
Et finalement, quel est le vrai message porté par cette affiche ? On l’oublie, et pourtant il saute aux yeux : « Obéis, fais-toi vacciner ».
N’est-ce pas ce que susurre le président ? Il devrait être content. Enfin, quelqu’un qui affiche en 4×3 son soutien indéfectible ! Ce n’est pas si fréquent, sauf chez les godillots de service.
Oh ! Une horrible idée me vient : se faire vacciner d’accord Mais contre quoi ? Contre qui ?
Hic jacet lepus. Ici gît le lièvre, disaient nos ancêtres gallo-romanisés. On n’est pas sorti de l’auberge.
Il faut vraiment porter plainte contre ce monsieur Flori, Michel Ange de son prénom. Plainte pour injure artistique, et dégradation de renommée.
Mais porter plainte contre un petit Michel Ange, c’est se prendre pour le pape Jules II s’emportant contre le grand Michel-Ange, quand il préparait son tombeau.
Parfois l’histoire sourit. Parfois elle ricane.

