CIVILISATION ET CULTURE / 1

DAS-UNBEHAGEN-IN-DER-KULTUR.
DAS-UNBEHAGEN-IN-DER-KULTUR.

RN POUR RESTRICTION NATIONALE

Dans les suites de la tuerie de Crépol, des mots étonnants ont été prononcés : ensauvagement, décivilisation. Contrairement à Éric Zemmour, Jordan Bardella a insisté pour ne pas opposer deux civilisations. Il a même nié l’appartenance de certains du groupe des agresseurs à une civilisation étrangère. Ce faisant, il a laissé échapper plusieurs aspects de son personnage. Le premier est qu’il me semble s’être raidi dans une posture sous-Marine. Il fut un temps, très court à vrai dire, où il semblait avoir un peu plus d’envergure politique que sa patronne. Je veux dire qu’il semblait être moins bloquant qu’elle envers les autres partis dits de droite, Reconquête en particulier. Il semblait… avec toutes les méconnaissances de la cuisine interne de ce parti. En tout cas, le minet est rentré dans son panier. Il ne sortira plus ses griffes que sur commande. Neutralisé ? Peu importe. Sa patronne, elle ne m’a pas déçu. Fidèle à sa ligne non droite, à ses zigzags, et à sa cuisine maison, positionnement ni-ni sans pinson, plutôt moi-moi, quoi qu’il en coûte, quoi que j’en croûte. Dommage pour la France. Il est assez parlant qu’elle ait cessé de faire front, et valorisé le terme rassemblement. Pickpocket eût été plus clair. Un parti vieux d’une quarantaine d’années, ça rapporte. La mère-chat sait attraper les souris.

CIVILISATION ET CULTURE

Tout cela pour nous amener vers quelques chose qui dépasse le RN : le mot civilisation. Qu’est une civilisation ? La terme semble d’autant plus ambigu qu’il fut longtemps synonyme de culture. Alors, nous voici ramenés à : « qu’est une culture ». J’ai écrit synonyme, pour relayer des textes un peu anciens et pour, volontairement, mal poser le problème sous-jacent.

En effet, il faut partir d’une idée qui fait fonction d’outil : il n’existe pas de synonyme au sens propre. Cette appellation existe pour trois raisons. La première est que nous manquons de mots, bien que notre langue française en compte entre trois et cinq cent mille… pseudo-synonymes compris. La deuxième est que ces pseudo-synonymes sont cependant assez proches pour que l’on puisse grosso modo les utiliser indifféremment. La troisième est que des spécialistes se disputent pour défendre leur pré carré, quand ils s’y intéressent. Et la quatrième est que la décadence accélérée de la connaissance du français par les Français (de souche bien pourrissante) noie la question… en même temps que leurs chances de survie se raréfient de façon inversement proportionnelle à l’avancée des « chances-pour-la-France ».

Un exemple parmi les centaines de milliers de possibilités de braiments que notre langue offre aux ânes : le mot expertise qui envahit tous les discours et autres fréquentations de grand chemin (traduction adaptée de mainstream) ou même de nos chemins. Expertise est mis « à toutes les sauces ». Tantôt pour remplacer expérience, tantôt pour expérimentation, et finalement, quasiment jamais pour la véritable expertise qui est le travail demandé à un expert. Enterrement de la langue française par des cuistres qui parlent globish d’où ils ont extrait le mot expertise, l’accent en moins. Je ne continue pas sur cette piste. Je reviens à la civilisation et à la culture où il existe un profond malaise.

MALAISE DANS…

En 1929, Freud écrit Das Unbehagen in der Kultur qui est traduit en français par Malaise dans la civilisation. Ce n’est pas une inversion dommageable au sens profond, cependant, dans son texte, Freud utilise les deux mots en les associant de façon contradictoire (sur le plan psychanalytique). Kultur est associé à notre culture (celle par laquelle l’homme se cultive, est son propre « jardinier », et parcourt son « jardin »). Plus largement, l’équivalent de notre civilisation est Kulturkreis, étymologiquement : le circuit, l’orbite de la culture. Cela change tout de même quelque chose. Par exemple : « Du côté de la culture, la tendance à la restriction de la vie sexuelle n’est pas moins marquée que l’autre à l’expansion du cercle culturel[1]. »

Si j’osais – et pourquoi pas ! – je poserais la Kultur freudienne dans le cadre de l’Éden, et son Kulturkreis (masculin en allemand) dans le cadre du couple primordial après la chute. Je ne développe pas ce thème ici pour ne pas diverger vers une autre discussion.

Autrement dit, Freud oppose radicalement culture et civilisation pris au sens large. Plus exactement il constate que les deux orbites de ces concepts, mis en pratique, tournent aux conflits entre l’homme et ses pulsions culturelles d’une part et le monde qu’il souhaite construire ou doit subir. La culture, en ce sens, est proche de la nature exprimée entre l’homme et son objet d’amour, les deux se disputant la prééminence pour construire la civilisation : un cercle dans lequel ils sont inscrits.

Que l’on s’intéresse ou non à la psychanalyse, nous devons séparer les mots culture et civilisation pour mieux cerner leurs interrelations, harmonieuses ou non.

ABRAHAM MASLOW ET SA PYRAMIDE

La piste la plus sérieuse et la plus pratique, me semble-t-il, est celle de la pyramide de Maslow. Elle est aussi appelée pyramide des besoins de Maslow, selon ses cinq niveaux fondamentaux à réaliser selon en schéma évolutif partant de la survie élémentaire jusqu’à l’estime de soi. . Un schéma simple nous les décrit.

PYRAMIDE-DE-MASLOW-A-CINQ-NIVEAUX.
PYRAMIDE-DE-MASLOW-A-CINQ-NIVEAUX.

Naturellement, cette systématisation a suscité bien des critiques… surtout de la part de personnes qui n’y avaient jamais pensé et qui voulaient tirer la couverture à elles. Disons-le simplement : la Gauche n’aime pas la pyramide de Maslow. Trop capitalistique, ne tenant pas compte des exclus, etc.

Je reviens à cette pyramide que je traduis en mots simples : survivre, vivre, se grouper, se regarder dans la glace, s’élever.

On comprend alors que la principale adjonction intellectuelle à faire à la pyramide à cinq niveaux de Maslow  est celle de la variabilité de la vie humaine, des ses propres possibilités, de la possibilité de changements profonds, etc. Bref, la vie. Maslow a choisi un axe, celui de la réalisation des besoins. Bien de ses contradicteurs ont oublié – ou voulu oublier – que ces cinq étapes représentaient le mode d’emploi vital le plus concis qu’Abraham Maslow, professeur de psychologie juif, pouvait délivrer en 1940, indépendamment de sa propre personnalité. Si l’on réfléchit bien en fonction de cette réalité, on comprendra combien ses détracteurs paraissent petits.

D’ailleurs, Maslow rejoint Freud : « C’est comme si Freud nous avait dévoilé la moitié pathologique de la psychologie and que nous devions la compléter avec la moitié saine. [2]» Je passe ici sur les divergences entre Maslow et Freud, pour revenir au thème fondamental de mon article, qui nécessite une ampliation du modèle à cinq niveau vers un modèle à huit niveaux permettant une actualisation du soi (concept or self-actualizing people).

Le cinquième étage est alors surmonté de trois autres menant au besoin cognitif, au besoin artistique, et au besoin transcendantal. Cette nouvelle triade correspond à l’accomplissement de soi par dépassement. Stricto sensu, c’est à ces nouveaux étages que se place une définition pratique de la civilisation, les précédents étant ceux de la culture.

Antoine Solmer

À suivre

[1] Von Seiten der Kultur ist die Tendenz zur Einschränkung des Sexuallebens nicht minder deutlich als die andere zur Ausdehnung des Kulturkreises. Chapitre IV. Traduction personnelle.

[2] Toward a psychology of being, 1968