VACANCES N° 5 : UN AUTRE MONDE

ET LEURS PENSÉES SERONT DES TRUITES
ET LEURS PENSÉES SERONT DES TRUITES

Vacances n°5 : un autre monde…

 Le ras-le-bol omniprésent devant les cataractes de mensonges, de contre-vérités et de mauvaises décisions que rien ne justifie ni n’excuse donne envie de sortir de tous les carcans inutiles et liberticides qui sont notre seul espoir désespérant pour demain… L’évasion vers des domaines plus ouverts et plus profonds devient “un must”.  Je vous propose un petit voyage en des temps “que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître”, dans un monde qui était tellement plus digne d’être aimé que le cloaque que nous avons laissé construire (ou plutôt : détruire) à sa place…

Il m’est récemment revenu en mémoire cette phrase, tirée du Livre de Job (donc écrite vers le Ve siècle av J.C.) : “Tout ce qui était grand et beau a disparu. À quoi bon vivre encore”. Comme tout ce qui me ramène à mon enfance, cette évocation m’a replongé parmi les merveilleux maîtres auxquels je dois tant (il paraît que c’est normal, “à cet âge-là” !). Celui-là était un bon père franciscain, le RP Colombier qui, précédé d’une barbe grise de 25 ou 30 centimètres, se donnait bien du mal pour nous expliquer que ce livre de Job, qui est un des Livres du Tanakh de l’Ancien Testament, cherchait à réconcilier la cohabitation de Dieu et du mal dans le monde (ce que Leibniz avait baptisé “théodicée”). C’est, disait-il, une invitation à la droiture et à la méfiance d’une religion “puritaine”. Moi, j’en avais retenu que, pour que Job regrette ce qui était “avant”… qu’est-ce que ça devait être bien… “avant’’ !

Quelque 75 ou 80 ans plus tard, ma re-lecture de ces lignes a plutôt à voir avec l’impression morose mais irrésistible que “le désenchantement du monde” (le mot est de Max Weber), qui est une constante de l’humanité, chacun regrettant surtout sa propre jeunesse, n’a jamais paru aussi lourd qu’en ce temps où la science vacille dans ses fausses certitudes, où la mort – que nous nous disions avoir maîtrisée, comme la vie, pauvres fous que nous sommes – revient en longues listes ânonnées à la télé par des incapables, inconscients et laids, qui font croire qu’ils savent de quoi ils parlent : nos “scientifiques”, arc-boutés sur leurs certitudes envolées, camouflent leur grande ignorance sous des affirmations péremptoires démontrées fausses l’une après l’autre. Jamais, je pense, la “panne de sens” n’a été si violente et si justifiée, depuis, pratiquement, la fin de la deuxième guerre mondiale…

Et pourtant, personne ne se demande à quel moment nous sommes sortis des bons chemins, où nous avons commencé à sérieusement “déconner”, et pourquoi nous avons perdu à la fois le nord, le sud, l’est et l’ouest, “en même temps” que tout bon sens et toute faculté de nous remettre réellement en question… Nous n’avons plus que des certitudes, indéfendables et que rien ne vient confirmer… C’est une pathologie typique de la crise nerveuse qui ébranle la France entière autour des vaccins, et le nouveau ‘’iso-Credo’’ de l’espèce de caricature de l’anti-religion pandémique à la mode : “Donnez-nous aujourd’hui notre vaccin quotidien”

En l’absence de toute compétence en moi, j’ai été chercher chez Marcel Gauchet l’idée que nous sommes désormais voués à vivre à nu, sans plus de protections, et donc dans l’angoisse… ce qui nous avait été épargné, par la grâce des dieux pendant longtemps, puis par la grâce de Dieu lorsque l’aventure humaine a enfin pris un sens jamais atteint ni même imaginé… Car en vérité, qu’applaudissaient donc, chaque soir, les Français, les Italiens, les Espagnols, et d’autres, pendant les heures noires de l’inutile confinement de 2020, sinon toutes les valeurs du “monde d’avant” : gratuité, solidarité, entraide, dévouement, don de soi, croyance en un “bien commun” et au primat de la vertu altruiste sur le calcul économique égoïste et desséchant, et le sentiment invincible d’appartenir à une communauté, à une Nation, à la Nation française (NDLR : et comme nous devrions avoir honte de les remercier si mal, en les contraignant à des injections dont ils ne veulent pas !).

Lire et relire ce verset du livre de Job m’a entraîné dans une exploration de ce monde nouveau qui nous ronge et dont Emmanuel Macron se veut le chantre (le chantre du chancre, si on me pardonne cet affreux jeu de gros mots). Les gens de ma génération se souviennent parfaitement de la fin des années dites “glorieuses”, de 1945 à 1975, qui ont rendu vivable et amical un après-guerre que tout annonçait noir et sans espoir. Et pourtant, c’est dès 1962 que les premiers craquements auraient dû être perceptibles. Mais personne n’était prêt à entendre les Cassandres que l’on n’écoutait pas, mes maîtres aux Hautes Études en 1959, Jean Fourastié, Pierre Chenu ou Raymond Aron : le temps était à la recherche du bonheur, et on allait certainement finir par le trouver, c’était sûr, dans le progrès… ou grâce à lui.

Pourtant, les coups de semonce ne manquaient pas, dès 1962, avec la dérive “gauchière” du Concile Vatican II et avec la fin de la décolonisation (intempestive et si mal conduite), puis avec la crise de folie de 1968 qui a marqué le début de notre décadence et dont les ravages sont durables : la folie, qui est sortie des asiles à ce moment-là, n’y est jamais retournée. L’économie, qui obéit à ses propres lois (pas toujours propres), a pu faire illusion et a repoussé la date officielle de l’effondrement à 1975 – mais le moteur était fêlé à partir du moment où Rome elle-même a déclaré que la Messe, jusque-là intangible et qui était un véritable “étalon’’ de et pour l’éternité, pouvait – et même devait – être remise en question : plus aucune autorité n’allait pouvoir subsister. État, patrie, famille, école, police, morale… tout s’est effondré, jusqu’à la grande casse de mai 1968. Peu de gens ont vu cette dérive !

J’étais, à l’époque, aux USA, visiting professor  dans 11 des plus prestigieuses universités, et à mon retour, le chœur des vierges effarouchées (et suivistes) –ce sont les mêmes, mutatis mutandis, que celles que l’on voit sur nos petits écrans, s’extasiant à longueur de séance d’injection – se sont répandues en explications complaisantes (et mensongères, déjà. Mais on fait tellement mieux, aujourd’hui !) sur les raisons pour lesquelles les jeunes ou les islamo-gauchistes, uniquement parce qu’ils n’ont pas la moindre idée de ce dont ils parlent, devraient être écoutés et compris (contre toute sagesse), etc… etc… (on connaît la rengaine : c’est celle que nos inutiles “idiots utiles” nous ressortent chaque soir, à chaque “JT”, sur les chaînes publiques ! On pourrait presque dire que pas un mot n’a changé !).

Je n’ai le souvenir que d’une seule voix discordante, alors : mon cher et regretté ami l’Abbé Jean Vieillard, polytechnicien et prêtre (“Il vaut mieux consacrer à Dieu une cathédrale qu’une baraque en planches !”, me disait-il pour expliquer ce trajet), fondateur et directeur de l’ISEP (Institut supérieur d’Electronique de Paris, où j’ai enseigné pendant plus de dix ans), le tout premier et longtemps le seul de sa catégorie, m’avait dessiné le tableau apocalyptique des conséquences, à termes variables, du psychodrame qui venait de foutre par terre toute la société française… et toute possibilité de vrai bonheur pour l’Humanité à venir… Il avait raison.

Pour se dégriser (?) de ces deux énormes traumatismes, on a foncé vers et dans “le changement”, réputé progressiste (ce qu’il est, de fait… mais dans le pire sens de ce mot si trompeur) en nous réfugiant vers un modernisme que nous avons alors assimilé à un pas en avant, mais c’était vers le néant et vers notre malheur : les autoroutes, les ZAD et les ZUP, le TGV – donc la fin des “petites lignes’’– les grands ensembles, le début de la fin de la paysannerie, l’appel à la main d’œuvre bon marché ou la toute-puissance de l’administration… Bref, de tout ce en quoi Maurice Clavel voyait des péchés contre l’esprit… et tout ce qui a indiscutablement ravagé le paysage, la famille, la structure de la société, la place de l’Homme dans la Cité, nos façons de vivre, de parler, et pire encore, de penser ou de ne plus savoir le faire… et jusqu’à l’aspect extérieur de l’humanité : “une foule” dans les années 50 ou 60 n’avait rien qui puisse faire croire qu’une foule d’aujourd’hui serait une descendante… de ses ascendants : tout les sépare et tout les oppose.

(à suivre)

H-Cl.