MASQUÉS DÉMASQUÉS

MASCARADE
MASCARADE

Au moins, c’est fastoche, les masques tombent. J’parle pas des gugusses qui se la jouent pif à l’air, mais des fantoches de la haute qui s’font des collec’ de postillons. Même qu’y a des masques collectors. Y’en a qui disent qu’ils jouent la comédie, qu’y a pas de public, mais qu’y s’en tapent. Normal, c’est qu’ des subventions qu’y touchent. Passez muscade. C’est le tribuab’ qu’est de service. Faut l’écrire comme ça, c’est plus poli.

Car la bestiole, le Covid, j’y ai oublié l’numéro, j’sais pas trop s’il est méchant ou s’y s’fout de ma tronche, n’empêche, il fout un beau bordel (j’peux y dire, sans m’prendre pour un ministre). Un fois j’ai vu un film. Y’avais des n… des personnes de petite taille qui montaient un château de cartes. La Folie des grandeurs, ça s’appelait. Eh ben, ça s’est cassé la gueule. Faut dire, c’était couru d’avance. Ils s’étonnaient que ça tremble ! Et ils en rajoutaient, et ils en redemandaient, et même, ils menaçaient. Bref, ils osaient tout. Une petite pensée pour Audiard.

Portez vos masques, braves citoyens ! Honte à vous, les visages libres ! Attention, les keufs vont sortir la pédagogie ! Ah, mais ! V’là une grève des professeurs. Comment, les flics vont prendre notre place ! Alors on veut des flash-balls ! C’est chouette la pédagogie : t’as le choix : 135 euros ou une volée de projectiles «  à létalité réduite ». On sait plus qui parle, ni d’où, qu’y dit un d’mes potes. C’est un socialo. C’est pour ça qu’il est intelligent.

Je blague, les flics, ça va les reprendre bien vite leurs p’tites manies innocentes. Ils vont se fatiguer. Les élèves sont turbulents, dans les rues de Paris, surtout dans le VIIIe, le XVIe. Quant à ceux des « cités », faut pas les troubler. Y pourraient les découper « en quartiers ». Humour… de toutes les couleurs,  faut pas « raciser » l’image. Allez ! On s’calme. Chacun ses joujoux.

Doit bien avoir une raison pour que ça cacophone si fort. Pourtant not’ président a tout expliqué. Y discourait clair, tranquillou, réglé comme papelard à musique. pas un adjectif pour démonter l’autre, pas une contradiction, aucune tirade filandreuse, du Cicéron ressuscité, nuancé de Virgile, peut-être ? Comme c’est « Le » président, j’veux pas y manquer d’respect. Mon pote le social y l’aurait comparé à la grande-duchesse de Gérolstein : « Voici le masque, le masque, le masque, voici le masqueeeee de mon père… ».

Enfin, un sabre, ça pose. Ça pose même mieux qu’un masque. Un sabre, c’est beau, c’est fier. Un masque, ça navigue entre le groin de cochon et le mouchoir baveux. On en trouve même avec des puces. C’est vrai que c’est pas vrai, qu’il a dit le ministre, et qu’un autre il a dit que c’était pas vrai que c’était pas vrai, mais que c’étaient des puces bien dressées. Oublié Cicéron… Bof, il a fait son temps.

Enfin, moi, j’y connais rien. Alors j’ai voulu comprendre. J’ai bien écouté, j’ai bien regardé les politiques, avec leur masque de service, et là, ça m’a sauté aux yeux, leurs yeux. On voit qu’des yeux. Et ça cause les yeux, ça cause tellement fort qu’on comprend tout. Plus besoin de Cicéron ! Les beaux sentiments, les émotions à vibrures, les dignités aux fessées, les trémolos de compét’, les répliques à plaques, tout ça, ça tombe à l’eau, ça se barre en bouilles, comme dirait l’autre. Je cherche une belle image pour terminer. Ah ! Je crois qu’j’ai trouvé : final, un masque, ça démasque.

Alors, M’sieurs dames de la haute, si vous voulez qu’on fasse semblant de vous croire un peu. Foutez-le à la poubelle, vot’ masque à deux balles, remasquez-vous la façade, comme d’hab ! Qu’on voye un peu comme vous êtres grands, forts, généreux, presque humains, un peu menteurs quand même. Enfin, on essaiera d’y croire. Parce que, maintenant qu’on vous a vus masqués démasqués, ça sera duraille de vous r’trouver démasqués masqués. Y’aura comme une trace. Ça part pas au lavage.

Mon pote au gros cerveau, y dit un truc bizarre : c’est comme le masque de Schrodinger. Quand tu l’vois pas tu sais pas s’il est là et quand tu l’vois, tu sais pas où il y était.

J’connais pas ce mec, le Schrodinger. Mais la prochaine fois, j’vote pour lui. Ou alors j’vote blanc.