

Soyez heureux, héros de l’ancienne guerre, la Grande Guerre Patriotique, vous revivez au soleil de vos descendants. Si la terre vous est froide, ce jour est de chaleur, de mémoire, de respect et d’honneur. De force et d’union aussi. Telle est la Russie, la grande Russie qui sait s’unir autant et plus qu’elle a su se déliter. 9 mai, jour de la victoire, quatre-vingtième du nom. Les forces lourdes ont défilé le matin. Forte et belle parade qui fit revivre les antiquités remises à neuf. Les vieux films en noir et blanc reviennent nous visiter. Des hommes ont souffert de ces mécaniques. Certains y ont trouvé la mort, d’autres l’en ont distribuée. Le métal, qu’il soit projeté ou reçu est sans mémoire tant que l’homme ne lui a pas donné forme et destin. C’est ensuite, lors de sa vie serve, monstre manipulé par des nains, qu’il force les destins, qu’il obéit aux folies autant qu’aux rêves, qu’il se cabosse avant la grande rouille ou la récupération des ferrailleurs. Chacun vit pour servir sa fin. Humains, nous ne sommes pas seuls ! Mais nous sommes les seuls à le savoir. Le savoir vraiment, non comme le cerf chassé par le loup, non comme le bœuf à l’abattoir. Nous savons que notre fin sert à d’autres fins. Que nos enfants nous suivent. Enfin… nous l’espérons, malgré ces temps de crasse wokiste destructrice. Ils le savaient aussi, ces soldats de toutes armes et de toutes conditions qui furent jetés au feu de la folie humaine. Leurs rêves avaient d’autres couleurs, leurs drapeaux d’autres symboles, leur foi d’autres buts pour vaincre leurs peurs ancestrales et avancer vers l’avenir d’un pas qui pouvait être le dernier. Telle fut la matinée, leur matinée.
L’après-midi rayonna. Ce fut « le régiment des immortels ». À Saint-Pétersbourg, sur l’avenue Nevski, longue de près de 4 kilomètres, les familles défilent pendant des heures, portant haut les photos de leurs ancêtres emportés dans cette tornade qui fut aussi horrible que nécessaire. Combien de pertes pour détruire la bête ? Le saurons-nous jamais ? Mais ce que nous savons au fond de nous, c’est l’éternel combat contre la Bête. Héros et Héroïnes de cette monstruosité, vos enfants vous portent comme vous les avez portés. Ils avancent, toutes générations confondues. Les cheveux blancs clopinent, les poussettes dorment ou s’étonnent, les adultes sourient ou se perdent dans leurs souvenirs. En vêtements civils ou militaires, avec ou sans panoplies de médailles, porteurs de drapeaux, de rubans, de pancartes, marchent les jeunes filles armées de leurs sourires fiers, les jeunes garçons renforcés de rêves. Et le flot avance, incessant, porté par les hourrahs ! Le ruban de Saint-Georges orange à trois bandes noires fleurit aux revers quand il n’est pas décliné en longues banderoles servies par une trentaine de personnes. Il voisine avec les drapeaux rouges qui surmontent cette masse et remettent à l’honneur la faucille et le marteau. Étrange communion de chasseurs de démons, étrange marque du peuple russe. Il vit, il souffre, il survit et survivra. Je suis frappé par les ressemblances des portraits des ancêtres avec leurs descendants qui leur font traverser l’air et le temps. Oui, ces âmes revivent doublement, triplement, par familles entières, entre sourires, souvenirs prenants et ces merveilleux chants qui sont uniques au monde, que l’on ne peut entendre sans frissonner, sans se joindre aux immortels, sans s’en sentir pris, enveloppés, emportés, conquis, enrichis.
Le peuple de la grande Russie vit et vivra. Ses héros le guident. Leurs responsables aussi. Il nous donne une leçon, la meilleure de toute. Nous portons un devoir envers nos ancêtres et nos descendants. Un devoir obstiné, difficile, qui confine parfois à l’animalité qui est en nous, mais qui, finalement, sert à transcender notre humanité. Ainsi, dans cet étrange dilemme, l’humain se réconcilie avec lui-même. C’est toute sa vie.
Cette leçon, les pantins aux ficelles pourries, entortillées, âmes dégradées, aux besoins tords, ne peuvent la comprendre. Ce sont eux les morts, les vrais morts. Ils réunissent dans leur cave leurs pourritures et leurs flétrissures. Ils ne jouissent qu’en éructant leurs fantasmes, qu’en exhalant leurs haleines empuanties, dont la fétidité leur sert de signe de reconnaissance.
Oh ! Les quatre sinistres cavales apocalyptiques, boiteuses de tous vos vices, de tous vos mensonges, de toutes vos traîtrises ! Vous méritez que les peuples que vous méprisez viennent cracher sur ces tombes que sont déjà vos carcasses vermoulues sous vos chairs purulentes.
Antoine Solmer

