Après le coup de Jarnac qui a atteint Marine le Pen, les commentaires vont bon train… mais ils déraillent dans l’ensemble. Chacun se plaint que les règles de la Démocratie (DDDémocratie avec au moins trois D majuscules) aient été bafouées. En premier, celles qui imposent – en théorie – la séparation des pouvoirs, donc l’indépendance des juges qui sont censés dire la loi « au nom du peuple français ».
Que de belles phrases ! Que de foutaises ! Car s’appuyer sur un idéal inaccessible reste un leurre. Que celui-ci ne fonctionne qu’une fois, ou qu’il dure quelques décennies, ne change rien à l’affaire. Un leurre est toujours fabriqué pour attraper les pigeons. La casserole n’est jamais loin. De temps à autre, les pigeons changent de pigeonnier et se prennent pour des aigles. Jusqu’à ce que les lois de la nature reprennent le dessus, que l’oiseleur professionnel leur rogne les ailes et préparent les lentilles, en leur honneur, tout en les faisant saliver… jusqu’au repas final.
Et dire que l’on s’étonne encore que la Démocratie ne soit qu’une construction à abattre périodiquement, que le soleil se lève à l’est et se couche à l’ouest, et que le pouvoir rende fou ceux qui ne demandaient que cela et que les poissons volants ne soient qu’une exception.
Alors, ne comptez pas sur moi pour hurler avec les moutons momentanément dérangés parce qu’on les a mis dans un pré où l’herbe était grillée.
Il est dans la nature des juges de se croire les maîtres du monde. Il est dans celle des politiques qui ont joué la valse à l’envers de se retrouver cul par-dessus tête. Il est dans celle des moutons de Panurge de se noyer dans la vaste mer de la réalité.
Que la vie politique serait simple si le mensonge idéologique faisait place au réel, si la célèbre devise Liberté, Égalité, Fraternité qui suinte des délires gauchistes était remplacée par « Sécurité d’abord, interne et externe ». Voilà qui irait mieux, qui opterait pour le réel, si ce qu’on appelle « la Droite » avait une doctrine. Mais elle n’en a pas. Elle se trouve donc toujours en porte-à-faux.
Madame le Pen noie le poisson depuis des années, après avoir joué à la fille du roi Lear. Elle n’a que ce qu’elle mérite. M. Mélanchon, lui, est et reste l’homme politique le plus honnête – dans sa ligne – puisqu’il applique les théories marxistes sans le dire. Reconnaissons-lui cette qualité, même si le résultat doit aller à la catastrophe. Mais, la Démocratie… Alors, ne nous plaignons pas. La guillotine sèche du tribunal même pas révolutionnaire se remet en fonction. Mais cette fois, sans la folie sanguinaire qui convient aux grands drames. Aujourd’hui ce n’est que verbiage et perte de temps.
Allons ! Chacun a mieux à faire. Par exemple, relire « En attendant les barbares… » du poète grec Cavafy[1].
Antoine Solmer
[1] https://barbares.com/galerie-design-paris/

