ALLELUIA

Il y quelques dizaines d’années, je découvrais Leonard Cohen. Ce monde a disparu. Cohen l’écorché partageait des textes et des chansons avec Greame Allwright le vagabond. Maintenant, ces deux remueurs d’âmes sont partis. Pas vraiment, puisque leurs créations nous animent encore. « Longtemps, longtemps que les poètes ont disparu », chantait Charles Trenet. Mais il y a une sacrée différence. Certaines « chansons courent encore dans les rues », d’autres ouvrent la porte sur l’infini. Il faut espérer qu’une fois encore, elles se rejoignent. Cela aussi sera dans un autre monde, à venir, peut-être.

Aujourd’hui, mes pensées vont à Leonard Cohen, dans l’une de ses dernières apparitions. Apparition, le mot n’est pas trop fort. Cohen, près de sa fin, chantait pour compenser la disparition frauduleuse de ses gains. Peut-être aussi pour assister son fils qui, manifestement, ne le remplacera jamais (je l’ai écouté au Québec, sans envie d’aller plus loin). Surtout, il chantait pour retrouver le roi David et nous porter vers une ultime « élévation devant le Dieu du chant, avec rien de plus sur mes lèvres qu’Alleluia. » (traduction personnelle).

Ne méconnaissons pas les couplets premiers écrits au long d’une période d’amours torturées poussant au délire. Mais la dernière version est plus riche, sans rien renier, et surtout pas l’identité juive de Cohen qui reprend son chapeau pour l’affirmer. Au-delà du nom Cohen, c’est un retour aux origines. C’est cela qui est grand, c’est cela qui me le rend plus cher, c’est cela qui me pousse vers lui, surtout en ces temps de barbarie plus que prouvée par l’agression en Israël.

Shabbat shalom Leonard

 Antoine Solmer