
You know what ? I’am happy..
Donc, non seulement je suis heureux, mais triplement heureux. Une fois, parce que l’ouverture de l’article de Claude Henrion par Anne Roumanoff (dont je n’apprécie pas les raclements de gorge de fausse naïve hurlante) me permet d’y opposer la célèbre sortie de Droopy, que les enthousiastes de Tex Avery, dont je suis, auront reconnue. Deux fois parce qu’un article de Claude Henrion est toujours un régal « multifocal » : pour le ton, pour l’humour, pour le sens profond, et sa façon déguisée de nous rendre plus intelligents. Et trois fois pour son titre qui me permet de le titiller quelque peu. Car on peut aussi le doubler par : « Comment on peut faire du très vieux avec du faux neuf ». Je laisse chacun y réfléchir, en suivant pour piste que son titre ressemble à une leçon presque tacite face à la folie du monde, et que Claude doit être plus optimiste que moi… au moins en surface. Comme deuxième piste, que mon « anti-traduction » s’applique à cette folie qui vient de très loin dans les profondeurs des pires archétypes mortifères, et que je suis très pessimiste.
Cela dit, régalez-vous autant que moi, c’est tout le mal que je vous souhaite !
Certains sketches d’Anne Roumanoff s’ouvrent sur un amusant “Je sais pas vous, mais moi…” que je vais lui emprunter, aujourd’hui. En effet, “je sais pas vous, donc, mais moi…”, je suis complètement paumé. Comme à plaisir, le temps qui passe semble s’éloigner, non pas de moi –brindille sans importance– mais de tout ce sur quoi l’humanité a toujours reposé : quelques idées simples, pleines de bon sens et d’expérience (et donc de vérité : sinon, on les aurait abandonnées depuis un bon bout de temps). Car même en se donnant beaucoup de mal, il n’est vraiment pas facile de trouver de bonnes choses dans les péripéties dans laquelle nous nous débattons, pas plus que dans 95 % –je suis brave !– des idées dites “à la mode’‘ !
Notre temps est, depuis peu, assimilable à une des époques de ’’déclin” (on dit “décadence”, pour l’Empire romain. Les deux mots s’appliquent à notre temps) qui ont attristé, assombri et endeuillé l’Histoire et appauvri l’Humanité. Pourtant, il n’y a pas si longtemps, tout avait l’air d’être en place pour espérer en des jours meilleurs, mais tout se passe comme si nous avions fait le choix de ne conserver que les plus contestables, les plus “civilisationnicides” et les moins enrichissantes de chacune de nos idées. C’est simple : on se demande parfois si l’humanité souffrante n’aurait pas décidé en douce de sa fin prochaine, comme si elle était épuisée d’avoir tant donné, tant produit, tant inventé, tant imaginé… et tant rêvé…
Une question que nous nous posons souvent, entre amis, c’est : “où peut-on voir un réel progrès dans notre vie de tous les jours, dans nos contacts, ou dans ce que raconte la Presse ou dans les nouvelles du monde que nous glanons, ici ou là ?”. Et avec les mêmes amis ou d’autres, nous cherchons dans quel pays ou dans quelle partie du monde nous pourrions nous réfugier, pour fuir toutes les mauvaises ambiances, les menaces variées et l’effondrement de tout ce que les générations antérieures recommandaient comme étant “bon pour l’Homme”. Il n’y en a pas, il n’y en a plus. Tout a disparu et nous sommes condamnés à le regretter sans espoir.
Une telle situation est une énorme rupture, dans l’histoire de l’humanité : le monde moderne serait-il à la veille de supprimer la fonction “Rêve”, le rôle de l’Utopie, le “je sais que je pourrais être plus heureux ailleurs… Je ne sais pas où c’est, mais je sais que c’est ailleurs…” cher à Rimbaud, le rêve de cet “ailleurs” qui a bercé toutes les générations qui nous ont précédé ici-bas –même si c’est parfois inconsciemment, puisque les ‘’migrations’’ de nos lointains ancêtres, des bords du Lac Kiwu jusqu’aux 4 coins du monde (2,8 millions d’années pour les premiers hominidés, et 300 000 ans pour les premiers homo sapiens), n’étaient pas du tout conscientes, elles, et n’avaient rien de voyages organisés, fût-ce par des passeurs.
“De tout temps, l’homme”… (formule consacrée) a regardé au delà de sa grotte, de son abri, de sa masure, de sa chambre, et c’est même la seule définition du poète, de l’explorateur, de l’aventurier, du conquistador et du découvreur de mondes nouveaux… et même du simple curieux qui se cache derrière “Peeping Tom” : rêver, partir, conquérir, ou –ce qui revient au même– inventer, trouver, résoudre, composer… ne sont-ils pas, chacun à sa façon, autant de définitions de ce qu’est un homme ? D’ailleurs, le Sefer Bereshit de la Bible, le Livre I, dit “du commencement”, l’une de plus vieilles sources connues, ne repose-t-il pas sur la curiosité de nos premiers ancêtres, Adam et Eve, se perdant pour “connaître’’ ?
Et tout ça pour en arriver au drame multiforme qui est notre seul horizon aujourd’hui : le néant, le zéro absolu. Quel gâchis ! Le qualificatif qui accompagnait le mot ’’horizon”, au cours de l’histoire, était “indépassable”. En 2021, cet “indépassable” s’est rétréci aux quatre murs de votre chambre et à l’écran de votre ordinateur… Vous souvenez-vous, il y a quelques mois à peine, que vos soucis tournaient autour de la destination de vos prochaines vacances au soleil ou à la neige, autour des conditions de vie de vos petits enfants (vivront-ils plus longtemps ? mieux ? dans un monde plus tranquille ?), autour de quelques grandes espérances à venir –plus à gauche pour les uns, plus à droite pour d’autres, mais que chacun imaginait “dans son bon sens”… ou autour de l’avenir proche du monde, depuis la compétition USA /Chine jusqu’à la poussée démographique africaine ou à une paix toujours espérée au moyen-orient ? Parti, tout ça, balayé !
Il ne reste plus que la terreur permanente qu’inspire à nos contemporains un “machin” même pas vivant et même pas beau mais qui a tout ravagé en quelques semaines, de la géopolitique du monde aux relations les plus intimes, ou de la perspective d’un lendemain simplement “tolérable’’ jusqu’à nos rapports avec ce qui était, hier encore, ’’notre prochain” ? Les hommes, dans nos villes, se disputent pour un masque mis de travers, pour un vaccin reporté, pour une proximité de moins d’un mètre… Un ami autrefois très cher m’a claqué la porte au nez, au prétexte que j’ai dit dans un “billet” du 15 janvier pourquoi je ne prévois pas de me faire vacciner avec les “non-vaccins” disponibles : aucun système dans mon attitude, ni refus, ni ce que les psycho-rigides les plus atteints désignent par “complotisme” (qui n’est que :“ce que je crois que pensent ceux qui qui ont l’air de ne pas penser comme moi” !), ni anti-vaccinisme, évidemment : juste une attente de vaccins dignes de ce nom et de solutions moins improvisées… C’était déjà trop !
Ce choix m’a valu une volée de bois vert, d’être couvert de cendres, et d’être accusé de “complotisme” (Ah ! le pouvoir des mots qui ne veulent rien dire !) et de criminel qui refuse de protéger son environnement, l’humanité et que sais-je, encore ! J’avoue un immense désarroi devant le retour en force de querelles que j’ai connues dans mon enfance, entre “gaullistes” et “pétainistes” et, plus tard, entre “communistes” et “chiens” (’‘tout anti-communiste est un chien’’ disait JP Sartre, toujours à la pointe du bon goût et de l’objectivité). Dans ma naïveté, que je croyais ces horreurs enfouies à jamais… Jamais je n’aurais pu penser qu’un machin aussi infréquentable que ce maudit covid (je parle de ce qu’il est vraiment, pas de ce qu’on en a fait, bien entendu !) ressusciterait les plus dommageables, les plus inutiles et les plus néfastes erreurs que la France avait connues à la fin de la seconde guerre mondiale –qui était tout de même un drame d’une autre taille…
Ce mal guéri, on a connu un temps –c’était hier !– où la liberté de parole ne se limitait pas à réciter les lieux communs de la “bien-pensance”, et où chacun pouvait avoir une opinion, et même “son” opinion. On les échangeait, on les comparaît, on se chamaillait un peu, parfois. Cela avait un joli nom : la civilisation. La perte actuelle de toute ouverture d’esprit, de tout échange, de tout désaccord, et donc de toute possibilité d’enrichissement, me désole : on a droit à applaudir la parole officielle, sauf à être “un complotiste”. Je ne sais pas vous, mais moi… je suis malheureux lorsque je vois le monde, hier encore tellement “user friendly” (= sympa) devenir un terrain de rejet systémique et obligatoire de “l’autre” dès qu’il ne pense pas “comme il faut’’ ! Ce rétrécissement de l’esprit, c’est la mort de l’âme… et de toute intelligence. Rien ne justifie une telle horreur. Je sais pas vous… mais moi je ne comprends plus le monde dans lequel je vais devoir vivre.

