
Il y aura bientôt l’élection présidentielle, une fois de plus. En réalité nous devons dire les élections présidentielles. Certains, préfèrent utiliser l’expression au singulier, en faisant référence à son résultat. Cela n’est pas faux, mais totalement incomplet, et donc faussé.
UNE ÉLECTION : DES MILLIERS DE TOURS
Non seulement il y a deux tours – ce qui marque déjà le pluriel – mais ces deux tours sont précédés de choix multiples, en particulier ceux liés à l’obligation de présenter 500 signatures, qui n’est qu’un tour complémentaire obligatoire. S’en tenir là serait oublier les élections préalables publiques ou privées, décidées et gérées par les partis politiques, sans compter les consignes – qui n’existent pas, bien sûr, mais qui s’expriment si fort – de tant de groupes de pression, des médias sur tous supports, d’obédiences, de syndicats, d’officines, de responsables de toute sorte, et d’associations qui fleurissent en une entité, diffuse certes, mais reliée par un attrait commun : les subventions, lesquelles dépendent du pouvoir en place. Une espèce de « fonctionnariat déguisé » que les pouvoirs en place aiment à considérer comme un « électorat captif », ce qui n’est pas loin d’être vrai.
Là, je ne compte déjà plus le nombre de « pré-élections » ou tours fonctionnels. Encore n’ai-je pas évoqué les individus qui peuplent ces différentes entités. Je ne les avais pas oubliés. Au contraire, ils représentent la masse que l’on gave de ce « devoir républicain », lequel, à mon avis s’estompe devant le devoir quotidien de nourrir sa famille. Mais oublions momentanément ces questions de mise en tête de gondole.
QUE REPRÉSENTENT LES INDIVIDUS ?
Pour moi, ils représentent surtout des êtres humains que je me refuse à systématiquement « massifier », à classifier au sens marxiste, à déposséder de leur libre arbitre.
Il n’est de richesse que d’hommes, dit la vieille sagesse. Il n’est de force que de divisions, répondait Staline. Certes les armées sont nécessaires, mais oublier qu’elles sont composées d’hommes est bien le trait identifiant la pire espèce d’homme. Car, autant que je sache, dans aucune des religions, ni Dieu ni diable n’oublie l’homme… chacun pour sa « paroisse », bien entendu.
L’homo republicanus votans pense et vote en lui-même, bien avant les dites « élections ». Combien de fois, avant de mettre son bulletin dans l’urne ? Nul ne le sait, et lui pas davantage ; car le travail insidieux se poursuit, souvent à bas bruit, plus ou moins influencé par le bruit extérieur. Il est presque impossible d’échapper au bruit extérieur (au sens complet du terme qui comprend les images, les affiches, les discussions, etc.). Il est encore moins possible d’échapper au « bruit intérieur », celui du conscient en nous, mais aussi du subconscient ou de l’inconscient. Et l’on a beau nous assommer de sondages, de références sociologiques, d’explications, d’exposés critiques, d’arguments enjolivés par l’expression « débat démocratique », nul au monde ne saurait passer en revue pour chaque individu l’ensemble des processus cognitifs, conatifs et affectifs par lesquels il en arrive à mettre tel bulletin dans l’urne plutôt que tel autre, ni pourquoi et pour quoi il fréquente ce symbolique petit cercueil appelé isoloir, avant de glisser vers l’urne presque funéraire.
LE PRÉSIDENT EST MORT. VIVE LE PRÉSIDENT !
Symboliquement parlant, donner la vie présidentielle à un individu, quelles que soient nos appétences ou nos préventions envers lui, passe par une étape de mort symbolique. Si le grain ne meurt…
Le processus est hautement vital, ou malgré tout mortifère, ce qui valide surtout l’expression chèque en blanc donné sans aucune pression autre que la pire : celle sur la personnalité profonde. Car, il est juste de dire, répéter et s’imprégner d’une autre phrase épouvantablement explicative : « Il n’y a pas de tueur à gage dans l’isoloir. » Cette dernière prépare la suivante : « Si j’avais su… »
Et réalité, nous savons toujours. Tout est dit. Les « programmes » tant vantés par les esprits si peu communicatifs que sont les obsédés de la « com » ne sont que des branches à glu pour les oiseaux de passage, lesquels n’ont rien de commun – paradoxalement – avec ceux chantés par Brassens d’après le poème de Jean Richepin [1]. Les promesses « n’engagent que ceux qui les croient », et les vérités éclatantes du jour ne servent qu’à masquer les ombres de la nuit qui avance ; nuit des guerres non dites, nuit des fortunes tapies dans leurs antres, nuit des copains et des coquins, nuit encore, nuit toujours, car nuit nécessaire sans laquelle il n’y aurait pas de pouvoir, ni de contre-pouvoir, donc pas de retour vers le jour… que chacun voit de sa seule et unique fenêtre, quelle que soit son orientation, si étroite soit-elle.
À SUIVRE...
[1] Regardez-les passer ! Eux, ce sont les sauvages.
Ils vont où leur désir le veut, par-dessus monts,
Et bois, et mers, et vents, et loin des esclavages.
L’air qu’ils boivent ferait éclater vos poumons.

