UN COUVRE-FEU, ÇA SE FÊTE !

LA FÊTE À CHAMPIGNY
LA FÊTE À CHAMPIGNY

 

Hier soir le président a annoncé le couvre-feu. Bravo ! Le chef a parlé. Le chef a ordonné. Le chef sera obéi. Parce que c’est LE CHEF.

En réalité, la nouvelle avait fuité dans tant de médias que ce n’en était plus une. C’était surtout une opération de com’ préparatoire, une pré-anesthésie en quelque sorte. Mais la voix que nous avons entendue d’outre-Élysée était en retard sur l’actualité. Le « en même temps » n’est pas une formule magique valable pour tous les coups de baguette.

Bref, certains voulurent fêter ce nouvel évangile (la bonne nouvelle), mais ils s’y prirent trop tôt comme de banals rois mages dont les chameaux se seraient emballés, tant et si bien cahotés qu’ils en perdirent leur or et leur myrrhe, et que seul l’encens leur resta qui partit en quelques fumées. Voilà pour avoir trop fait fissa !

Que vouliez-vous qu’ils fissent de ce fissa ? Qu’ils en mourussent ? Non, un beau désespoir alors les secourut. Ils distribuèrent leur provende à qui mieux-mieux, et chacun put s’en régaler les narines et les oreilles, si j’ose dire. Bref il y eut du bruit et quelques étincelles dans Landerneau, rebaptisé Champigny-sur-Marne. Rien de grave. Le commissariat ressemblait à une crèche, ce qui explique tout. Et les policiers étaient bien masqués, comme de sages accoucheurs ayant bien écouté les consignes pour les gestes barrières. Ils parlaient même derrière un sas, barrière anti-virale nécessaire en temps de Covid. Seule la sainte famille était absente. Le père de la nation et sa feurste enlaidie encore mal dégrosssie. On parle de césarienne, mais de César, rien.

Ouai ! Ça manquait de taï-ming, comme disent les Chinois. Aussi, quelle idée de danser la java des annonces ! Un coup je fuite, un coup je fuite pas, un coup j’attends, un coup j’peux plus attendre… vite où sont les toilettes ?

Alors, qui en voudrait à de jeunes impatiences ? On a tous été jeunes, n’est-ce pas ? La preuve, ils sont conviés au prochain pince-fesse du 14 juillet, derrière la grille du coq. Parce que, faut reconnaître, question feux d’artifice, ils en connaissent un rayon.

Reconnaissez que moi, j’y vais franco pour les nouvelles. C’est pas de la com’ à la godille, ho ! De la logique, de la jugeotte, pas du sale hasard. Et si ça vous chante d’en entonner une petite, en voici une, sur un rythme de rap.

J’avais rencart avec mes potes
On a trouvé un nouveau spot
Y’avait des keufs mais pas d’cocottes
On frappe la porte de la popotte

On voit deux p’tits poulets
tout mal branlés bien maigrelets
On n’allait pas les ficeler
On les a laissé s’branler

Même qu’on est des balèzes
C’était pas un soir de baise
Avec les copains du Zambèze
c’est mieux qu’dans la Corrèze

Viens qu’on rigole un peu
Arrache deux ou trois pneus
Mets un p’tit cocktail au feu
pour qu’on y voie bien mieux

Au poste y’avait pas d’portier
Alors on sort les mortiers
Parce qu’des fois faut pas s’y fier
Nous on v’nait tout pacifier

C’était juste une petite fête
Pas la peine de faire la tête
Mais au carré si t’es trop bête
J’te la mets, crois mon prophète !