
Si vous êtes d’humeur·e inclusi·f·ve, “Allons enfant·e·s de la Matrie”…
Pour ne pas avoir l’air de me complaire dans la morosité ambiante, je voudrais revenir, dans un éclat de rire, sur une séance du Conseil municipal de Paris, cet épicentre du Juste, du Bien et du Progrès dans leur version “bobo-caricaturale”. Vous croyez que je vais taper sur Anne Hidalgo ? Perdu ! Même pas besoin : le groupe écolo de Mairie de l’ex-Ville Lumière, dans sa stupidité auto-satisfaite, se passe très bien de “notre drame de Paris” pour “déconner à mort”… et pour nous inquiéter, car ces idiots en “remettent une couche”, tous les de temps en temps !
Il y a 200 ans, le 9 avril 1821, naissait Charles Baudelaire, ce prince de la langue. ’‘Baudelaire (disait Barbey d’Aurevilly), est un classique nourri de romantisme, entre le Parnasse et le Symbolisme, chantre de la modernité’’ (à ceci près que, depuis, ce mot a été détourné de son sens et indexé à l’idéologie du Progrès). Deux siècles plus tard, la langue française n’est plus qu’un baragouin indigeste et laid, ravagé à la fois par l’écriture inclusive et les glissades féministoïdes à la mode Jospin… Comme d’autres, importants aussi, ce bi-centenaire est oublié par les cuistres au pouvoir. qui, con-scients (les deux) des défis du temps, tiennent à tout foutre en l’air à coup de lois “sociétales” qui ne sont qu’anti-sociales : avec un “corona (f)-virus (m)” qui doit être “fémis-sculin”, nos gauchos-en-marche, illuminés à défaut d’être lumineux, se rapprochent des vraies solutions aux vrais problèmes. On ne peut plus nier que nous sommes entrés en pleine décadence. L’urgence est là, toute proche.
L’absurdité se démontrant par l’exemple, je dédie le paragraphe suivant à ceux qui aiment la langue française, sa musicalité, sa sonorité et sa fluidité, à tous ceux qui ont aimé leurs professeurs de lettres, à tous ceux qui aiment encore découvrir, lire, relire et réciter les plus belles œuvres de notre patrimoine, rayonnement de la France dans le monde entier. Je vous propose de découvrir “L’Albatros” de Charles Baudelaire, esquinté en écriture “inclusive”, preuve que cette invention diabolique est mortelle, à terme : un simple point médian peut détruire des siècles de beauté. Pour paraphraser Lamartine : « Un seul“’point” vous hante, et tout est ravagé »…
L’·a albatros·se
Souvent, pour s’amuser, les femmes·hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oise.aux.lles des mers,
Qui suivent, indolent·e·s compagn·es·ons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.
A peine les ont-ils·elles déposé·e·s sur les planches,
Que ces rois·reines de l’azur, maladroit·e·s et honteu·s·es·x,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanc·he·s
Comme des avirons traîner à côté d’eux·elles.
Ce·tte voyageu·r·se ailé·e, comme il·elle est gauche et veule !
Lui·Elle, naguère si be·au·lle, qu’il·elle est comique et laid·e !
L’un·e agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en boitant, l’infirme qui volait !
Le·a Poèt·e·sse est semblable au·à la prince·sse des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’arch·er·ère ;
Exilé·e sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant·e l’empêchent de marcher.
Nos fau·sse·s·x féministes, “graves”, comme disent à tort les “ado·e·s”, ne savent plus quel faux problème inventer pour détruire la paix civile, l’entente nationale et l’harmonie entre humains ! Et certains hommes (dont beaucoup sont sans doute plus “Homo” que “Sapiens”) leur ont emboîté le pas : que ne ferait pas un bobo, pour avoir l’air dans le coup, moderniste, progressiste ? Toute une secte de Trissotin·e·s a envahi l’espace médiatique (ça s’appelle “l’entrisme”) et la fonction publique (qui n’a rien d’autre à faire que de normaliser), trouve là un os à ronger.
D’autres, s’inventant médiateur·e·s, veulent modifier l’ordre des substantifs pour créer un accord adéquat de l’adjectif final. Ah ! Ces braves gars·e·s – celle-là, je n’ai pas résisté à la faire ! – qui se croient novateur·e·s, feraient bien mieux de relire Bescherelle : « L’euphonie exige que l’on énonce quelquefois le substantif masculin après le féminin. Ainsi, l’on dira “Cet acteur joue avec une noblesse et un goût parfaits’’, plutôt que “avec un goût et une noblesse parfaits’’ : la rencontre du substantif féminin “noblesse’’ et de l’adjectif masculin “parfaits’’ est à la fois dure et désagréable. » Nos anciens avaient tout prévu : il suffisait de les avoir lus ! Mais c’est là que le bât·bas blesse nos précieu·ses·x qui ne sont que ridicul·e·s.
Une chose est certaine : le jour où cette écriture dite “inclusive” les libérera enfin, la condition des femmes et leur visibilité (puisque le fait de représenter une moitié de l’Humanité ne suffirait pas à être “visible” !) feront un grand bond, mais sans doute pas vers l’avant. La preuve ? À la mairie de Paris, jamais en retard d’une stupidité, cette mode idiote connaît un regain de faveur, et à Lyon, on l’a mise au rang des priorités. L’Académie française s’en offusque mollement et plusieurs ministres se sont déclarés opposés à sa généralisation dans l’administration, mais tout le monde s’en fout : plus une mode est bête, et plus elle progresse, inexorablement : le ridicule ne tue plus, de nos jours, au contraire. Il se rengorge, se pavane, il s’étale
L’écriture inclusive serait une adaptation aux évolutions contemporaines (on ne dit pas lesquelles), reposant sur trois principes : la féminisation des noms de fonction, l’utilisation de termes “sexuellement neutres” (?) autant qu’il est possible, et enfin, l’abolition de la règle “le masculin l’emporte sur le féminin”, remplacée par la mise en valeur de l’accord féminin dans les expressions au pluriel, par le biais du fameux point médian. (NDLR : C’est oublier que “le genre neutre existe en français. Il se décline parfois au féminin, souvent au masculin”. Les cuistres ont tout faux !)
Problème : avant de pouvoir disserter sur une fausse féminitude dans la graphie, il faut avoir appris à lire et à écrire. Les promoteurs d’une écriture “inclusive” sachant lire depuis longtemps, ils ne se posent pas la question de l’apprentissage de la lecture, qu’ils ont évidemment acquise loin de leurs élucubrations assassines.
On peut se permettre ce genre d’acrobaties quand on possède déjà les clefs du savoir et la maîtrise de l’écrit : c’est facile. Et c’est, si on me permet ce jugement personnel, dégueulasse vis-à-vis des enfants à scolariser, qui ne sauront jamais lire, ni écrire… ni (c’est à prévoir) penser : lire, c’est rassembler les consonnes avec les voyelles, les syllabes entre elles, les mots entre eux, dans le jaillissement d’une phrase… La lecture est fondamentalement construction… alors que l’écriture inclusive, qui déchire visuellement les mots, puis la langue, est une “déconstruction” : comment tirer du sens d’un matériau dont on ignore tout et qui vous est présenté “éclaté” ? Il n’y a d’ailleurs pas de manuel de prononciation de l’écriture inclusive pour les lecteur·trice·s. On est dans le domaine du conceptuel, de l’abstrait, ce qui n’a rien d’étonnant : il y a belle lurette que s’échafaude, dans des officines obscurantistes, un enseignement pour des enfants fictifs, qui n’existent pas.
Assez logiquement, l’écriture inclusive et la méthode globale d’apprentissage de la lecture peuvent faire bon ménage : point n’est besoin de lire le mot, il suffit de croire qu’on le comprend. Lorsque un·e féministe éclairé·e de cinquante ans, lit que « un agriculteur·trice a acheté un·e tract·euse·eur », elle peut faire semblant de faire croire qu’elle comprend. Mais un enfant de 6 ou 7 ans ? On connait trop bien les résultats de la méthode globale sur les enfants. Eh ! bien, l’écriture inclusive ne va pas améliorer la situation. Ni, soit dit en passant, la condition féminine : quand les mots manquent, on passe aux gestes. Et à force de points, même médians, ce projet criminel ne peut se terminer que « à coups de poings ». On voit le progrès !
Le discrédit d’une littérature passéiste, qui pense mal, est au bout du rêve (notre cauchemar) des ayatollahs de l’écriture inclusive. Les gourous du « prêt-à-penser » n’auront même plus besoin de condamner le machisme ou le racisme soupçonnés d’un écrivain : c’est la matière même de l’expression qui sera jetée aux orties, ce qui est bien plus commode : on clouera au pilori un auteur avant même de l’avoir lu, au nom de la forme. Par chance, l’usine à gaz inclusive est si complexe qu’elle risque d’exploser à la figure de ses inventeurs, ce qui serait une divine surprise : leur cauchemar deviendrait notre rêve, car la souplesse n’est pas la qualité dominante des trissotin·e·s, décidément très attaché·e·s à leur gros bétiz (ce mot ne peut être que masculin). Féminisme… féminisme… quand tu nous tiens…
H-Cl.

