Même si elle professe une forte préférence pour le pire, notre époque est, aussi, capable du meilleur, ce qui maintient en vie les optimistes. Un des problèmes les plus graves du moment, c’est que la Presse, néfaste et mortifère au delà de ses propres espérances, ne vante jamais que ce qui est à rejeter, à condamner, à refuser… mais que, par un biais inexplicable (mais permanent), elle présente comme le “nec plus ultra” d’une pensée qu’elle prétend bonne sur des critères – connus d’elle-seule – qui sont tous mauvais : plus c’est désespérant et plus elle le dit salvifique… ce qui explique pourquoi nos contemporains (car cette pathologie est mondiale) croient que ce “pire” pourrait être une solution. C’est un mensonge !
Or il n’en est rien : à côté de ce qui constitue la trame sombre de notre (sur)-vie quotidienne revue et corrigée dans le sens du “pas d’espoir” (la “no hope Society” des ‘ricains) – il existe une vie, “la vraie vie”, à l’extrême opposé de tout ce que nous racontent politiciens et journalistes, une fois de plus unis dans une entreprise inexplicable de destruction de toute société organisée – et plus particulièrement de notre civilisation judéo-chrétienne, dont toutes les valeurs – vraies, celles-là – sont le contraire des anti-valeurs qui nous sont sans cesse présentés comme la nouvelle base d’idées qui devraient construire un monde nouveau. C’est un autre mensonge.
On a du mal à croire que quelques milliers de “mal-pensants” arrivent à maintenir 8 milliards d’humains la tête sous l’eau… biberonnés à l’eau du Léthé, pour oublier qu’il existe une ou des alternative(s)… Et pourtant, le 24 novembre dernier, a eu lieu, rue Saint-Guillaume, juste en face du cloaque contre-intellectuel, dé-politique et a-moral qu’est devenu ce qui fut Science-Po (devenu Science-Pipeau, affirment les “anciens”), en plein cœur de ce quartier latin qui fut le lieu géométrique et le rendez-vous de notre belle jeunesse, l’ouverture d’ un “Centre Saint Thomas d’Aquin” (en abrégé : “le CST”). Dans un beau discours inaugural, Eléonore de Noüel, sa directrice, a déclaré que cette ouverture répondait à un authentique scandale : Thomas d’Aquin, un des plus grands penseurs de l’humanité, est quasi inconnu en France. Ce mystère fait partie des préoccupations contre-civilisatrices qui font fonctionner –de plus en plus mal – le moteur (arrêté !) de nos intellectuels en manque total de cerveau, de culture, de jugeote… et de solutions qui en soient.
Et pourtant Dieu sait (si j’ose !) si l’intention des pères de la scolastique était de tout faire pour réconcilier la philosophie grecque (et particulièrement l’aristotélisme), avec la théologie chrétienne : la théologie et la philosophie, pour eux, ne sauraient conduire à des vérités opposées. “Vaste programme”, aurait dit qui nous savons… d’autant plus que, pour en arriver à cet ambitieux projet, ils en appelaient à la médiation de Dieu, ce qui, évidemment, ne peut mener, aujourd’hui, qu’à accélérer la danse de Saint Guy des “Wokistes” qui ont fait de cet ex-haut lieu de la pensée française un bas-fond de la bêtise humaine, soumis à des aberrations sans queue ni tête… ni lendemains possibles. Et ces idées, contre toute intelligence et toute sagesse, sont reprises par nos gouvernants, vraiment pas à la hauteur de leur boulot et des défis qu’ils sont censés redresser. et qu’ils ne voient même pas
Pour Thomas (bien loin d’être Saint, in illo tempore),“gouverner, c’est administrer la Cité d’après la vertu de Justice, en vue du bien commun”... notion qui ne saurait en aucun cas se confondre avec les concepts, aussi vagues que flous, “d’intérêt général” ou – pire encore, puisque impossible – de leur “vivre ensemble”. Mais notre personnel politique ne sait plus compter au delà de “49.3”, et notre Assemblée Nationale se déshonore dans de fausses querelles et de stupides invectives (car même leurs fausses indignations sonnent “toc” … et le sont : on les sent fabriquées de toutes pièces, sans aucun fondement, mais exclusivement destinées à faire du ou le “buzz” (en français : “des bruits incongrus” ?). Nous vivons un temps où les ministres sont… les nuls que nous subissons, où les députés sont… les ravageurs de l’ex-LREM ou de la “NUPES”, et où la vie intellectuelle… tourne autour de la sottise vulgaire d’un Cyril Hanouna, ce faux faiseur de faux rois d’une heure ! Dans des clashes d’une bêtise crasse, l’arène politique et la politique elle-même ne sont plus que des lieux où se déchaînent de fausses passions sordides, inutiles, et tout… sauf dignes du plus petit intérêt !
La dérive des idées-du-jour vers tout ce qui est “franchement mauvais” pour l’Homme, et celle de la construction européenne (un beau rêve assassiné par des idéologues sans foi ni loi) ont accéléré l’étiolement du principe d’identité nationale, voire, plus grave encore, de la Nation proprement dite, et ont invisiblement conduit trois générations de politiciens à ne plus faire reposer l’ordre dans la Cité que sur des “droits de l’Homme” (mal définis !) –ratatinés en “droits humains” sous la pression de harpies haineuses –, en supprimant l’ordre établi, les principes qui le régissent et tous les “corps intermédiaires” (famille, école, église, syndicats, partis, etc). Or s’il n’y a plus d’intermédiaire entre l’individu et l’universel, l’idée-même que puisse exister un “ordre collectif commun” disparaît… et il ne reste, sur la table de négociations devenues impossibles, que des litanies de revendications venant le plus souvent de minorités qui se sentent exacerbées et qui se croient exaspérées…. ou qui veulent s’offrir la plus grande part possible du gâteau.
L’excellent Pierre Manent, dans son propos inaugural du “Centre Thomas d’Aquin” cité plus haut, a posé la question : “L’ordre politique est-il rationnel ?”, et a répondu : “Notre monde est devenu un monde de monades” (NDLR : du grec μονoς, monos = un, l’unité. En métaphysique, on définit une “monade’’ soit comme une Unité suprême – exemple : l’Un, Dieu, le Principe des nombres –, soit comme un élément spirituel minimal –exemple : le signe, le logo, le schéma. Pour simplifier, traduisons-le, ici, par “Unité”)… “un monde d’Unités, donc, où chaque Unité a le droit absolu de voir son désir satisfait ou son rêve réalisé… où chacun a le droit d’être un enfant infiniment capricieux”. Je ne sais pas si cette analyse dresse devant vous, comme elle le fait devant moi, le mur en construction de notre échec actuel et le spectacle de notre longue descente vers l’enfer, chacun croyant qu’il a raison contre la raison, l’intelligence, la réflexion… et l’Histoire de l’humanité. N’oublions pas Ezéchiel : “Malheur à la Cité dont le roi est un enfant ”… un “roi” qui condamne, sans pardon possible, tous ceux qui, soignants ou pas, ne se plient pas à ses caprices puérils, pourtant scientifiquement et autrement démontrés injustifiables. Le prophète aurait été bienvenu d’ajouter un membre utile à sa phrase : “Et malheur, aussi, au pays dont tous les sujets se comportent comme des enfants…”.
Il se confirme chaque jour (et plusieurs fois par jour, hélas!) que notre monde a perdu la raison. La seule existence d’un “Centre Thomas d’Aquin”, le “Docteur Commun” devenu Saint entre temps, sera-t-elle suffisante pour redresser tout ce qui a glissé “de traviole” ? En période de disettes (et Dieu sait s’il nous en manque, des choses, dans l’enchevêtrement “indé-chosable” des crises que nous subissons !), “mieux vaut quelque chose que rien…”. Quant à nous… tout ce que nous pouvons faire, à titre individuel, c’est l’espérer, et prier, pour ceux qui savent encore : en ce temps d’Avent plus encore que d’habitude, ça ne peut pas faire de mal !
H-Cl.

