BILGER ET LA PEINE DE MORT À PEINE DE MOTS

PEINE DE MORT AUX RATS
PEINE DE MORT AUX RATS

Ce matin, M. Bilger lance un de ses inénarrables billets sur Boulevard Voltaire. Il y est question de la peine de mort, châtiment suprême, contre lequel il s’élève :

« Je suis contre la peine de mort. Elle existait quand j’étais avocat général, mais je n’ai jamais eu à la requérir sur le plan de la gravité criminelle. Si j’avais eu à le faire, je ne l’aurais pas fait. »

C’est sa position morale. Respectons-la ! D’ailleurs, moi aussi je pense être contre la peine de mort. Mais là n’est pas la question. Je répète à destination des lecteurs trop rapides : Je pense être contre la peine de mort. Ce qui signifie bien que je suis dans la vraie vie, à la différence de M. Bilger. Je m’en expliquerai dans un autre billet pour éviter d’allonger celui-ci.

Revenons à M. Bilger. Pour son argumentation, il fait un détour vers la psychologie des foules : « Dès lors qu’on laisse le débat sur le plan de la morale et de l’humanisme, on ne peut pas convaincre. » C’est aussi vrai que faux, car tout dépend de qui parle, à quelle foule et dans quelles conditions. Une fois de plus, M. Bilger organise sa petite vie. Mais c’est son droit.

Il semble atterrir sur un sol ferme lorsqu’il écrit :

« Je crois qu’il y a un climat délétère de faiblesse, de laxisme et de non-exécution des peines qui fait que la peine de mort apparaît dans l’espace comme une sorte de panacée universelle (sic) et revient en masse pour occuper l’esprit du citoyen. »

Oublions la redondance, le pléonasme, qu’un tel manieur de mots aurait dû éviter : la panacée est par nature universelle. Ici encore je crois qu’il a raison, mais de façon incomplète.

Mais arrive le pire :

« À partir du moment où tout le monde s’accorde sur le point de savoir que, même si je défends l’institution judiciaire, ce n’est pas une justice absolue, on peut comprendre qu’on ne peut pas appliquer à une justice qui n’est pas absolue une sanction qui l’est. »

Et c’est là que M. Bilger dérape « absolument » quand il confond institution judiciaire et justice et y ajoute un absolu à vitesse variable. S’il avait utilisé les notions de perfection, d’absolu et d’irréversibilité (hors toute acception légale) son discours eût été plus clair, plus humain, plus proche de la vraie vie des hommes, celle qui échappe à la caste juridique, par sa nature propre.

Mais il y a pire. Cet ancien avocat général, comme il aime tant à le répéter, nous explique doctement qu’il y a des condamnations absolues et d’autres qui ne le seraient pas. Ainsi, toutes les condamnations auxquelles il a pris part ne seraient pas absolues. Elles n’auraient pas eu ce caractère impérieux d’obéissance forcée, de complétude, d’indépendance que renferme la notion d’absolu.

Autrement dit, elles seraient toutes soumises à droit d’appel, cassation et autres acrobaties juridiques dont ces chats fourrés font leurs délices. Longue vie, non seulement aux assassins, mais aussi aux voleurs à la tire, aux cambrioleurs et autres spécialistes de la filouterie. Finalement, tout ce petit monde se tient, quoi qu’ils disent.

Il y a peu, M. Bilger avait écrit une phrase que l’on peut résumer ainsi : il n’y a d’institutions que d’hommes. Il avait bien raison. Mais c’était trop pour lui. Il a fallu qu’il retombe dans sa vieille soupe, comme il le fait périodiquement, en vieux récidiviste qui ne peut « se ranger des voitures. » Dommage ! Dommage mais attendu dans la logique de ces personnages.