
L’ÉTYMOLOGIE COMME PREMIER GUIDE
L’étymologie n’est pas une vaine recherche. Elle peut se perdre dans des impasses, se récupérer par une étude linguistique approfondie, s’offrir des plaisanteries douteuses. Ainsi le plateau de Millevaches dériverait de « mille vasques », « mille sources », encore que le « mille » ne serait pas un millier, mais dérivé du gaulois melo (lieu élevé, montagne), etc. (Voir Wikipédia et ajouter ses propositions personnelles : mille bravaches, Va chez Mimile, etc.)
À propos d’étymologie, revenons à son étymologie qui provient du grec etumologia par le latin etumos (vrai) [1]. Donc étymologie signifie vrai logos, véritable sens.
Alors, le titre de cet article ? Une approche douteuse pour attirer le lecteur-chasseur vers son canard ? Puisque l’étymologie nous donne le véritable sens, philosophie veut vraiment dire amour de la sagesse. La preuve est faite.
LE RÉEL DES PRÉSOCRATIQUES
Preuve suffisante ? Pas ici. Car le vrai doit mener au réel, infiniment plus riche, aussi concret qu’abstrait. Ainsi que l’expliquait le professeur Jean-François Mattéi [2]:
« Avec les penseurs présocratiques la pensée entre dans le domaine de la pure abstraction […] Ils se sont développés dans une suite “d’écoles philosophiques”, de communautés de savants – qui se dit en grec sophoï – le terme de philosophos n’existant pas encore. […] Pythagore aurait inventé le terme de philosophos (ami de la sagesse) en répondant à un roi qui s’étonnait de sa sagesse (sophia) et le qualifiait de sage (sophos). Non, aurait répondu Pythagore, “je ne suis pas sophos, mais philosophos, un ami de la sagesse, et comme tout amant en quête de son désir, à la recherche de cette sagesse que je n’arrive pas à obtenir”. »
Passons sur la distinction ami / amant, chère à de vieilles dissertations, et retenons quatre points fondamentaux :
- Cette réponse de Pythagore (580 – 495 avt. J. C.), l’illustre présocratique, prépare la maïeutique de Socrate sur l’Amour dans Le Banquet de Platon. D’ailleurs, citons Victor Cousin, philosophe traducteur de Platon (1792-1867) : « Je penche aussi à croire avec Proclus [412-485], et en général avec les Alexandrins, […] que le fond des idées platoniciennes a été puisé dans la doctrine pythagoricienne et les traditions orphiques. »
- Les écoles dites présocratiques (VIe – IVe siècle avt. J. C.) dont Thalès de Milet fut le premier représentant, se dégagent de la mythologie pour poser la question de l’existant dans la nature (phusis en grec) : qu’est… ?
- Il faut interpréter le mot grec phusis non seulement comme nature, mais comme poussée vitale de nature (Jean-François Mattéi), autrement dit, lui associer la recherche de ses constituants. Que se passe-t-il si… ?
- Les présocratiques furent surtout des savants (souvenons-nous des théorèmes de Thalès et de Pythagore, entre autres).
OÙ EN SONT LA SAGESSE ET LA SCIENCE ?
Étymologie et histoire nous ont ramenés à l’approche scientifique comme première école philosophique. Ce champ commun a duré longtemps, avec des liens variables selon les époques.
Tantôt la philosophie englobait la science (Pascal, Descartes), tantôt cette dernière semble prendre un envol définitif (Renan, l’intelligence artificielle). Et pourtant, dans quel domaine classer Bertrand Russel ? Doit-on retenir de lui ses Principia Mathematica, ou Problèmes de la philosophie ? (autres titres au choix) ?
Nous voyons ces deux entités coexister, parfois comme deux amies fidèles revenant de voyages lointains, parfois comme deux vieilles coquettes hargneuses trouvant plaisir à s’écharper, incapables de se passer l’une de l’autre.
Mais, si la science a donné naissance à un ensemble de disciplines scientifiques, la philosophie a suivi une expansion plus large. À la connaissance de la nature, elle a ajouté celle de l’homme et développé celle de la transcendance. Autrement dit, tout « philosophe » qui n’embrasserait pas ces trois dimensions, mériterait-il ce qualificatif ?
J’ai ma petite idée, mais je préfère laisser Platon répondre à ma place, comme il l’a déjà fait dans Le Banquet :
« Regardez un peu les sophistes habiles ; ils composent tous les jours de grands discours en prose à la louange d’Hercule et des autres demi-dieux, témoin le fameux Prodicus. Passe pour cela. J’ai même vu un livre qui portait pour titre : L’Éloge du sel, où le savant auteur développait les merveilleuses qualités du sel, et les grands services qu’il rend à l’homme. »
Quel bel exemple de sel attique, soufflé à la face de ceux qui jettent de la poudre aux yeux… encore aujourd’hui !
[1] Jacqueline Picoche, Dictionnaire étymologique du français
[2] Jean-François Mattéi, Les Présocratiques (enregistrement Frémeaux et ass).

