Voici un texte adressé à HCl que je reprends ici tant il s’insère bien dans ma petite série sur la civilisation. En effet, on ne peut vraiment parler de civilisation si on ne prend pas en compte la relation toujours complexe entre le temporel et l’intemporel, entre le moment présent déjà disparu et l’éternité espérée.
Au passage, apprécions l’humour tranquille et attristé du général Dubois, venu de la « grande muette », pour en déplorer une autre.
Antoine Solmer
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La grande muette : l’Église.
La France bruisse de rumeurs de “ras-le-bol”. Elles sont partout et peuvent faire craindre le pire, toute révolution n’ayant jamais apporté que des pleurs et des grincements de dents. Un lecteur –dont je ne sais rien d’autre que le titre (prestigieux) et le nom– me fait parvenir un texte qui devrait intéresser beaucoup d’entre vous, amis-lecteurs. Dans notre tradition d’ouverture, je suis heureux de l’accueillir. En ces temps où les crèches et les “nativités” sont pourchassées et interdites par les cons, et où les progressistes-au-pouvoir vont recommander le suicide comme solution aux problèmes qu’ils fabriquent, il faut appeler “chat” un chat ! Soyez le bienvenu, mon Général .
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“Quand j’étais enfant, pendant la messe, mon curé montait en chaire pour son sermon qui comportait toujours un volet ’‘séculier”. Il évoquait la vie locale, quitte parfois à être un peu intrusif, et la vie nationale sur les grands sujets du moment. De sa position dominante, le prêtre appliquait ses leçons de morale chrétienne à la vie de ses paroissiens. Il n’y avait pas besoin d’avoir un esprit fin et délié pour tenter d’en traduire l’application à ce que le pécheur vivait. Le curé parlait “cash”, comme on dirait maintenant… et même pendant l’occupation du pays par les Allemands, certains dimanches, il tenait des discours qui faisaient craindre pour sa sécurité. Il n’était pas un cas particulier, et il était courant, admis, attendu, que les prêtres se comportent ainsi. On attendait, parfois on appréhendait, le sermon du prêtre que certains trouvaient même un peu trop bavard et impliqué. Ce n’est plus le cas depuis longtemps et ce n’est pas un bon point ! En ces temps “bénis par certains côtés”, le christianisme n’avait pas de concurrent sérieux sur le continent européen, sauf d’atroces doctrines en “-isme” dont tout le monde souhaitait la mort…
On a ensuite fait descendre les curés de leur chaire, et ils sont ipso facto devenus moins audibles, malgré des progrès techniques que leur offrait une sonorisation qui, croyait-on, ne rendait plus nécessaire de s’élever pour se faire entendre. C’était l’époque où l’église, acharnée de fausse humilité et en recherche de démonstrations de misérabilisme, avait déjà le désir de se fondre dans une masse qui, ayant changé de composition, lui était devenue étrangère. Mais des “on” avaient peur que la position dominante du prédicateur puisse faire croire que l’Eglise cherchait à manifester sa domination sur l’auditoire, ce qui semblait insupportable dans ces moments où commençait à être rejetée toute autorité, même morale. Le déni de soi a frappé nos curés, comme les instituteurs qu’on a descendu de leur estrade : devenus “presque comme tout le monde”, ils n’impressionnaient plus grand monde.
Les curés sont donc descendus à hauteur des fidèles et depuis… ils n’ont plus rien à dire. Même lors de fêtes dites patriotiques, les allusions en rapport direct avec la commémoration de l’événement sont rares, et expédiées en quelques mots bien timides. J’ai entendu, il y a quelques années, lors de la cérémonie commémorative du 8 mai 1945, un prêtre déclarer que la violence ne règle jamais rien… alors qu’il rendait hommage aux victimes du nazisme qui ne put être abattu que par la violence. Seules les cérémonies d’obsèques ont, pendant un certain temps, échappé à la règle, qui veut des “prestations” désormais interchangeables : la même messe à Dieppe qu’à Carcassonne, une messe “prête-à-porter” , déconnectée du réel. rentrée dans le rang. C’est une mauvaise nouvelle de plus.
Bien sûr, la messe n’est pas une tribune politique, c est d’abord et avant tout un acte religieux dont la liturgie est le cœur. Les évangiles traitent certes de tous les aspects de la vie, mais leur sens restera obscur pour beaucoup s’il n’est pas explicité, traduit en termes clairs, appliqués au monde d’aujourd’hui, pour rendre accessible à tous les choses qui peuvent être dites des choses qui doivent être dites. Ce devrait être le rôle du prêtre, comme l’exerçait le célèbre Père Boulad, ce prêcheur enflammé, jésuite melkite égyptien connu pour ses prêches “musclés”, bel exemple à imiter de toute urgence…
Pendant une période assez longue, cette déconnexion entre l’acte religieux et la vie terrestre a été sans grande importance. Mais depuis la constante progression de l’Islam en terres chrétiennes, ce mutisme de l’Église devient de plus en plus étonnant, à en être assourdissant, incompréhensible. Les imams n’ont pas ces pudeurs et n’hésitent pas à haranguer leur auditoire, exaltant, par exemple, la résistance à l’emprise sociétale du pays dans lequel ils ont pourtant choisi de vivre… quand ils ne font pas carrément appel au djihad, à la guerre contre les insoumis, c’est-à-dire contre tous les non-Musulmans, Juifs et Chrétiens en tête. Ils ont une grande chance, car les textes de l’islam sont essentiellement des appels au combat pour conquérir le monde par la conversion, la soumission ou la mort des infidèles. Et tout imam peut, comme récemment celui de Beaucaire, dire qu’il n’appelle pas personnellement au meurtre en citant des versets du Coran, puisque c’est Allah qui parle.
En face rien, ou presque. Des prêtres “taiseux”, armés de textes humanistes ne prêchi-prêchent que l’amour de son ennemi. La partie n’est pas égale. Pourtant l’opposition aveuglante entre les textes religieux chrétiens, pétris d’amour de l’autre, et les textes islamiques, chargés de violence à toutes les pages dès qu’il s’agit des autres, autorisent des comparaisons (on dirait de nos jours : de la “publicité comparée”). Une telle pratique serait utile à tous : à destination des musulmans si possible (même si son efficacité serait marginale, tant cette collectivité est déjà encadrée, soumise)… mais à destination des chrétiens, qui ne sont pas conscients de ce qu’ils vont perdre.
L’alternative est claire, et nous la voyons à l’œuvre, avec les dégâts qu’elle entraîne : faudra-t-il se résigner, comme font les témoins de Jéhovah, qui refusent toute violence quelles que soient les circonstances car Dieu s’occupera de tout, à la fin des temps ? Faut-il s’en remettre à l’État, dont l’obsession laïcarde s’égare en discours vains, et qui est incapable d’endiguer l’invasion en cours ?
Toutes les civilisations n’ont pu naître que adossées à une religion. La nôtre est issue de 60 générations imprégnées de christianisme. Elle est menacée par une autre qui ne la vaut pas, à nos yeux en tout cas. L’Église ne peut pas se contenter de regarder passer le train. Elle doit parler. Elle dispose pour cela de milliers de bouches qui sans doute ne demandent qu’à être autorisées à le faire. Il nous faut une Église de combat. Mais est-ce un espoir raisonnable, avec le pape François ?
Signé : Général (2S) Roland Dubois
PCC, H-Cl.

