Écrit le vendredi soir 19 mars

Bonsoir,
1. Les événements se sont amplifiés.
Autour d’une syndémie peut-être, d’une pandémie sûrement et dans le mitan d’un grand bordel, certainement.
J’ai été stupéfié des dernières annonces gouvernementales. Peu claires. Et à propos desquelles d’aucuns annoncent qu’il est probable qu’elles ne freinent pas grand-chose.
On a pu voir l’humour fleurir, puisque 21 millions de personnes sont maintenant confinées dehors…!
Cette simple image, le manque de terme pour définir la situation, m’ont fait penser de près à ce que délimitent exactement les barreaux. Où est l’intérieur où est l’extérieur. Qu’est-ce qui est interdit exactement ?
C’est mignon tout plein, cette grande rosée qu’on nous distribue. Une heure de plus chaque soir ; et dans la journée : « sortez sortez, c’est le fond qui manque le moins ». (N’est-ce pas ce que nous faisions, que vous nous avez interdit ? )
2. Mais, de ce que j’ai entendu, 110.000 commerces ne doivent-ils pas à nouveau fermer ?
Quel lourd, quel énorme tribut payé à l’incompétence des gens qui parlent, ces grands chefs sioux d’une patrie diminuée ! (Astex, Vairon et Macreux s’incarnent comme l’inénarrable trio du nouvel ordre à la française.)
Commerces : malgré l’avanie promise de « la consommation » (sujet à revoir), j’aime ces gens qui agissent quotidiennement pour mon bien-être, moi qui suis leur client.
Et les fleuristes ? Quel sort va-t-on leur réserver aux fleuristes ? À l’heure où j’écris, je ne le sais pas encore.
Or voilà que les gens, comme un peuple de caméléons ensoudoyés, quittent à nouveau la capitale – pour ceux qui ont du pot, du blé, ou un refuge d’affection loin de la ville.
Pourtant ça le fait aussi pour les autres, puisque maintenant tout le monde peut partir toute la journée, autant qu’il le veut. Jusqu’à 19 h. Pas plus loin que 10 km. Gloups ! Pas terrible quand même…
Bon je me console comme je peux, malgré mon incompréhension des choses et de la réalité des choses… J’ai tendance à dire que rien n’a vraiment changé. C’est simplement, comme on le dit, un confinement qui n’en est pas – sauf bien sûr, et c’est dur, pour mes chers commerçants.
3. Vous avez dit « Rien de changé » ? Ah oui, bientôt il n’y aura rien de changé, pour nos hôpitaux, nos cliniques, nos urgentistes… Car on sait, maintes fois ça a été dit, que, depuis le jour d’aujourd’hui jusqu’à dans 3 semaines, le rythme des admissions et réanimations va aller croissant.
Waouh ! Pourquoi cela ?
Parce que, pour paraphraser un autre que j’ai entendu (qui me paraissait perspicace), c’est pas qu’on va dans le mur, mais c’est bien qu’on est dans le mur. Non, on s’est figé dans le mortier, notre silhouette s’est emplâtrée dans la construction, désuète maintenant, d’une protection dont les tiges nous embrassent, recourbées, dans leurs arènes annoncées de papier. Tout devient fictif ; la prison s’est déjà refermée. On doit le savoir. Une situation calamiteuse au jour J amène des conséquences inéluctables deux ou trois semaines après. C’était prévu, et bien prévu !
***
J’assiste donc à cette pantomime, un rien bousillé quand même dans ma fiance. Et puis malgré le comique, fatigué. Fatigué de perdre mon temps à écouter des choses auxquelles je ne peux pas croire.

