UN DISCOURS DE POUTINE (1)

Le discours de Vladimir Poutine prononcé cette semaine devant les responsables de la Douma et autres chefs politiques mériterait un complet développement [1]. Des extraits en sont lisibles sur le site de La Lettre patriote. [2] Je les ai lus. Je vous engage à en faire autant. En attendant, en voici quelques réflexions.

L’OCCIDENT COLLECTIF

Cette qualification est intéressante. L’adjectif « collectif » est à savourer venant du dirigeant d’un pays où le collectivisme a fait partie des dogmes hors desquels il n’y avait point de salut, avec ou sans passage par un hôpital psychiatrique, un centre du Goulag, ou les deux. Qu’on ne s’y méprenne pas, je ne jette aucune pierre dans les mares passées de la Russie. Si j’insiste sur le qualificatif « collectif », c’est parce que personne n’est plus qualifié qu’un mécanicien qui démonte un moteur pour déceler les pannes semblables sur les autres voitures. Poutine sait de quoi il parle, étant ni trop jeune ni trop vieux, tout en ayant participé du système.

Nous devons donc prendre en compte son discours, surtout lorsqu’il précise que cette « collectivisation » de l’Occident est dirigée « pas les États-Unis » et « extrêmement agressif envers la Russie depuis des décennies. »

Je rajoute : ces décennies semblent se prolonger, surtout avec un Macron encliqué pour livrer des canons Caesar à l’Ukraine. Si ce n’est pas un fauteur de guerre, comme le qualifier autrement ? Peut-être, plus trivialement, comme un « fouteur de merde » ? Rien ne serait plus adéquat, pour un président qui voulait et ne se dédit pas de vouloir « emmerder les Français ». Il passe à l’international, en conservant ses options profondes. Quoi d’étonnant.

DES INITIATIVES DE COOPÉRATION

Poutine revient sur leurs « propositions visant à créer un système de sécurité égalitaire en Europe » et sur leur rejet. Il note aussi les « avertissements concernant le caractère inacceptable de l’expansion de l’OTAN, notamment aux dépens des anciennes républiques de l’Union soviétique. »

Comment ne pas le croire, surtout quand on lit The Grand Chessboard de Zbigniew Brzezinski. Ce texte reste éclairant sur la nécessité pour les USA de déstabiliser la Russie (Soviétique ou intemporelle) par la prise en main du pivot que représente l’Ukraine. Le moins qu’on puisse dire, est que, contrairement aux politiques étrangères de la France qui se perd d’un coup à l’autre, les USA font preuve de constance et de vision au long cours. Et la Russie aussi, d’ailleurs. Bigre que nos prétendus « grands hommes » sont petits, minuscules, et arrogants !

Mais il y a pire : cette phrase de Poutine évoquant « une éventuelle intégration de la Russie dans cette alliance de l’Atlantique Nord, au stade de nos relations sans nuage avec l’OTAN, comme cela semblait être le cas à l’époque. » Ici, le message était clair : attention à ne pas nous obliger à trop « copiner » avec la Chine. Mais la clarté aveugle trop souvent les « FDM » [3] et le résultat pourrait bien nous revenir comme un boomerang mal dirigé.

LE TERRORISME ET LE SÉPARATISME EN RUSSIE

Les USA ont donc refusé d’accepter un OTAN « russifié ». Cette hypothèse de pont est-ouest était-elle inenvisageable ? Non ! Et d’autant plus qu’elle a déjà existé pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Combien de milliers de tonnes de matériel militaire les convois US vers la Russie par les mers nordiques ont-ils livré aux armées de Staline ? Parlons en millions et nous seront plus proches de la réalité.

Et puis, comment interpréter le décès « accidentel » du général Patton qui voulait poursuivre son avancée un peu trop à l’est ? Gênait-il quelque plan entre les deux « Grands » ?

Mais puisque cet accord n’a pas eu lieu, il ne restait plus à cet « Occident collectif » et à ses « parrains » à soutenir « le terrorisme et le séparatisme en Russie, ainsi que les forces destructrices internes et une “cinquième colonne” dans notre pays. »

Poutine est-il trop avancé dans cette affirmation ? Pourquoi pas, mais… les USA n’ont-ils pas montré depuis des décennies leur « investissement » dans tous les pays d’Amérique latine, dans les pays d’Extrême-Orient, sur les franges sud de la Russie, et jusqu’en Ukraine ?

LA GUERRE DANS LE DONBASS

Le président Poutine montre du doigt : « La guerre [dans le Donbass] a été déclenchée par l’Occident collectif qui a organisé et soutenu le coup d’État armé anticonstitutionnel et Ukraine en 2014, puis a encouragé et justifié le génocide contre le peuple du Donbass. L’Occident collectif est l’instigateur direct et le coupable de ce qui se passe aujourd’hui. »

Dans cette phrase, ce n’est pas l’OTAN qui est visé, mais l’Occident collectif. Pensons-y ! La France macronienne s’y trouve plongée dans son m…ier. Comment s’en sortir proprement ? Assez difficile avec notre président spécialisé en basses besognes.

Quoi qu’il en soit, Poutine nous reconnaît une réussite dans la provocation de ce conflit, le passage à « une nouvelle étape dans la lutte contre la Russie », ainsi que dans le confinement de la Russie.  

UN PAS PLUS HAUT VERS L’INTERNATIONAL

Loin de s’apitoyer, loin de céder au vertiges des paroles flamboyantes (La route du fer est coupée, etc.) la lecture de Poutine est en rapport avec la grande politique : « notre opération spéciale … signifie le début d’une rupture radicale de l’ordre mondial de type américain. C’est le début de la transition de l’égocentrisme américain libéral-mondialiste vers un monde véritablement multipolaire fondé sur… le droit international et la véritable souveraineté des nations et des civilisations, sur leur volonté de vivre leur destin historique, avec leurs propres valeurs et traditions… »

Poutine a donc jeté son gant à la face de l’adversaire, à la manière russe : attentiste, attentive, mais résolue, jouant sur le long terme : « Chacun doit comprendre que ce processus ne peut être arrêté. Le cours de l’Histoire est inexorable, et les tentatives collectives de l’Occident d’imposer son nouvel ordre mondial au reste du monde sont vouées à l’échec. »

EN PREMIÈRE CONCLUSION

Les fervents macronophiles et apparentés auront beau dire, nous devons répondre et nous opposer à leur regard sur le monde et à leurs actions agressives et vicieuses (rappelons-nous la sauvagerie des forces dites « de l’ordre » envers les Gilets jaunes, et leurs replis dans certains territoires « en voie d’occupation », et donc de « collaboration »). C’est plus qu’un devoir de sécurité, c’est un devoir civilisationnel.

Et s’il ne fallait qu’un exemple – mais quel exemple ! – je préfère sans hésitation un Poutine qui inscrit dans la constitution russe : [4]

« …la protection de la famille, de la maternité, de la paternité et de l’enfance; la protection de l’institution du mariage comme l’union d’un homme et d’une  femme; la création des conditions d’une éducation digne des enfants dans la famille, et également de la réalisation par les enfants adultes d’obligation de prendre soin de leurs parents… »

« La Fédération de Russie, unie par une histoire millénaire, préservant la mémoire des ancêtres, qui nous ont transmis des idéaux et la foi en Dieu, ainsi que la continuité dans le développement de l’État russe, reconnaît l’unité étatique historiquement établie. »

Et franchement, entre l’association woke et cancel culture qui nous colonise depuis les USA et la nouvelle version de la constitution russe, aucune hésitation possible. Non à la culture de mort !

Antoine Solmer

(À suivre)

[1] https://www.youtube.com/watch?v=b50NXtXpnTg

[2] https://lalettrepatriote.com/loccident-a-degenere-en-totalitarisme-voulant-imposer-un-liberalisme-totalitaire-comprenant-la-fameuse-cancel-culture/

[3] FDM : Fouteurs de merde, dont Macron n’est pas le seul représentant.

[4] https://rm.coe.int/constitution-of-the-russian-federation-fr/1680a1a260