LE PASSE SANITAIRE AU CABINET

PARÉ POUR LE VIRUS ?
PARÉ POUR LE VIRUS ?

Le Quotidien du médecin, journal professionnel bien connu, nous apprend qu’un généraliste du Mans « entend imposer » de « présenter un pass (sic) sanitaire pour obtenir une consultation. »[1] Le généraliste s’explique : il en a « fini avec la pédagogie », et n’a « plus envie de mettre en jeu la santé de [ses] patients ni la [sienne]. »

Message théoriquement reçu fort et clair par 95% de ses patients qui « applaudissent [sa] décision. »

Eh bien mon gaillard ! Si 95% de vos patients applaudissent ensemble, ça va vous valoir une amende pour tapage, diurne ou nocturne. En attendant ça fait du bruit dans le Landerneau médical. Et comme d’habitude les confrères se « bouffent le nez ». Pas besoin d’avoir passé un certificat d’ORL pour ça.

Le président du conseil départemental de l’ordre des médecins de la Sarthe dit « hors de question… » et le président des Généralistes-CSMF (Confédération des Syndicats Médicaux Français) trouve la question légitime. Elle concernerait d’autres praticiens en ville qui « … souhaitent aussi protéger leurs patients qui sont exposés dans les salles d’attente et également leurs personnels qui peuvent être contaminés “même s’ils sont eux-mêmes vaccinés”.».

D’un autre côté, on peut se poser la question de savoir pourquoi le cabinet du ministre de la Santé a refusé d’inclure les cabinets de ville dans les réunions où se discutait la réglementation sur le fameux passe.

Et on attend ce que rajoutera – peut-être – le Conseil national de l’ordre des médecins qui déjà « s’inquiète vivement des conditions de mise en œuvre d’une telle disposition, qui ne doit pas priver des patients de soins, alors même que les conséquences délétères de la crise sanitaire en termes d’accès aux soins et de suivi des malades, et notamment des malades atteints de pathologies chroniques, sont largement documentées. »[2]

Une belle salade en perspective : Une de plus, qui pose bien des questions !

UN MÉDECIN PEUT-IL REFUSER UN PATIENT ?

Oui, il le peut, en se fondant sur le code de déontologie, qui, je le rappelle, fait partie intégrante du Code de la santé publique, et plus spécifiquement sur l’article R4127-47 : « Hors le cas d’urgence et celui où il manquerait à ses devoirs d’humanité, un médecin a le droit de refuser ses soins pour des raisons professionnelles ou personnelles. »

Et cela est parfaitement logique et adapté à la pratique, pour les médecins qui sont restés humains et ne se cachent pas derrière une automatisation des prescriptions d’IRM et des examens à la va-vite.

Car, vouloir vraiment soigner quelqu’un, c’est aussi et plus souvent qu’on le croit, vouloir le connaître pour l’amener à la propre connaissance de son mal, dans un but thérapeutique. Il y entre une bonne part « d’atomes crochus ». En général, ça passe. Mais il arrive que ça casse. C’est humain. Soyons d’abord humains pour être médecins.

Sinon, on devient « officier de santé » avec la réduction fonctionnelle que cela entraîne.

Si la réciproque est vraie (libre choix du médecin par son malade), reconnaissons qu’elle devient chaque jour plus difficile, avec les contraintes administratives et la pénurie de médecin.

Sans plaider pour un vagabondage des patients d’un médecin à un autre, reconnaissons que demander un ou deux avis complémentaires de généralistes ressemble à un exploit. Bien sûr le bureaucrate de service a prévu l’appel au spécialiste. Mais un spécialiste n’a pas la même approche qu’un très bon généraliste. Ce n’est pas le même métier. Hormis des cas particuliers, c’est la discipline qui le veut. Même dans une boulangerie-pâtisserie, il y a des préférences. Alors en médecine…

MAIS TOUT DE MÊME, SE FAIRE VÉRIFICATEUR-TAMPONNEUR DE PASSE !

Une fois de plus, revenons au terrain, sinon le cerveau tourne à vide, et tend vers le vide.

En pure technique médicale, plutôt qu’un passe, pourquoi ne pas recevoir uniquement les patients non porteurs de virus. C’est-à-dire avec test antigénique négatif, doublement contrôlé, bien sûr, datant de quelques minutes. L’ensemble après être passé par un sas stérile vérifié, et vêtu d’une combinaison NBC chacun. Voilà qui me semblerait logique, assez proche d’une sécurité bien faite, mais peu pratique, pour ne pas dire irréaliste.  Quant à examiner quiconque dans ces conditions…

Est-ce vraiment cela que ce médecin souhaite ? Rêve-t-il d’une médecine sans risque de contagion ? Sans risque du tout, d’ailleurs ? Sans tuberculose contagieuse, sans gale, sans alcoolique énervé, sans psychiatrique agressif, sans revendicateur pathologique, sans drogué, sans bagarres, sans… sans médecine réelle ?

Il arrive à chacun d’avoir à se contenir, dans ce f… métier. On supporte dans le cabinet ce qui mériterait deux baffes en ville, on vaporise un désodorisant après certaines personnes au fumet expressif, on intervient dans des conflits familiaux, on fait un fond d’œil à deux centimètres d’un comateux qui dégueule, on navigue dans la pisse et la merde et le pus, on contient des agités, on plonge dans l’humain, parfois merveilleux, parfois dégueulasse, et c’est autant passionnant que fatigant.

Oui, les malades sont passionnants et fatigants. Mais surtout, les contraigneurs technocrates administratifs sont fatigants, seulement fatigants, et chaque jour davantage. Mais eux, s’en moquent, protégés et irresponsables qu’ils sont, exemples de morts-vivants, propagandistes de la servitude volontaire.

UN DIAGNOSTIC ? UNE ORDONNANCE ?

Une des meilleures façons de délabrer un cerveau est de l’abreuver d’ordres contradictoires. Or cela fait deux ans que ce président s’amuse à ce petit jeu.

Si la vaccination, les masques et autres singeries-barrières n’empêchent pas les contaminations (c’est bien ce que dit le président de Généralistes-CSMF), c’est que le passe dit sanitaire n’est qu’une fumisterie de plus. Il faut mesurer les dégâts psychologiques que chacun subit, les médecins qui réfléchissent en particulier, placés au pire endroit de ce vertige imposé.

Alors, peut-être ce médecin généraliste de la Sarthe est-il au bord de la dépression (je récuse le terme burn out, aussi idiot que stérile) ? Peut-être, embarqué dans le délire à géométrie variable de notre gouvernement a-t-il masqué sa « fatigue mentale » derrière son laïus qui me semble pathétique ?

Si tel n’est pas le cas, autant qu’il change de métier.

Sinon, qu’il ose consulter un bon généraliste (il en reste) ou un psychiatre. Mais pour un médecin, c’est beaucoup moins facile. Les études l’ont prouvé.

[1] https://www.lequotidiendumedecin.fr/liberal/exercice/pass-sanitaire-au-cabinet-un-generaliste-veut-limposer-ses-patients-lordre-dit-niet-mais-la-question

[2] https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/communiques-presse/pass-sanitaire-acces-soins