
Je viens de regarder avec attention, malgré un peu de retard, l’émission Face à la rue, pilotée par Jean-Marc Morandini du 25 octobre avec Éric Zemmour en vedette.
EN PREMIER QUELQUES REMARQUES D’ORDRE GÉNÉRAL
L’idée est très bonne et elle fut bien menée par JMM, malgré, m’a-t-il semblé, quelques passages où il laissait filtrer des opinions personnelles dépassant le cadre du strict journalisme. Peut-être plus par le ton que par les mots. Cela s’entend, et ne sert la cause d’aucun des personnages dans leur discussion. Cependant, qui est parfait ? Donc, satisfecit !
L’émission a duré environ 1 heure 20, et elle ne m’a pas paru trop longue. Autre élément qui montre son attrait. Certes, la personnalité d’Éric Zemmour y est pour beaucoup, mais tout de même, le rythme, l’ambiance et les interlocuteurs choisis ont bien participé, chacun dans leur rôle, et la foule aussi, dont on n’a pas vu les détails mais qu’on a pu entendre en certaines occasions.
REMARQUES SUR LES DIALOGUES
UNE EXCEPTION
Ils se sont presque tous bien développés, sauf le dernier avec l’orateur de La France Insoumise David Guiraud. On a beau le présenter de-ci de-là comme brillant punchliner (horrible barbarisme), il s’est montré sous la vieille et classique pelure d’un staliniste de la belle époque : mensonges, contradictions inutiles, haîne recuite, et autres grands classiques du blocage systématique. Mais en face de Zemmour, ça ne fait pas le poids. Faut-il en être surpris ? Certainement pas. Un petit poulet qui veut grandir à l’ombre de Jean-Luc Mélenchon, mais qui ne lui arrive pas à la cheville. Non que je soutienne JLM, mais il faut reconnaître son intelligence et même, souvent, son panache. Cependant quand on veut défendre les vieilles lunes du communisme, en dépit de ses catastrophes, y compris et surtout dans le pays où il s’est montré capable du pire, la tâche est rude et ingrate. Et on ne reproche pas à un journaliste ses « dîners en ville » qui font partie intégrante de son métier. Qu’on aime ou pas, c’est une tradition française. Et puis, ce reproche, ça sent son aigreur de ne pas avoir été invité.
UN DEUXIÈME GROUPE : LES DISCOURS PRÉPARÉS
Il s’agit en général de personnes plus « préparées », attachées de près ou de loin à une fonction représentative.
Par exemple M. David Lebars ce commissaire de police demandant des solutions immédiates, et tentant d’échapper à celles que préconise EZ. Mais comment ne pas le comprendre ? Lui aussi a son poste à défendre, non seulement dans la rue, mais aussi dans les bureaux de la hiérarchie. Alors, certes, il se retourne contre les défaillances de la suite pénale. C’est tellement connu et répété chaque jour qu’aller contre aurait fait rire. La différence est qu’EZ pense non seulement à court terme, mais aussi à long terme. Et le court terme, on en crève ! Ou plutôt, les Français réels en crèvent, quelles que soient leurs origines. Seuls les politicards s’en gobergent à s’en étouffer. Donc, ne les plaignons pas, comme le fameux Toubon dont EZ souligne clairement le retournement de veste, dans le sens du vent (est-il besoin de le préciser ?).
Le sénateur Xavier Iacovelli, lui aussi est resté dans son rôle estampillé LREM. Il devait penser déstabiliser EZ en évoquant « vos phobies, vos peurs », et en le pressant de « sortir de se rôle de polémiste et de devenir un homme politique ».
Si ce n’est pas une faute psychologique, je demande à voir d’autres exemples. Ou simplement, la voix de son maître ! Il refuse de faire de l’immigration un sujet de politique. La voix qui ne veut pas parler ! Cela, paradoxalement, en dit long.
Réponse cinglante et juste d’EZ : vous utilisez une terminologie de gauche. Il ne faut pas dire tout et son contraire. Moi, je parle. Vous êtes un produit du clientélisme, vous n’êtes pas libre de dire que ce que vous voulez ! En quelques lignes, le tableau est fait.
Il ne restait à ce sénateur qu’à tenter de se sortir de ce mauvais pas en attaquant ad hominem : « Je vois en vous beaucoup de noirceur… Ne soyez pas le grand déprimeur de la France. » Là-dessus il veut embrayer sur les créations d’emploi dans les Hauts-de-Seine.
Raté ! EZ lui renvoie la balle depuis le filet : il explique que les entreprises qui y avaient été attirées à coups d’avantages fiscaux mettent la clef sous la porte et se « rapatrient » à Paris.
Exit le sénateur.
Autre personnage englué dans un discours de circonstance, Mme Laure Tournier de l’association Art et Sport de Drancy qui s’enferrait dans un discours surréaliste, ventant une gloire de 103 ans – et pourquoi pas – théoriquement exempte de tout problème, alors qu’autour du groupe, les « jeunes » la traitaient de menteuse, et que son « adjoint fonctionnel », président, s’était déjà perdu dans son petit discours mal lu. Au fond, ces braves gens faisaient peine à voir, certainement pleins de bonne volonté, d’espoir, mais aveugles au déferlement de la tempête.
LE TROISIÈME GROUPE : LE PLUS VIVANT
Force est de constater que ce troisième groupe, constitué de personnes dites « de la diversité » a montré plus de vie réelle, plus d’authenticité que les précédents.
Cela s’est très bien senti, non seulement pour le téléspectateur, mais aussi pour les intervenants, malgré les dissensions attendues. Sans parler d’harmonie – loin de là – les protagonistes osaient s’exprimer clairement, sans fard. Et je ne crois pas me tromper en disant qu’EZ a trouvé des terrains d’entente, aplani des difficultés, pris certains de ses contradicteurs sous une sorte de charme.
Par exemple, Mme Rachida Boukhris, cette dame portant un voile, modeste, certes, mais marqueur de sa religion musulmane.
Le morceau de bravoure de ce passage est maintenant bien connu, c’est le moment où la dame demande à EZ d’enlever sa cravate en échange de son voile, ce qu’ils feront tous les deux, alors que le journaliste continue d’expliquer que sa cravate n’est pas un signe religieux à la différence du voile. Certes Mme Boukhris persiste à le présenter comme un signe de sa liberté, et elle se met en porte-à-faux par rapport à sa religion. Le drame – pour elle – est qu’elle est certainement une très brave et honnête personne prise dans une crise qui la dépasse. Qui nous dépasse, pour être franc.
EZ aura la capacité de lui répondre par les consignes de sa grand-mère en sortant de la synagogue : « Mets ta calotte – on ne disait pas kippa – dans la poche ».
Certes, l’un a remis sa cravate et l’autre son voile. Mais un rapprochement est possible. En voilà un exemple.
- Kamel Madani, est présenté comme professeur (je ne sais de quoi) après un emprisonnement pour violences multiples. Lui, parle de « bêtises » et tient à son terme. EZ lui reproche un certaine dénaturation du vocabulaire. Le terrain passe à la question des peines et de la fameuse « double peine », expression de la gauche s’il en fut. Là encore, passe d’armes lorsqu’EZ évoque dans ces cas, la perte de la nationalité française pour les personnes ayant la double nationalité, et donc le renvoi dans leur pays. M. Madani parlera alors de « devenir apatride ». De quoi est-il professeur, au fait ? Car un Franco-Algérien devenant Algérien me semble avoir une patrie, au moins depuis 1962. Comme certaines réalités sont dures à comprendre pour ceux qui veulent « le beur et l’argent des non-beurs » !
Par la suite M. Madani croira s’en tirer en se réfugiant derrière son père, rejetant la faute, comme un gamin pris la main dans le pot de confiture. Cela n’élève pas le débat. On ne s’attendait pas à un cours de philo, mais tout de même, quelle piètre défense ! Quel manque de dignité à côté de Mme Boukhris !
Avec le boucher Hallal Salim la rencontre sera très sympathique. Si l’on croyait enfermer EZ dans un conflit stupide, il s’en sort par le haut en affirmant simplement « qu’une boucherie Hallal ne le gêne pas, mais que toutes les boucheries soient hallal le gêne. » Cela posé il ne reproche rien au commerçant qui fait simplement son travail.
Et pour mieux marquer le fond du problème, il demande s’il reste des boucheries non hallal. Réponse : non. Pendant que les gens précisent qu’il y avait des boucheries « françaises » et des boucheries hallal. Tout est dit, comme le fait remarquer EZ. L’ambiance était très bonne.
Autre personnage passionnant, M. Kevil Elarbi, portant le double casquette de soutient d’Assa Traoré et militant pour les droits LGBT.
Avant même le mini-débat, EZ reprend le curriculum du clan Traoré, selon ce que disent les policiers : famille mafieuse qui écume la banlieue, polygames, qui devraient rendre hommage à leurs victimes.
La conversation, bien menée de part et d’autre, portera sur les risques plus importants pour des manifestant de type extra-européen d’être confrontés aux forces de police, ce qu’aquièscera EZ. Mais aussi sur le mariage pour tous auquel EZ préfèrerait une union civile avec les mêmes droits qu’un mariage, mais sans le mot, pour en pas déstabiliser la société et cette institution.
EZ en profitera pour refuser que tout adolescent à la recherche de son identité soit qualifié de transgenre. Plus tard, adulte, le problème sera différent.
FINALEMENT, ÉRIC ZEMMOUR
D’abord, pardon d’avoir souvent remplacé son nom par ses initiales. Je reviens aux questions essentielles et à son nom complet.
Ensuite, les téléspectateurs auront remarqué que ma classification en trois groupes ne respecte pas la chronologie de l’émission. Mon choix me paraît plus proche d’une réalité de terrain. Et pour être clair, ma sympathie, même en contradiction, va plutôt au troisième groupe. Mais la devise de ce blog valorise le terrain, n’est-ce pas !
Chaque sortie d’Éric Zemmour confirme sa maîtrise du sujet fondamental qui est celui de la vie, ou de la survie, de la France. Il le souligne en citant ce professeur d’histoire qui disait faire une leçon fondamentale : « En premier, il y a la démographie, en deuxième lieu, la démographie, et en troisième, la démographie. »
Il ne veut plus de l’application automatique et immédiate du droit du sol, donc de l’attribution sans condition de la nationalité française.
Quel candidat a jamais souligné ces points essentiels ?
Il a aussi marqué les bases de ses réflexions profondes. La France, ce n’est pas une carte d’identité, mais une acceptation, une assimilation de son histoire, de sa langue, de ses mœurs.
Pas de marques religieuses dans l’espace public et liberté à la maison.
Et quant au nerf de la guerre, il le répète et le répétera autant de fois que nécessaire : la France a été trop accueillante, trop généreuse, et n’en a plus les moyens.
Il sait se dire choqué quand il le faut. Il sait aussi bien laisser parler son contradicteur que lui répondre vertement si nécessaire. Cela nous le savions déjà sur les plateaux de télévision, mais dans la rue, en ambiance indécise, c’est un autre travail.
Ici, c’est une réussite. Et ce n’était pas gagné d’avance. Surtout pour un Juif dans une ambiance musulmane. C’est une immense part de victoire.
Surtout, il n’a jamais méprisé ses contradicteurs, tout en les ramenant à leurs failles, même lorsque ceux-ci se laissaient aller à des attaques aussi faiblardes que mal inspirées (plutôt dans le deuxième groupe).
Cette émission coupe court – pour les honnêtes gens – à toutes les interrogations bêtifiantes (Mais qui mettre à la place ?), ainsi qu’à tous les mensonges (Zemmour est raciste, etc.) mais surtout aux aveuglements dirigés prétendant qu’il n’a pas de programme.
Un programme, c’est d’abord et obligatoirement une pensée mise en actions et non des actions prévues étalées pour remplir des pages où chacun trouvera son petit bonheur.
La vie d’une nation demande des convictions, des forces et des idées d’identité appliquées au terrain.
Son positionnement de droite et comme Juif dans une ambiance a forte identité musulmane n’a pas créé de conflit racial. C’est une énorme victoire, un signe à garder en mémoire pour la suite.
Zemmour est l’homme de la situation.

