QUAND LE TEXTE PRÉSENTÉ A-T-IL ÉTÉ ÉCRIT ?
Quand vous lirez le texte suivant, vous aurez l’impression, comme moi, qu’il est sorti la veille d’un journal de bonne tenue. Et pourtant, l’édition posthume date de 1950. Cependant l’auteur ayant commencé son livre avant la guerre et étant mort en 1944, c’est de cette période qu’il s’agit. Est-ce étonnant, ou parfaitement logique compte tenu des suites qui nous ont menés là où nous en sommes ? Jugez-en !
GARDER LE CONTACT AVEC LA RÉALITÉ
C’est quand l’individu est sorti des mains des professeurs et libéré des examens et des concours, qu’il peut commencer son éducation intellectuelle.
Il faut d’abord s’entraîner à voir, à sentir, à écouter, à observer, à juger; en d’autres termes, à entrer en contact avec la réalité. Le travail manuel est indispensable à tous, car la précision des gestes aide celle de la pensée. Mais nul ne doit s’enfermer complètement dans la technique d’un métier après qu’il a acquis la maîtrise de cette technique. Un sculpteur peut, comme Michel-Ange, être également peintre et architecte. Rien n’empêche un financier de suivre l’exemple de Lavoisier, et de devenir chimiste ou physicien.
Le temps que nous perdons à des bavardages stupides, à des obligations mondaines illusoires, au cinéma, au théâtre, au golf, nous permettrait, s’il était bien employé, de connaître le monde où nous vivons, et celui où nos ancêtres ont vécu.
Si, au lieu de lire des journaux et des revues écrits pour plaire à la multitude des atrophiés mentaux, nous apprenions dans les livres et les journaux techniques, ou dans les bons ouvrages de vulgarisation scientifique, les choses qui ont trait à notre vie, à celle de nos enfants et au monde qui nous entoure, nous aurions la joie de voir notre horizon s’étendre de façon merveilleuse. Nous saurions comment est constitué l’univers dont nous faisons partie; comment nous sommes constitués nous-mêmes, comment nous pouvons développer les forces cachées de notre corps et de notre âme; comment enfin il nous est possible de faire de nos enfants des êtres meilleurs que nous.
Aucun de ceux auxquels les conditions matérielles de l’existence permettent de le faire, n’a le droit de rester un barbare ignorant. Et, de cette barbarie ignorante, le certificat d’études et le diplôme du baccalauréat n’ont pas à eux seuls le pouvoir de nous tirer.
Les époques de décadence sont caractérisées par la médiocrité des chefs. La foule souffre de n’admirer personne, car le culte des héros est un besoin de la nature humaine; et aussi une condition indispensable du progrès mental.
Dans les pays démocratiques, il n’existe pas d’homme capable de servir de modèle à la jeunesse. Heureusement, la société se compose, non seulement de vivants, mais aussi de morts. Et les grands morts vivent encore au milieu de nous. Il suffit de le vouloir pour les contempler et les entendre. Ne sont-ils pas présents, par exemple, dans la splendeur du Mont-Saint-Michel, dans la lumineuse grandeur de Notre-Dame de Chartres, dans la virilité du château de Tonquedec ? En méditant leur histoire, nous vivons avec eux. Par exemple: le commerce de Roland, de Charlemagne, de Dante, de Jeanne d’Arc, de Goethe, de Pasteur, n’est-il pas plus profitable que celui d’une étoile de cinéma?
MA LECTURE
Le titre de l’article présenté semble avoir été écrit exprès pour Geocortex.site. Ce « garder le contact avec la réalité » devrait être une maxime relue et appliquée chaque jour. Qu’ y retrouvons-nous ? D’abord une conclusion temporelle : au sortir des enseignements rigidifiés, on « peut commencer son éducation intellectuelle ». Que n’écrirait-il aujourd’hui ?
Et tout de suite, le programme se développe, fondé sur l’apprentissage par les sens. Ne nous trompons pas. Ce n’est pas le Décameron. C’est la grande association par laquelle l’Homme s’est séparé du singe : l’émergence de la prise manuelle par opposition du pouce aux autres doigts, et la représentation de celui-ci sur son aire cérébrale spécifique. cela, sans négliger non plus les autres sens. N’oublions pas qu’Alexis Carrel obtint le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1912. Encore une gloire oubliée, pire, niée, déboulonnée. La France…
La réalité ne peut se séparer de nos sens fondamentaux. Ensuite, chacun réalisera à sa façon le va-et-vient si humain (une fois de plus) entre la représentation et l’idée. entre le concret et l’abstrait, autant de fois que nécessaire, dans les deux directions.
Carrel oppose fondamentalement les activités de « happy few » et de distractions réductrices à l’amplification de nos connaissances que de bons guides peuvent nous fournir. L’univers, il le veut, sinon à portée de main, mais à portée de neurone. Et là encore, non comme une technique désincarnée, mais comme une ampliation de notre être. Le mot cosmos n’est pas écrit, mais il résonne à nos oreilles, dans son sens grec, où l’harmonie entre l’homme et l’univers étayait la recherche du beau, du bien et du vrai. De là, naîtraient les forces profondes dont chacun de nous est porteur, souvent sans s’en douter. Et, prolongement vital, utiliser ces nouvelles connaissances pour « faire de nos enfants des êtres meilleurs que nous ». Voilà qui renvoie les vieilles lunes du progressisme de la Gauche aux trous noirs dont elles n’auraient jamais dû sortir.
Enfin, la conclusion si réelle concernant l’inanité des « élites » (plus que pseudo) de nos pays démocratiques. Ceux-là sont morts, plus que morts, malgré les apparences, relégués au rang de momies desséchées, alors que la galerie des « grands morts » nous guide fraternellement. N’oublions pas les grands lieux auxquels il se réfère : Notre-Dame de Chartres, le Mont-Saint-Michel. Aurait-il écouté Zemmour, par hasard ?
Permettez cependant que j’insère une mention spécifique enrichissant l’un de ces lieux inspirés : le bleu de Chartres, qui, à lui seul, nous offre un autre ciel.
Et pardon pour le château de Tonquedec* dont je découvre l’existence. Honte à moi !
* : Orthographe du texte original
Antoine Solmer


