
DEUX IMPERATORS DE L’IMPÉRATIF ?
Hier, nous avions une leçon de démocratie avec Dupont-Moretti qui condamnait l’impératif. Ah ! Le pauvre homme… voici que le professeur Fischer, alias « Monsieur Vaccin » s’exprime dans le Journal du dimanche, repris dans Le Monde, lui enfonce un clou, ou plutôt une seringue : vacciner les adolescents de plus de 12 ans est un « impératif arithmétique ».
Alors, sommes-nous, ou ne sommes-nous pas en démocratie ? Ou pire, si l’impératif en est la pierre d’achoppement, lequel de ces bonshommes vouer aux gémonies ?
Toujours pire, si nous jouions aux sophismes, nous clamerions la formule : « Il est impératif de vivre en démocratie. » Cela ressemble fort au célèbre : « Un Crétois a dit : tous les Crétois sont des menteurs. »
D’accord, quelques coupeurs de cheveux me reprendront : ce ne sont pas les mêmes impératifs, et puis, ce n’est pas la même situation, et puis, ce ne sont pas les mêmes personnes, et puis… et puis…
Pourtant, il s’agit bien de deux personnages imposés sur le devant de la scène qui nous donnent des ordres, des impératifs, qui s’immiscent dans notre vie privée. Cela nous donne, nous impose, impérativement, en tant qu’homme libre, le devoir de leur répondre.
LE POINT DE VUE (EN RACCOURCI) DE KANT
Les deux premiers modes de jugements
Kant a posé trois modes de jugements selon les possibilités de les affirmer ou de les nier. Il y associe respectivement trois impératifs (habileté, prudence, morale)
Pour simplifier, appelons PAN cette Possibilité d’Affirmation ou de Négation.
- Le jugement problématique est lié à un impératif d’habileté. La PAN n’est que possible, si l’on possède l’habileté, les capacités. Par exemple : la recherche scientifique.
- Le jugement assertorique (un grand mot pour dire que l’on fait des assertions, qu’on affirme quelque chose). Il est lié à un impératif de prudence. La PAN y est réelle mais ni nécessaire ni obligatoire. Par exemple la recherche du bonheur, du beau, du bon goût, etc. Et comme des goûts et des couleurs… on comprend que ces jugements peuvent diviser le monde en autant de variantes que d’individus.
On comprend que ces deux premières catégories de jugements, avec leurs impératifs, sont hypothétiques. Autrement dit, on peut toujours les associer à une condition pratique, un si….
Exemples :
Si tu veux savoir si tel vaccin est associé à un risque particulier, il faut savoir faire les expériences nécessaires.
Si tu veux forger ton sens du beau, tu peux fréquenter le musée du Louvre, etc.
Le troisième jugement est différent :
- Le jugement apodictique (signifie : doit être démontré). La PAN est nécessaire. Il est lié à l’impératif moral qui est dit catégorique.
C’est ici que Kant place la barre au plus haut degré. Certes, l’impératif moral est nécessaire. Mais il s’appuie sur des commandements, lesquels, à la différence des commandements religieux ne s’imposent pas dans la stricte soumission à une divinité, mais nécessitent le passage au crible de l’humain raisonnant.
Plus fort encore, cet humain doit être « presque désincarné ». Il fait agir sa raison, en pleine volonté, sans rechercher aucun but pratique. Cette raison exige l’universalité et la non-contradiction logique.
Le commandement princeps de Kant se traduit ainsi
« Agir de façon que la maxime issue de ma volonté agissant par impératif moral (catégorique) devienne un principe de législation, en tout temps, en tout lieu. »
Je ne poursuis pas davantage, pour revenir à nos tendres agneaux, bizarrement nommés Dupont-Moretti et Fischer.
COMME FISHER EST BIEN LOIN DE KANT !
Qu’en est-il de cet « impératif mathématique » de M. Fischer ?
Après cette introduction :
« Si le bénéfice individuel de la vaccination pour les plus jeunes est minime, car ils ont peu de risques de développer des formes graves de la maladie, c’est en termes d’immunité collective que cette dernière est envisagée. »[1]
Il le précise ainsi :
« Pour parvenir à l’immunité de groupe, il faut vacciner 90% des 12 à 100 ans ; si bien qu’elle restera hors d’atteinte même en vaccinant la quasi-totalité des adultes. »
Le lecteur classera cette affirmation dans la catégorie problématique. Car elle repose sur un raisonnement d’apparence scientifique. Mais à bien la lire, on constate que bien des conditions sous-entendues se démasquent. Une formulation plus longue mais plus précise ressemblerait à ceci :
« Si l’on vaccine 90% des 12 à 100 ans, et si on vaccine la quasi-totalité des adultes, l’immunité de groupe restera hors d’atteinte). Le moins qu’on puisse dire est qu’on est pleinement dans le domaine hypothétique, avec deux conditions non suffisantes pour atteindre le but cherché (l’immunité de groupe). Cela s’appelle-t-il vraiment un raisonnement scientifique ? Sans autre information, la réponse est négative.
Mais quand « Monsieur Vaccin » précise : « L’immunité de groupe est à l’horizon »[2], je me demande si M. Fischer a oublié que cet horizon n’est jamais que cette ligne imaginaire qui recule au fur et à mesure de notre avancée. Et c’est très bien ainsi, cela nous ramène à plus d’humilité… pourvu qu’on n’oublie pas les grandes leçons de la nature.
Ce n’est qu’une image, me dira-t-on, pour décider les gens, pour les amener à se protéger, pour se faire vacciner.
J’y consens, et même j’approuve. C’est une image, une de ces images que les vrais scientifiques feraient bien d’oublier. Mais certains, veulent sauter dans les escaliers de la politique, au risque de s’y casser une patte.
Or, ce n’est pas tout. Je lis un complément de son interview :
« L’idée de vacciner les ados à la place des adultes réticents est éthiquement inacceptable », mais « l’ouverture mardi aux ados se justifie », car « c’est un impératif arithmétique : pour parvenir à l’immunité de groupe, il faut vacciner 90 % des 12 à 100 ans ; si bien qu’elle restera hors d’atteinte même en vaccinant la quasi-totalité des adultes. » [3]
Vous avez bien lu : « éthiquement inacceptable », mais…
C’est bien la preuve du salmigondis de ce « Monsieur Vaccin ». On se débrouille avec des bouts de ficelle pour présenter un paquet-cadeau dégotté aux puces de Big Pharma.
Kant, est mort, bien mort, assassiné par M. Fischer, et sa bande. Ne lui mettons pas tout sur le dos.
Après tout, il n’est que le continuateur de Mme Buzin, qui avait décidé de faire passer de trois à onze le nombre de vaccins obligatoires pour les enfants de moins de deux ans. Il n’est jamais que le président d’un Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale depuis décembre 2020, et il s’inscrit dans cette longue liste de scientifiques penchant largement à gauche.
Et le moins qu’on puisse dire, est qu’il n’est pas nécessaire de nier leurs connaissances médicales ou juridiques pour affirmer que leurs conclusions décisionnelles sont systématiquement biaisées : se payer de grands mots et imposer au public des décisions plus que douteuses, pour ne pas dire largement risquées.
Vous parlez de liberté ? Ne chuchotez pas ! Gueulez ! Agissez ! Cela est un impératif catégorique.
[1] https://www.lejdd.fr/Societe/Sante/covid-19-comment-va-se-derouler-lelargissement-de-la-vaccination-aux-12-18-ans-a-partir-de-mardi-4051851
[2] https://www.lejdd.fr/Societe/alain-fischer-le-monsieur-vaccin-du-gouvernement-limmunite-de-groupe-est-a-lhorizon-4051553
[3] https://www.lemonde.fr/planete/article/2021/06/13/vacciner-les-adolescents-est-un-imperatif-arithmetique-pour-le-pr-alain-fischer_6083919_3244.html

