
Puisqu’il n’y a pas de trêve des confineurs, puisqu’ils n’ont toujours par reçu sous le sapin les quelques neurones nécessaires pour comprendre que la vie n’est pas algorithmique, puisqu’ils s’enferment à multiples tours dans la nuit de leur incapacité, notre but est plus que jamais défini : allumer le long du chemin les lumignons de la liberté.
La première liberté, et peut-être la dernière, en tout cas la plus indispensable, est celle de penser. C’est celle que ne supportent pas les confineurs de tous styles et de toutes les époques, et les preuves s’accumulent chaque jour macroniquement renouvelé. Il y aura beau jeu de cache-cache entre un Premier ministre à hublots opaques, un Véran d’inKomodo et un Élyséen atrabilaire, pour ensuite crier au loup et jurer par tous les saints de la Démocratie que c’était l’autre, et que si on les avait écoutés…
Il faut dire que ce Covid est venu à point, comme un joker dans un jeu pourri, pour leur permettre de faire croire – et pire peut-être, croire eux-mêmes – à leur stock inépuisable de bonne volonté, d’intelligence, de saine gestion et de service incomparable rendu à la Nation.
Que ce concours se développe « hubris et orbi », c’est l’affaire du monde extérieur. Mais que nos champions auto-proclamés y plastronnent Urbi, et tout aussi hubris, c’est insulter des siècles de médecine française, y compris Ambroise Paré qui avait modestement déclaré et mis en pratique son fameux : « Je le pansai, Dieu le guérit. »
Maintenant, nous avons les faux savants du scientisme échevelé, des conseillers scientifiques qui font du bruit avec leurs cent bouches, le conseil de défense qui se défend de ne servir qu’à augmenter le brouillage permanent, et une série de politiques ahuris dont le plus représentatif s’est pris pour un olympien alors qu’il n’est qu’un élyséen de pacotille. Et rappelons le sens premier des Champs Élysées : le séjour des morts, mais seulement des morts glorieux. Là est la différence. Certes, il s’agite, mais comme un poisson hors du bocal, comme un ludion qui se croit dans les hauteurs alors qu’il creuse sa tombe.
Toute personne sensée qui fouillera dans sa mémoire trouvera sans peine les preuves publiques de la gestion calamiteuse de cette épidémie (élections forcées, sorties théâtrales – à tous les sens du terme–, confinements usines à gaz, déclarations embrouillées entre tout et le contraire de tout, frontières idéologiquement ouvertes, etc.). Mais toute personne qui se donnera la peine d’étudier les chiffres officiels ou d’écouter ceux qui l’ont fait en toute honnêteté scientifique – ce qui exclut tous les péri-officiels accrochés comme des morpions aux bas morceaux de leurs récompenses – toute personne dans ce cas, sera effarée, puis enragée d’être menée aussi profondément dans le mensonge par ces incapables sur fauteuils plus dorés que le fameux trône de feu l’empereur Bokassa premier.
De ce qui précède, je ne reviens aujourd’hui que sur les fameux « médecins de santé publique » télévisuels dont le titre officiel dit précisément qu’ils ne sont plus médecins mais statisticiens de deuxième zone… dans le meilleur des cas et bafouilleurs des étranges lucarnes dans tous les autres.
Car il faut revenir à ce qu’est réellement un médecin. Être appelé docteur, quelle que soit la discipline, signifie simplement avoir passé une thèse, ce qui revient parfois à n’être que doctus cum libro (incapable de penser par soi-même, d’avoir atteint l’esprit des problèmes et l’indépendance nécessaire à leur résolution). Mais être médecin, c’est être pris dans une aventure qui dépasse la prescription de comprimés « contre le cholestérol », et qui plonge dans les racines de l’humanité. Pour le dire avec un certain degré d’humour, c’est un des plus vieux métiers du monde, qui dispute ce titre au fameux « plus vieux métier » des péripatéticiennes.
S’en tenir à une plaisanterie aux sous-entendus graveleux ne serait que discours égrillard de banquet arrosé. Ce serait aussi oublier que la sacralisation de la prostitution fut aussi une dimension des rites associés à la poursuite de la vie, autant dans ses mystères que dans son foisonnement. Ce serait oublier aussi l’antique sacralisation de la médecine qui, si elle tient d’aussi près à la vie que la prostitution, tient d’encore plus près à la mort par la destinée commune, et par les tentatives médicales de l’éloigner le plus possible dans le temps, mais jamais dans l’esprit. La mort accompagne toujours la préoccupation du vrai médecin.
C’est de cela qu’il s’agit dans le véritable esprit de la médecine. Ce n’est jamais dans la prescription automatique d’ordonnances de confort, si nécessaires soient-elles, mais bien dans cette approche constante de l’extrême frontière, dans les efforts pour en reculer les bornes, tout en sachant que la lutte est toujours vaine, sujette à des retours foudroyants de l’adversaire, qu’elle invite à la modestie, aux angoisses, aux immenses satisfactions parfois, qui sont le prélude aux plus terribles déconvenues. En tout cela, c’est de l’humain qu’il s’agit, d’un humain particulier, unique, irremplaçable, mais jamais de sa parodie camouflée en statistiques. Pire, tout médecin qui oublie son indépendance technique au profit de récompenses frelatées n’est jamais qu’un traître à l’humanité.
Cette distorsion des mots et des fonctions explique les prestations calamiteuses et les discours de circonstance ânonnés par des bafouilleurs tarifés. Ils apportent plusieurs fois par jour, la preuve qu’ils trahissent le véritable esprit de la médecine par leur seul titre officiel – « médecin de santé publique » – octroyé par un quelconque bureaucrate, alors qu’ils sont devenus des médecins (s’ils le furent jamais) dévoyés en « officiers de santé » aux ordres d’une hiérarchie abstraite et plus qu’intéressée à l’embauchage des cireurs de pompe.
La suite (malheureusement) dans un prochain article.

