
LE BON SENS ET LA MAUVAISE FOI
J’emprunte l’expression « le bon sens et la mauvaise foi » à l’article de Marc Le Stahler publié ce 23 janvier 2022 sur le blog Minurne Résistance [1].
Devant le délitement de ce qui fut une république, et mieux encore, un pays nommé France qui tint le haut du pavé mondial jusqu’en 1914, Marc Le Stahler reconnaît « L’entrée dans l’arène d’un outsider qu’on n’attendait pas, motivé par le simple amour de son pays et une envie prégnante d’en stopper la décadence, bouleverse le jeu et en change les règles en remettant au centre du débat ce qui aurait toujours dû le rester : la FRANCE ! »
Admettons qu’il parle d’un certain Z. Mais il ajoute une profession de foi en laquelle je voudrais bien croire : « Succédant aux vieux partis moribonds se dessine tranquillement un nouveau clivage, entre BON SENS et réflexion d’un côté, MAUVAISE FOI et dogmatisme de l’autre. »
Et pour nous ramener aux bons vieux classiques, il termine son envoi par la fameuse formule de Descartes : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée. »
UN RETOUR VERS DESCARTES
Je me permets de tiquer un peu à l’énoncé de cette formule, rétrécie au point d’en altérer le sens. Il vaut donc mieux la compléter :
« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent; mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que de la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de l’appliquer bien. Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus, et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup davantage, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s’en éloignent. »
Une première interprétation de la présentation restreinte citée en premier, entre hommes, dirions-nous, est que la croyance en sa propre intelligence du monde suffit à chacun d’entre nous, pourvu qu’il ne souhaite pas entrer en conflit avec l’un quelconque de ses semblables.
La formule « amplifiée » que j’ai reprise est l’introduction interne à la première partie du Discours de la méthode. En la relisant bien, nous y trouvons un certain optimisme concernant le débat interne autant qu’externe (il n’est nulle question de cette fumisterie qu’est le « débat démocratique »).
Optimisme, donc, si l’on doit accepter que « la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes. » Optimisme que je réfute personnellement, pour tant et plus de raisons, dont la plus évidente d’entre elles : que la fabrication en série de la machine à séparer le vrai du faux à le dire, puis à l’imposer n’est pas encore au point. Et heureusement. Car nous avons vu les dictatures de gauche, communistes et hitlérienne, s’en croire pourvues, avec les résultats que l’on connaît, et que l’on commence à revoir. Bonjour M’sieurs dames les wokistes et autres -istes !
Optimisme ou négationnisme encore que cette différenciation entre « ceux qui ne marchent que fort lentement… et suivent toujours le droit chemin » et « ceux qui courent et s’en éloignent. » Cela ressemble fort à une préfiguration de la course du Lièvre et de la tortue, de notre très aimé fabuliste. Mais cela évoque aussi une négation affirmée de l’histoire des découvertes, de la bizarrerie de leurs chemins, entre sérendipité et cécités partielles amenant à ranger comme curiosités amusantes de grandes découvertes sans lesquelles bien d’entre nous seraient morts plus vite que prévu. La découverte de la pénicilline en fait partie. Enfin, cela ferait de chacun de nous des Einstein… au moins en puissance. Si quelqu’un préfère se voir en Poincaré (Henri, le mathématicien, je n’y vois aucune objection).
Enfin, le paragraphe suivant cette introduction nous surprend encore lorsqu’on retrouve la manie cartésienne des relations ambiguës entre l’homme, la machine et l’animal : « Et je ne sache point de qualités que celles-ci qui servent à la perfection de l’esprit; car pour la raison, ou le sens, d’autant qu’elle est la seule chose qui nous rend hommes et nous distingue des bêtes, je veux croire qu’elle est tout entière en un chacun. »
Oui, belle formule ! Mais tout de même confondre Einstein et un mouton ! Ou Leibnitz, ou Newton, qui devaient succéder à Descartes d’à peine quelques années…
Car, pour enfoncer le clou, je rappelle que cette première partie du Discours a pour sous-titre : Considérations concernant les sciences. Alors, l’égalité des cervelles humaines concernant le vrai et le faux dans les sciences… mieux vaut ne pas en rêver. Qui ferait notre pain ? Qui cultiverait les champs ? Qui débarrasserait la ville de ses déchets ?
Bref, pour la suite de cet article, mettons Descartes de côté, en espérant qu’il ne nous en veuille pas trop.
LE CORPS DE L’ARTICLE : RÉPONDRE À LA MAUVAISE FOI
Sur le plan technique et tactique, la présentation de l’auteur est excellente : une courte introduction évoquant les dialectiques marxiste puis maoïste, les schémas dogmatiques du prêt-à-penser enseigné à l’ENA, et suivi par tant de journalistes arrogants si semblables au chien de La voix de son maître.
Mais surtout, la mise en place d’exemples sous forme de jeu :
« Quelques affirmations (de bon sens), suivies des réponses mécaniques illustrant la mauvaise foi qui leur seront systématiquement, presque mécaniquement opposées, par les médias comme par la plupart des politiciens. Enfin, un court commentaire explicatif. »
En voici un exemple :
Affirmation 3 (constat de bon sens) : Eric Zemmour apporte du neuf en matière politique dans la mesure où il évoque les problèmes concrets que se posent en silence les Français.
– Réponse (politiquement correcte, ton péremptoire, et toujours de mauvaise foi) : « Zemmour est fasciste, nauséabond, et rappelle les heures les plus sombres de notre histoire ; il prêche la haine et divise la France »…
– Commentaires : Réponses toutes faites, préfabriquées, convenues, « éléments de langage », décidés une fois pour toutes, faisant abstraction totale de l’intelligence et de la liberté de penser.
Dans un récent reportage sur France 2 à lui consacré, le Garde des Sceaux Dupond-Moretti, répondant à la question du journaliste : « que pensez vous de Zemmour ? », répondit simplement : « il est nauséabond ».
Le carcan intellectuel est bien pire que tous les autres !
Je vous laisser lire d’autres modèles. Ce qui compte, c’est la démonstration. Et encore plus, la pratique. Essayez avec des amis fidèles, pour commencer, avant de vous attaquer au opposants professionnels. De toute façon vous en sortirez enrichis, même au prix de quelques égratignures.
ET MAINTENANT ?
Cette question (et maintenant ?) sert de conclusion à l’article. Retenons-la bien. Encore et toujours, surtout quand parlent ceux qui se déguisent en moutons sans réussir à cacher leurs crocs. Je cite Marc Le Stahler :
« Ces méthodes inqualifiables répondent aux exigences de ceux qui se considèrent comme les maîtres du monde et ont décidé d’appliquer de nouvelles règles institutionnelles, politiques et économiques, dans le but avoué de parvenir à un état fédéral européen, dans l’attente d’un gouvernement mondial dont ils détiendront les manettes. Le comportement collaborationniste du Conseil Constitutionnel, pourtant initialement créé pour défendre la lettre et l’esprit de notre Constitution, montre assez que rien ne peut empêcher, sauf réaction populaire majeure, cette dérive irrémédiable. »
Il faut continuer à lire Marc Le Stahler.
Antoine Solmer
[1] https://www.minurne.org/billets/29535

