Article du 9 mai 2024
Ma grammaire sauvage. Voici un nouveau thème ajouté à Geocortex.site.
Quel titre étrange ! Et pourquoi cette invitation couplée à cet adjectif ? Franchement, en ce 8 mai, date de victoire, pourquoi ne pas s’en tenir à l’actualité ? Eh bien, à ma façon, je m’y tiens. Car s’il faut célébrer une victoire, il faut d’autant plus fustiger une défaite : celle de la France en toutes ses dimensions, dont celle de sa langue. Le français — je parle bien de la langue, puisque je l’écris sans majuscule — est sauvagement agressé et non sauvagement défendu.
Que des sauvages l’agressent, rien de plus normal. Mais que des ignorants les accompagnent béatement, rien de plus écœurant ! En réponse : une grammaire sauvage, une grammaire de résistance, autant contre les agressions des « invités ayant forcé les portes » que contre les défaillances de l’Éduc’nat’. À ce point, c’est de la trahison. Mais rien d’étonnant, dans ce milieu syndiqué un peu plus qu’à gauche.
Je l’ai dit et écrit : je lis des grammaires confondantes d’indigence. Il en est d’autres qui méritent notre attention, heureusement. Mais, toutes pèchent par rigidité. Il est temps d’entrer dans le vivant, avec ses nuances et ses points forts.
Donc, ma Grammaire sauvage prend le maquis. Elle frappera où elle le voudra, quand elle le voudra.
Mais qu’est une grammaire ? Pourquoi une grammaire ? On peut très bien apprendre à parler sans l’aide de cet instrument barbare. Les petits enfants le font bien. Telle est une objection aussi multiplement répétée que multiplement fausse. Les petits enfants répètent le langage de leurs parents qui utilisent spontanément la grammaire. Et lorsque l’enfant s’essaye à de nouvelles phrases, ils les corrigent.. sans fessée, bien entendu ! Je parle de parents conscients de leur rôle d’éducateurs.
Autre contestation de la grammaire : l’apprentissage d’une langue étrangère par imbibition. Là encore, j’élève ma réponse. D’abord cet adulte a pour soutien inconscient la grammaire de sa langue natale. Aussi, s’il s’imbibe aisément par imbibition, il suivra, sans y réfléchir, les règles de sa nouvelle langue. Il est donc deux fois mis en situation d’apprentissage, par comparaison et par découverte.
En réalité, toute personne soucieuse de son identité devrait approfondir la grammaire de sa langue natale. Elle y trouvera bien des surprises et en retirera bien des cadeaux.
Il faut maintenant répondre à la question obligatoire ; qu’est une grammaire ? Si nous lisons la définition utilisée par Wikipédia nous trouvons ceci :
« La grammaire est l’étude objective et systématique des éléments (phonème, morphème et mot) et des mécanismes et processus de formation, de construction et d’expression constitutifs d’une langue naturelle, écrite ou parlée, en particulier par l’étude de la morphologie et de la syntaxe et à l’exclusion de la phonologie, de la lexicologie, de la sémantique et de la stylistique.
Par extension, on nomme aussi grammaire un manuel ou un ensemble de documents décrivant des règles grammaticales. »
Courage… fuyons ! Qui a envie d’entrer dans ce labyrinthe, surtout si on en exclut la phonologie, la lexicologie, la sémantique et la stylistique ? Cela est une aberration digne des meilleurs spécialistes de la narine gauche… pour reprendre une citation du regretté Coluche.
Soyons plus clairs, plus pratiques et plus justes : la grammaire est une trousse à outils qui sert à parler, écrire, penser une langue, et même à la faire progresser, dans toutes ses dimensions, dans toutes les situations de la vie, en toute rigueur, ce dont découle notre pleine liberté d’usage. La grammaire nous relie à nos contemporains, à nos ancêtres, et, espérons-le, à nos descendants. Elle est l’armature de la langue, donc de la nation. Qui viole la grammaire suit le chemin de la traîtrise.
Et si l’on se lance dans l’étude d’une langue étrangère, la comparaison de sa grammaire avec la nôtre nous montrera comment les pensées diffèrent.
Enfin, troisième point fondamental : aucune grammaire n’est parfaite, car aucune n’embrasse la totalité de la vie. Raison supplémentaire pour approfondir les méandres de la nôtre.
Donc, comprenons-le bien, en attendant la suite : la grammaire, par et contre notre effondrement, est devenue métapolitique.
Antoine Solmer
(à suivre)
Prochain article le 12 mai

