
Au hasard d’une promenade en Paris tranquille, mes yeux se lèvent sur une fenêtre. Par quel appel, par quel mystère ? Je ne sais. Peut-être un reflet, l’irruption d’une réalité dans une autre, et le message m’arrive. Il est placardé bien haut, occupant presque toute la largeur, en majuscules attirantes dans la Capitale. Cinq mots, un grand, et quatre petits. Un néologisme et une question.
« MACRONAVIRUS À QUAND LA FIN ? »
Belle trouvaille, double sens et sens plein. De qui ou de quoi parlons-nous, cette fenêtre et moi ? Non, je ne délire pas, la fenêtre parle, à sa façon. Jacques Brel m’avait précédé, non pas avec une, mais avec toutes sortes de fenêtres. Ah ! Le merveilleux, le grand Jacques, le seul, le vrai. « Les fenêtres nous guettent… Les fenêtres rigolent… Les fenêtres sanglotent… »
Et celle-ci, la mienne ? La nôtre, de par son inventeur anonyme, la vôtre, maintenant, puisque je vous la fais découvrir. Parle-t-elle, comme échappée d’une image syncopée ? Décode-t-elle, à partir d’une construction inductive ? Ou scande-t-elle, gronde-t-elle, hurle-t-elle, à grand gosier rabelaisien ?
« MACRONAVIRUS À QUAND LA FIN ? »
À moins que ce ne soit le titre du prochain Astérix ? Astérix et le Macronavirus. Avec, dans le rôle du traître, une sorte d’olibrius qui aurait voulu empoisonner la fameuse potion magique, et que Panoramix aurait piégé, le transformant en Micronavirus ? Voilà un bon scénario. Tout terminerait en chansons, autour d’un savoureux sanglier… par personne.
Ah ! S’il y avait encore de bons et braves Gaulois !
Mais « ma fenêtre » – adjectif dit possessif, de connivence – se laisse aller à des confidences. Elle est plutôt grise, sans faire grise mine. Elle ne choque ni ne se laisse oublier. Elle est là, comme les autres, d’une même tenue. Oh ! Bien sûr, pas repeinte de frais, mais fidèle à sa couleur originale. Les battants joignent bien, les carreaux sont propres, et les rideaux blancs, classiques, s’agrémentent de discrètes reprises qui refusent les chutes alanguies et les roulades extravagantes, mais sans se refuser quelques gentilles ondulations. « C’est chez nous », prévient-on. Et même si les murs sont écaillés, ici on tient ferme.
On est astucieux, aussi. Remarquez la cordelette qui suspend l’écriteau. Elle tient au cadre. Elle n’empêche pas l’ouverture. On tient à aérer, à laisser entrer air et lumière, à ne pas condamner la fenêtre. D’ailleurs, quel mauvais esprit penserait à la condamner ?
Le dit écriteau est protégé par une bande de plastique. Ici, on saura attendre, sans se laisser emporter ou dégrader par un mauvais vent.
Mieux que cela, il y a du goût, de la connaissance dans l’édition du texte. Observez bien :
MACRONAVIRUS
À QUAND LA FIN ?
Le À porte bien son accent, comme il convient, en tapant « ALT 0192 », ce que bien des dits « grands éditeurs » négligent de faire – rentabilité oblige. Chacun son regard sur le monde ! Et celui de cette fenêtre me plaît bien. Et comme il me plaît bien, je me permets, en toute gentillesse, un conseil : pourquoi ne pas étirer le « MACRONAVIRUS » ? Cela mettrait en valeur la symétrie médiane des deux lignes. Je sais bien qu’un point d’interrogation encombrant jouant aux fanfarons peut aggraver le décalage visuel. Ce n’est que du détail. L’important était de préparer la symétrie médiale.
Oui, va-t-on me reprendre : le « MACRONAVIRUS » est en casse plus grande que « À QUAND LA FIN ? ». C’est vrai, alors, je rectifie, moi aussi :
MACRONAVIRUS
À QUAND LA FIN ?
C’est bien mieux, n’est-ce pas ? Et cela donne de l’importance au sujet. C’est bien ce que l’on veut, sur une affiche. Surtout pour un message de prévention sanitaire. C’est fondamental.
Inutile d’aller plus loin, au risque de lasser. Mieux vaut revenir à Jacques Brel :
Mais les fenêtres gentilles
Se recouvrent de grilles
Si par malheur on crie
« Vive la liberté »

