COVID : IL FAUT SAVOIR ÊTRE CHINOIS

Pour la première fois, un journal médical français largement et justement répandu publie un article spécialisé qui met à mal la politique nationale française dans sa gestion de l’épidémie. Il s’agit de la Revue du Praticien. L’article en question signé Cinzia Nobile, reprend les propos de Catherine Hill (ancien chef de service de biostatistique et d’épidémiologie à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif). Il s’intitule : « Covid : il faut dépister tous les Français pendant le confinement. »

L’ARTICLE S’ARTICULE AUTOUR DE GRANDS THÈMES [1] :

  • Le dépistage actuel est une erreur tactique
  • Les autres erreurs de gestion
  • L’exemple de la Chine
  • La conclusion qui s’impose
  • La mise en œuvre

REPRENONS-LES :

Le dépistage actuel : erreur tactique

« Au moins la moitié des contaminations proviennent de porteurs sains »… et la plupart d’entre eux ne sont pas isolés.

Le risque maximum de contamination dure seulement 10 jours : « 4 jours avant les symptômes (et non 2 !) et 6 jours à partir de l’apparition des symptômes. »

En France « on ne teste en moyenne que 3 jours après l’apparition des symptômes et le résultat est rendu 1 jour après (c’est-à-dire 9 jours après l’infection !) » Ainsi on a perdu l’occasion de préserver des dizaines de contacts, donc de limiter l’épidémie  !

« La recherche des clusters est aussi une grave erreur » : cas faciles à repérer, ne correspondant qu’à 8% des cas connus. « C’est une perte de temps considérable ! » Et j’ose dire, tellement riche en communications glorifiantes.

Les autres erreurs de gestion

           « … on a isolé tout le monde, les positifs avec les négatifs ! ». Ainsi on a multiplié les contaminations. Mais cela s’appelle un confinement, permet de discuter du confinement, de publier à tort et à travers des décrets de début de confinement, de fin de confinement, de menaces de reconfinement. La joie du petit stratège élyséen et de ses sous-fifres.

« Les autorités n’ont jamais réussi à protéger les personnes âgées en institution, pourtant c’est une population facile à dépister. Aujourd’hui encore, les décès cumulés dans les EHPAD représentent 31 % du total des décès cumulés par Covid-19, à peine moins qu’en mars ! »

« L’idée de « laisser les jeunes se contaminer » a été aussi un piège. » De ce fait les relations entre juniors et séniors ont multiplié les contaminations chez ces derniers.

« La régionalisation des décisions était également illogique… les départements orange où les règles étaient moins strictes sont devenus rouges… »

L’exemple de la Chine

« À Pékin (22 millions d’habitants), le 13 juin, les autorités ont constaté une résurgence des cas (36 personnes positives). Grâce à un confinement partiel et à des tests massifs (dépistage de 2,3 millions de personnes en 10 jours !), ils ont pu de nouveau contrôler l’épidémie. … ils ont trouvé seulement 227 cas soit 1 cas pour 10 000 tests…  chez nous, le ministre était satisfait lors du déconfinement, alors qu’on avait 1 % des tests positifs ! »

« … Les pays qui ont testé largement autour des cas au début de l’épidémie ont eu une faible mortalité liée à la Covid-19 (Taïwan, Corée du Sud, Australie…). »

La conclusion qui s’impose

« Il faut donc organiser rapidement un dépistage de masse de la population française, car le virus est aujourd’hui partout. »

La mise en œuvre

  • « Simplifier les tests PCR, en faisant des prélèvements salivaires. Utiliser les tests antigéniques, dont les résultats sont obtenus en 30 minutes. »
  • « Réaliser des tests groupés (« pooling») : Exemple grouper en un premier lot les échantillons de 100 sujets et le tester. Soit le résultat est négatif (100 personnes testées d’un coup n’ont pas à être isolées). Si résultat est positif dans le premier lot, le diviser en plusieurs groupes et pratiquer de même. Ainsi, on peut passer de 100 tests (méthode actuelle), à environ 3 à 4 fois moins (selon le pourcentage de patients contaminés dans la population générale). Ici, Catherine Hill répond à certains contradicteurs qui se basent sur des proportions de 20% de positifs dans la population testée. Mais c’est une erreur, car se baser sur la population testée ne représente pas la population générale. Et des études plus précises l’estiment à un peu plus de 1%. Mais cette pratique n’est pas permise en France !
  • Idéalement, il faudrait profiter du confinement pour tester massivement la population, en une ou deux semaines, afin d’identifier et d’isoler les positifs… Cela coûtera énormément moins cher que des confinements répétés.

MES OBSERVATIONS

L’article est tellement clair, précis et concis qu’il est difficile de ne pas user (jusqu’à abuser ?) des citations entre guillemets. Mais comment faire autrement sans amputer le chemin logique du journaliste et de l’épidémiologiste ? Ou alors, se contenter d’un squelette d’ordres secs, non argumentés ? Cela ne correspondrait à rien dans un article de ce blog.

Maintenant, il faut redevenir soi-même, c’est-à-dire poser quelques repères personnels.

Je ne connaissais pas Catherine Hill, et je trouve son approche très pratique. D’ailleurs, elle reprend ce que j’avais proposé par ailleurs : un recensement national des cas positifs. Pour être franc, je ne l’avais pas documenté à ce point. Chacun son métier.

Par ailleurs, Mme Hill a fait d’importants travaux concernant des risques médicaux. Récemment elle s’est opposée au professeur Raoult. Elle a certainement ses raisons, que je ne partage pas. En effet, elle est statisticienne mais, à ma connaissance, ne traite pas de malades à leur chevet. Si importantes soient les statistiques, leur domaine s’arrête au lit du malade où la responsabilité de la décision diagnostique appartient au médecin. Et comme disait un ancien président à un journaliste un peu trop moralisateur : « J’aurais bien voulu vous y voir. »

Je suis bien conscient que l’argument de la séparation des domaines sera éventuellement utilisé contre Mme Hill par des politiques, trop enclins à préserver leurs fauteuils bien chauds. Mais alors, nous parlons d’un autre monde qui refuse professionnellement de reconnaître ses erreurs… ou alors seulement par larmes de crocodiles largement répandues par les médias. Ici, je fais confiance à Mme Hill qui a peaufiné son argumentation et ses conseils en suivant les données chiffrées qui ne cessent de lui donner raison.

Autre chose : autant je suis en accord avec l’article de la Revue du Prat’ (appellation familière) autant je ne pourrais en dire autant concernant son éditorial du Dr Deleuze qui me paraît quelque peu « passif » par rapport aux mesures gouvernementales de confinement et « poussif » sinon « poussant » vers l’inondation vaccinale. Mais nous en reparlerons.

[1] https://www.larevuedupraticien.fr/article/covid-il-faut-depister-tous-les-francais-pendant-le-confinement?utm_medium=gms_RDP&utm_source=email&utm_campaign=Actus+19%2F11%2F2020201119&emst=40oKHvNuJw_25078_3468402_4#xtor=EREC-1-[NL_Actu]-2020119