
Impossible n’est pas Français ! Voilà une maxime remise à l’honneur. Mais d’où provient-elle ? On a cité Balzac, on a cité Napoléon en 1808, mais plus rarement Fouché dans ses Mémoires.
La scène se passe quelques mois après l’exécution du duc d’Enghien qui eut lieu le 21 mars 1804. Par cet assassinat, Napoléon reprenait à son compte le régicide de Louis XVI pour rassurer les républicains lors de sa proclamation comme empereur des Français en mai 1804. Bien sûr, il y eut des remous en Europe. Je laisse la parole à Joseph Fouché en ses Mémoires.
« Dès le 7 mai le ministre russe avait remis à la diète de Ratisbonne une note par laquelle l’Empire était invité à réclamer des réparations convenables pour la violation de son territoire. Le cabinet de Saint-Pétersbourg venait de reconnaître la fausseté des assertions, d’après lesquelles l’empereur d’Allemagne et le roi de Prusse auraient suffisamment autorisé le gouvernement français à faire saisir, en Allemagne, les rebelles qui se seraient mis eux-mêmes hors du droit des gens. En un mot, le czar se montrait mal disposé, inclinant pour la guerre, ce qui pouvait renverser toutes les combinaisons de l’empereur contre la Grande-Bretagne. On proposa, pour ramener la Russie, des intrigues de courtisans et de femmes galantes; ce choix de moyens me parut ridicule, et je dis, dans le conseil, que le succès en était impossible.
“Quoi! me dit l’empereur, c’est un vétéran de la révolution qui emprunte une expression si pusillanime! Ah monsieur! est-ce à vous d’avancer qu’il est quelque chose d’impossible! à vous qui, depuis quinze ans, avez vu se réaliser des événemens* qui, avec raison, pouvaient être jugés impossibles? L’homme qui a vu Louis XVI baisser sa tête sous le fer d’un bourreau; qui a vu l’archiduchesse d’Autriche, reine de France, raccommoder ses bas et ses souliers en attendant l’échafaud ; celui enfin qui se voit ministre quand je suis empereur des Français, un tel homme devrait n’avoir jamais le mot impossible à la bouche. ” »
La tirade est belle, presque trop. En tout cas, elle a « de la gueule ». Mais Fouché, bien connu pour son impassibilité nous explique :
« Je vis bien que je devais cette brusque sortie à ma censure du meurtre du duc d’Enghien, dont on n’avait pas manqué d’instruire l’empereur, et je lui répondis, sans me déconcerte : “En effet, j’aurais dû me rappeler que Votre Majesté nous a appris que le mot impossible n’est pas français” . »
Antoine Solmer
* Graphie d’époque

